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que, Mgr Puginier (i). Pour se former à la langue annamite et se pre'parer à la vie et aux travaux du missionnaire, il accompagnait le prélat dans ses tournées pastorales et fut ensuite chargé d'une petite paroisse. Tout cela était le noviciat, un noviciat de forgeron où l'on apprend le métier en l'exerçant. Les deux années du séminaire des Missions étrangères avaient été un noviciat éloigné et comme théorique. Après ces huit mois de séjour au Tonkin, le missionnaire fut envoyé au Laos : une contrée montagneuse qui touche à la Chine et à la Birmanie, à l'empire de Siam dont elle est tributaire, et au Tonkin dont elle forme la limite occidentale. Une contrée sauvage et sans communication, « plus semblable à un repaire de « bêtes fauves qu'à un pays habitable pour les hom- « mes )).Les missionnaires, après une première exploration, y avaient pénétré en novembre 1878, et ne trouvèrent pas parmi les sauvages idolâtres un cordial accueil. Mais leur arrivée avait été annoncée, je ne puis dire miraculeusement, extraordinairement tout au moins, à une des petites tribus qui occupent cette triste contrée, et y vivent, dit-on, sous une sorte de régime féodal. Cette tribu appela et accueillit avec bonheur, au mois de juillet 1879, le missionnaire qui
(i) Paul-François Puginier, nommé le 7 juin 1S67 coadjuteur de Mgr Theurel, évêque d'Acanthe et sacré évêque de Mauricastre le 26 janvier 1868, a pris le gouvernement du vicariat apostolique du Tonkin occidental à la mort de Mgr Theurel, le 3 novembre 1868.
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lui apportait la vérité. La station fondée ainsi s'accrut de plusieurs prêtres et catéchistes. La lumière se propagea parmi ces sauvages ; au bout d'un an, cinq cents d'entre eux avaient reçu le baptême. La guerre et le pillage ravagèrent souvent et mirent parfois en fuite la petite chrétienté. Des missionnaires et des catéchistes étaient accourus du Tonkin au secours des néophytes. Malgré la famine et la guerre, le nombre des catéchumènes s'accroissait rapidement. La fièvre, avec laquelle il faut aussi compter, faisait ses ravages. En trois ans, elle a fauché quatre pères français, un prêtre annamite et douze catéchistes. La persécution devait faire plus de victimes encore. C'est dans ce pays livré à la fièvre et à la famine, exposé à une constante persécution que la guerre avec la France devait exaspérer et rendre plus violente, c'est dans ce pays que le jeune Séguret passa les deux années d'apostolat qui le conduisirent rapidement à la couronne.
Nous ne raconterons pas sa vie parmi les sauvages, ses consolations et ses misères. Le récit en a été fait par M. Tabbé Ricard (i) de « la façon la plus tou- « chante et la plus dramatique », dit avec raison
(i) Le jeune martyr du Laos, Joseph-Auguste Séguret, épisode de la dernière guerre au Tonkin, par l'abbé Ernest Ricard, docteur en the'ologie, chanoine honoraire, secrétaire particulier de Mgr l'évêque de Rodez.
In-i8. Société générale de librairie catholique, V. Palmé, 76, rue des Saints -Pères.
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Mgr l'évêque de Rodez. « La forme que vous avez « donnée à votre re'cit est des plusinte'ressanteset des « plus attra^^antes, ajoute le prélat. Votre narration « appartient à cette catégorie rare de livres dont on « ne quitte plus la lecture une fois qu'on l'a com- « mencée. »
Nous n'avons pas besoin de dire que ces paroles de l'évêque sont vraies à la lettre. Le récit des travaux et du martyre du Jeune missionnaire du Laos occupe à peu près cent cinquante pages. Le volume en comprend plus de quatre cents. Il donne ainsi le récit de la vie d'un enfant, d'un enfant du petit peuple de Rodez, fils d'un pauvre ouvrier serrurier qui n'osait prétendre à la gloire de voir son nom rayonner dans le sacerdoce : c'est le détail d'une éducation cléricale dans ces humbles maisons diocésaines que lesévêques ont tant de peine à soutenir ; c'est le précis des divers exercices d'un séminariste à Rodez d'abord et ensuite à Paris à la rue du Bac. Tout cela est bien simple, bien uni, et on a bon droit de s'étonner, avec Mgr Bourret, que l'auteur, à propos d'une si courte et si humble existence, ait pu composer tout un volume « où rien ne languit, où rien ne traîne, où l'in- (( térêt va toujours croissant et qu'on ne quitte pas « une fois qu'on l'a commencé ».
C'est le privilège et le don de l'écrivain. L'exactitude et la vérité de sa peinture font tout le charme de son tableau. Le caractère particulier de la physionomie du héros est l'humilité et la douceur. Dès son
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bas âge, il voulait être apôtre et martyr; c'était l'attrait de la grâce. L'enfant reçut cette grâce et la porta avec une piété et une fermeté, dans sa douceur, qui ont fait de lui dès ses premières années un enfant privilégié. Il voulait humblement, mais avec confiance et avec zèle. Tout petit, il exerçait la charité autour de lui, et le salut des âmes le préoccupait. Qu'il était aimable dans sa discrétion, et comme il savait attirer et pénétrer les cœurs ! On le reconnaît au témoignage que rendent de lui tous ceux qui l'ont connu. Nous avons dit qu'il appartenait au petit peuple de Rodez. Ce pays du Rouergue est un de ces pays d'accent, où le progrès et les chemins de fer n'ont pas encore dissipé les fumets des anciennes mœurs. Bien des traits pittoresques se rencontrent sous la plume de l'historien, qui les met en lumière et les dispose avec cet art qui fait les peintres, et dont ils usent pour tout faire concourir à mettre en relief la figure principale.
Nous ne voulons pas insister. L'évêque, père du martyr et maître de la foi, a tout dit en disant à l'auteur : « Vous serez lu et beaucoup lu. » S'il est beaucoup lu, il fera beaucoup de fruits. Le cœur de l'évêque les savoure à l'avance ; et dans cette joie d'un cœur épiscopal, se mêlent la gloire, la juste et inénarrable gloire d'avoir donné un martyr au ciel, et aussi la fête et l'espérance de donner en outre un écrivain à l'Eglise.
L'historien concourt à l'œuvre du martyr, et celui-
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ci est assez puissant aujourd'hui pour soutenir et favoriser ses amis. La confiance du pre'lat est légitime, lorsqu'il dit paternellement à l'historien : « Vous « rendrez, je l'espère, de bons services au diocèse « qui vous a élevé. »
Faut-il parler de la mère du martyr? Quelle place elle tient dans la vie de son fils ! Ecoutons encore l'évêque, il a des lumières privilégiées pour apprécier les choses, et toute sa lettre à l'abbé Ricard est vraiment exquise : « Le Jeune abbé Séguret, dit-il, appartenait « comme vous à la famille épiscopaîe ; vous le conte naissiez mieux que personne, et vous n'avez pas été « étranger à la généreuse résolution qu'il avait prise c( de se dévouer à l'apostolat des infidèles dans les « lointains pays. Cet enfant qui, sous une apparence « réservée, cachait un cœur des plus aimants, n'avait « pour l'arrêter dans son pieux projet qu'un seul obs- « tacle : le soin qu'il devait à sa mère. Il nous la « légua à l'un et à l'autre, et il courut cueillir cette « palme, après laquelle il semblait soupirer si ardem- « ment. »
Il ne faut pas insister, et le legs accepté par le prélat complète le tableau.
La mère du martyr ! On comprend quelle part elle doit avoir dans la piété de l'évêque. Cette humble femme qui a travaillé pour élever son Auguste, qui s'est sacrifiée pour aider et concourir à sa vocation, et a consenti à le donner aux Missions et aux idolâtres, a gardé toute son autorité sur son fils, devenu
dans la pourpre de son martyre un prince du Ciel. II est auprès de l'Agneau le protecteur du diocèse, de la patrie entière, et il n'oublie pas ces terres de l'Annam et du Laos, qu'il a arrose'es de ses sueurs et de son sang.
C'est le 3 janvier 1884 que Joseph-Auguste Se'guret a eu la tête tranchée, ainsi que son compagnon, M. Antoine, du diocèse de Saint-Die'. Vingt-deux catéchistes furent martyrisés avec les deux pères français.
Trois jours après, en la fête de l'Epiphanie, trois autres missionnaires remportaient encore la palme : M. Pierre Gèîot, du diocèse de Luçon, après vingtdeux ans de travaux apostoliques en Orient;M. Etienne Rival et M. Manissol, du diocèse de Lyon. M. André Tamet, du même diocèse, a vu mourir ses confrères et a pu ce Jour-là échapper aux bourreaux. Mais le mercredi saint, 9 avril, il subissait le martyre à son tour. Un seul des missionnaires du Laos a pu être sauvé, et il dut la vie à une intervention fortuite du ministre de France à Hué.
Outre les six pères français martyrisés dans les premiers mois de 1884, cinquante-sept catéchistes ont, dans la même persécution, versé leur sang pour Jésus- Christ.
Tout ce sang, nous le répétons, unit les Eglises de France et celles de l'Indo-Chine. Il féconde les unes et les autres : il arrose la croix, dont l'épce de nos soldats doit établir et protéger la liberté et assurer le règne dans ces contrées extrêmes de l'Asie.
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