UN MARTYR AU LAOS I
des glaces ignorées des Oblals de Marie? et le continent inconnu ne s'ouvre-t-il pas de divers côtés aux missionnaires du Saint-Esprit, aux apôtres du Dahomey comme aux pères blancs de Tunis etd'Alger?
Cependant, le séminaire des Missions étrangères reste comme l'œuvre spéciale et commune de nos Eglises de France. Il fait ses recrues dans tous les diocèses. Il y lève, pour les pays idolâtres, la dîme des offrandes adressées au Seigneur. Les exemples et les mérites des martyrs suffisent à faire vivre cette paisible et féconde société sans qu'aucun vœu en lie les membres.
La liste des martyrs qui ont versé leur sang sous ses auspices est déjà longue. Leur culte n'est pas le bien particulier de leurs successeurs. Il ne nourrit pas seulement le zèle des jeunes élèves du séminaire de la rue du Bac ; il se propage et se répand dans tous les séminaires de la patrie. Chaque Eglise s'enorgueillit des martyrs qu'elle a donnés aux Missions ; et le sang qui a été versé au fond de l'Asie fait germer partout la semence des apôtres. « La mort de ce jeune « martyr va nous coûter cher », disait, il y a peu de mois, aux directeurs du séminaire des Missions étrangères, un évêque tout rempli de la gloire d'un des enfants de son diocèse, martyrisé au commencement de l'année dernière. « Vous me la ferez payer au dé- « cuple », ajoutait le prélat. « C'est déjà fait », disait-il encore, « et j'ai bien peur, une peur heureuse, que le
« bon Dieu ne me tienne pas quitte pour ce premier « acompte, »
L'e'vêque est jaloux de ses prêtres. Il a besoin de leur zèle et de toutes leurs sueurs; dans les temps modernes, il n'y a pas trop d'ouvriers dans la vigne du père de famille. La sagesse humaine s'incline néanmoins devant les vues de la Providence, et compte sur ses ressources infinies et merveilleuses. Ainsi que le remarque Mgr Bourret (i), car ce sont ses paroles que nous venons de citer : « Le diocèse de « Rodez s'est toujours fait gloire d'être des premiers « dans les labeurs de l'apostolat ; ses enfants peuplent « les missions des deux hémisphères et cette générotf site ne nous a pas appauvris. Les fils ont remplacé « les pères et les ont bien remplacés. » Aussi le prélat croit-il faire œuvre pie, œuvre épiscopale et apostolique, en manifestant aux yeux de tous la gloire de ses fils, de ses tendres fils, les apôtres et les martyrs. C'est, selon son expression, un « membre de sa fa- « mille épiscopale », son secrétaire particulier, qu'il a chargé d'écrire la vie du dernier martyr issu du diocèse de Rodez et couronné au Laos au mois de janvier 1884, à l'âge de vingt-neuf ans, après trois années à peine d'apostolat.
Joseph-Auguste Séguret était arrivé au Tonkin le 12 février 1881. Il passa huit mois auprès de son évê-
(1) Joseph-Christian-Ernest Bourret, évêque de Rodez et de Vabres depuis le 3o novembre 1871.