EFFET DE LUNE
Éric avait la prompte réflexion des pour agir. Dès que Timage virginale d*( masqua plus la réalité, il s'avisa que soi dans une intrigue d'enlèvement, mac « Bureau », le laissait à découvert. Or, la matraque au poing, il ne craignait pas foule, les menées des tendeurs de piège à cause de la vigilance qu'elles impose qu'un alibi lui était nécessaire, et il sor procurer un.
Comme il traversait la piste de Fontai:
aperçut un cavalier qui, dans un nuage c nait du « bled » au galop.
— Il faudrait, pensa-t-il, que je fuss là. L'écume de mon cheval témoignerai mon innocence.
D achevait ce souhait, quand le de
ga GENS DE POUDRE
lui fit reconnaître Van Boom dans le cavalier poussiéreux :
— Halte-là ! cria-t-il en barrant la route. Sommesnmis flonc si pressés que le temps nous manque pour 1 ami?
rvice du commandant ! dit Van Boom , en sa figure ruisselante. En quoi puis-je
mta son aventure dans les détails. Il n'oublia ister sur la beauté d'Ourida.
coquins ! répétait Van Boom, olère dépassait les cinq bandits pour atteindre auteurs de l'enlèvement.
i tiré la fillette de leurs mains, dit Éric, je pas rester moi-même. Voici la riposte que 'e : du témoignage d'un chaouch, nous îions comme d'une datte sèche, mais encore )uver jusqu'à l'évidence que j'étais à dix
théâtre de la lutte, quand les gens de nt été si solidement rossés. Qu'es-tu donc à Fontaine-Chaude?
ter un message de Carbuccia au Cheikh-
l'as remis au Cheikh lui-même?
. L'homme était dans son bain, au milieu
presses. C'est le garde des thermes, un mara-
àitement stupide qui lui a remis le pli et
apporté ce reçu.
it des mains de Van Boom la feuille sur
j Cheikh-El-Arab avait apposé son cachet ;
en deux, la glissa dans son dolman de
it à Van Boom stupéfait :
cends un peu de cheval 1
GENS DE POUDRE g3
— Tu veux...
— Je vais porter ce pli à ta place. J'affirmerai au « Père la Légion » que je t'accompagnais à Fontaine-Chaude et que tu t'es arrêté sur le chemin pour capturer une « Julodis deserticola »...
— Et le commandant te croira I soupira Van Boom, en mettant pied à terre. Ah I si j'avais pu faire une telle découverte!...
— Je te la souhaite de tout mon cœur, dit Éric en enfourchant le cheval.
Déjà, il était hors de vue. Tout se passa à souhait. Le commandant Carbuccia, que la bagarre du Café Maure avait décidément mis de belle humeur, se contenta de dire en souriant :
— Ce toqué de Van Boom I voulez-vous parier qu'à la fin, un coupeur de têtes le piquera lui-même dans sa collection de roumis?
Et le soir, quand le capitaine Séroka fit allusion à l'équipée de l'après-midi, le « Père la Légion » affirma avec une énergie qui coupait court à toute controverse :
— Décidément, mon cher capitaine, vos informateurs ont la berlue I A l'heure que vous dites, le heutenant Éric était sur la route de Fontaine-Chaude. Il me rapportait un message du Cheikh-El-Arab. Je vous en donne ma parole d'honneur et j'espère que vous vous en contenterez. Je sais que mes légionnaires ont le dos large ! Mais je ne permettrai pas qu'on les surcharge...
A la même heure, Éric, qui n'oubliait pas le rendez-vous de la Petite-Rose, quittait la Casbah.
A travers l'oasis, il se dirigeait vers le village indigène. La nuit était d'une surprenante douceur. Les
derniers échos de la « cinquième prière » montaient des terrasses de boue vers le ciel plein d'étoiles. Eric apercevait leur scintillement réfléchi dans Teau séguia, qu'il suivait pour ne point perdre sa dans répaisseur des ténèbres.
in pas indolent de promeneur, il longeait les illeux jardins qui, par-dessus les murs de terre, it sur les sentiers la voûte arrondie des palmes, s, il traversait un carrefour où les chameaux ipis et abandonnés ruminaient dans la père, ou il éveillait, en frôlant une muraille, la d'un chien invisible. Puis, le silence reprenait, ppant tout le village d'un réseau de mystère ieuls, continuaient de veiller la prière et ir.
ne et l'autre, depuis longtemps, Éric les avait ors de soi ; aussi un maigre sourire d'ironie dans ses moustaches de reitre, à la pensée avait suffi d'un geste de fillette, d'un peu de l'un peu d'étoiles, pour qu'un rameau d'espoir t dans son cœur, de la vieille souche d'illu-
Vraîment, se dit^il, on croirait que j'ai seize
il que je vais à mon premier rendez-vous,
de tendresse et de lune 1 Le diable sait pour-
ue, dans toute cette aventure, je ne prends
divertissement de curiosité, sans compter le
de faire pièce à ce brigand de Franck et à
itron Séroka !
sant avec soi-même, il était parvenu à une e. Là débouchaient trois de ces rues couvertes, long du jour, les fainéants font retraite pour r, et les bavards pour deviser. En face de lui.
GENS DE POUDRE qS
une porte était toute inondée par la clarté de la lune. Elle se découpait dans une haute muraille en « pisé » qui, sur le carrefour, n'avait d autre ouverture que les brèches par où des troncs de palmier creux saillaient en gargouille. La lumière de l'astre projetait sur cette blancheur Tombre de quelques palmes.
Éric reconnut la demeure de Larbi-Mamiouk, et, pour ne point donner l'éveil aux voisins de l'officier indigène, il fit retraite dans celles des rues plafonnées d'où, le plus aisément, il pouvait observer luimême sans être aperçu.
A présent, la petite place semblait rendue à la paix de l'ombre. Et, assis sur un banc de terre, immobile dans l'obscurité, Éric songeait. Sa pensée s'attachait à toutes ces intrigues de mort et d'amour que le fanatisme de ces hommes en burnous, la passion de ces femmes voilées, préparaient à celte heure même dans un silence trompeur. Et soudain, il eut froid au cœur comme si la vipère à cornes qui, dans sa piqûre apporte un poison mortel, venait de se hisser jusqu'à lui et de le mordre au flanc.
Il lui semblait que le mur de terre qui cachait le secret d'Ourida venait de s'écrouler devant sa songerie. Derrière ce paravent, il voyait la fillette pâmée au bras de Larbi. Garbuccia n'avait-il pas affirmé qu'avec ses yeux de mélancolie , ce Mamlouk était un coureur d'Ouleds? Le polygame sans frein, qui avait femmes et enfants dans toutes les tribus de l'Oued-Rir, avait bien pu ajouter à sa liste de conquêtes, cette fillette, si libre d'allures, que l'on rencontrait sur les grands chemins et dans les échoppes des marchands de beignets.
Et c'était cela le secret, parbleu I Une enfant qui
n'avait pas encore Tâge du mariage avait devancé
la minute de l'amour ; elle se servait du Sfandji pour
idez-vous à son galant ; à cette heure,
seule à travers les routes sombres de
QS doute, se montrer en compagnie
t, elle priait un innocent de venir
porte de son rendez-vous, pour la
uite chez elle.
encore plus naïf que Christophe et sa rme, que Van Boom et son Agnès !
^ec amertume. Cette petite s'est prouée de moi I Elle me léguait son rtant!... femme, déjà femme, trois ï A celui-ci mon odeur ! A celui-là
TOUNIS
Derrière ce mur que le regard jaloux d't çait en vain de percer, deux cœurs d'amantî au seuil de la séparation.
Cette Tounis-Bent-Djellab que Timpérie de la douarière tougourtaine avait écartée di cousin, Sultan Abderrhaman, pour la mai son gré, au Cheikh-El-Arab, faisait ses a l'ombre à Tamant-roi qui, sous un dégu chamelier, une fois de plus, venait de remoi Rir, pour reposer un instant, sur la gorge d sa tête amoureuse.
— Cette nuit même, disait-elle, sur The que tu repartes, car l'homme auquel ils m' te hait... Ses poignards te cherchent! Tu s à Tougourt sans m*avoir vue, si le maraboi taine-Ghaude n'avait retenu mon mari, entière, aux bains. Mais il rentrera avec Ta
g8 GENS DE POUDRE
moment-là, je veux que tu sois loin. Laisse-moi suspendre à ton cou cette amulette. Je devrais la haïr, car c'est le Cheikh-El-Arab qui me Ta donnée. Mais, par les mains de son père, à la Mecque, elle a touché la Pierre Noire, et celui qui la porte marche sous les yeux de l'ange Gabriel.
De sa poitrine, elle tira un médaillon triangulaire que soutenait une chaîne de corail alternant avec l'or. Elle passa ce collier au cou de son amant, par-dessus le chapelet d'ambre :
— Et si ton mari, demanda Abderrhaman en la caressant du regard, vient à te réclamer ce bijou ?
— Je lui dirai, fit-elle, que mon cœur était dedans. Alors, il ne sera pas surpris [qu'on l'ait emporté loin de lui. Donne tes lèvres et pars.
Sultan Abderrhaman sourit avec tristesse.
— Je veux t' obéir, dit-il, ô maîtresse des bagues, non pas parce que les poignards du Cheikh m'efifrayent, mais parce que ma présence est un danger pour toimême. Cependant, conament retrouver, dans les ténèbres du Ksar, la maison de mon hôte ?
— Attends, dit Tounis.
Et, d'une voix harmonieuse, elle appela :
— Ourida 1
Toute dévouée à sa sœur aînée, la fillette veillait sur la terrasse. Elle accourut :
— Sors seulement avec moi, dit-elle à Abderrhaman, et accepte le guide que je te donnerai.
Le sultan regarda sa jeune cousine avec douceur. Et il demanda :
— Abderrhaman peut-il confier sa vie à la prudence de notre Petite-Rose?
Ses yeux et ceux d^Ourida cherchèrent en même
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temps les prunelles de Tounis. La femme du Cheikh sortit de l'ample mousseline son bras superbe et nu. Et, le posant sur le cou de la ifillette :
— Réponds-lui, Ourida, dit-elle en flattant du bout de ses doigts brillants la joue de Fenfant, répondslui que ton cœur est profond comme le désert.
Les longs yeux d'Ourida s'allongèrent encore. Entre les cils mi-clos, ses prunelles jetèrent sur sa sœur une flanune passionnée, puis elle se retourna vers Abderrhaman, attendant sa décision dans un mutisme fier.
C'étaient les adieux, car la pudeur musulmane n'admet point que, devant un étranger, le frère luimême touche lé front de sa sœur.
Âbderrhaman et Tounis se fixèrent.
Eurent-ils l'avertissement qu'ils ne devaient plus se revoir? Lentement, leurs poitrines se soulevèrent, se tendirent, jetant leurs cœurs l'un vers l'autre, et, dans l'avenue du regard, leurs âmes se touchèrent, pour jamais confondues.
Respectant ce silence, Ourida avait détourné les yeux. EUe tressaillit, quand Tounis posa la main sur son épaule et, muette de douleur, lui fit comprendre par un signe :
— Nous parlons. C'est fini...
Le bruit d'une lourde clef dans la serrure de la porte avait mis Éric sur ses gardes. Il songea dans une souffrance d'inconsciente jalousie :
— Si cette fillette me conte que son amie est demeurée dans la maison, et si elle réclame mon assistance pour la ramener à son logis ou à sa tente, je serai fixé sur le motif de sa visite à pareille heure chez un coureur de femmes comme ce Larbi-Mamlouk.
lOO GENS DE POUDRE
Alors, comme je ne me sens pas de vocation pour l'emploi de u chandelier », je lui tirerai ma profonde révérence.
Éric mentait à son inquiétude. Il sentit qu'un poids très lourd venait d'être enlevé de dessus sa poitrine, quand par la petite porte qu'éclairait la lune, il vit une femme soigneusement voilée et un homme de belle prestance, noyé dans l'ombre d'un capuchon, sortir à pas muets. Derrière eux s'avançait la Petite-Rose, enveloppée dans la mousse légère d'un haïck. Arrivée au milieu de la place, elle découvrit son gracieux visage et, en même temps, elle jeta tout alentour un regard d'inquiétude.
— Ami I dit Éric, en sortant de la rue couverte. La femme voilée répondit par un léger cri, et,
instinctivement, son compagnon plongea la main dans les plis de son burnous, sans doute pour s'assurer d'une arme.
Ourida les tranquillisa du geste. Puis s'avançant vers Éric :
— Reconnais-tu, demanda-t-elle, le parfum qui t'arrive dans la nuit ?
Il répondit :
— Tu es Ourida, la Petite-Rose.
Elle fit oui, de la tête.
— Te rappelles-tu le serment qui, dans ta poitrine, est descendu avec l'eau pure ?
— Oui, puisque je suis venu.
Elle prononça avec gravité :
— Voici l'heure où les paroles retournent à celui qui s'est engagé, comme les ramiers, las du vol, aux palmiers de l'oasis. Veux-tu prendre cet homme par la main et le conduire au lieu que je nommerai ?
GENS DE POUDRE lOI
— Il peut se fier à moi, dit Éric, comme l'aveugle à son fils.
Ourida approuva d'un hochement de tête qui fit résonner, sur ses joues, les colliers de sequins :
— Tu l'accompagneras donc, dit-elle, jusqu'à la route de Sidi-Okbah, et, pour lui, au premier passant, tu demanderas qu'on t'indique le fondouk d'El-Hadj- Ben-Douadi.
— Je le connais, dit Éric. Il a une large porte, avec une main peinte au henné sur le mur.
— C'est bien cela. Va et que vos anges vous suivent.
Éric était sincère quand il se répétait qu^il prenait dans cette aventure romanesque un pur intérêt de curiosité. Pourtant, il lui déplut de penser que ses rapports avec Ourida allaient sans doute finir sur cette rencontre. Et, d'autre part, il dut faire un effort sur soi pour poser à la jeune Arabe une question qui lui brûlait les lèvres et qu'une pudeur, à son avis incompréhensible, Tempêchait de formuler.
— Et toi, dit-il enfin, Petite-Rose, quand te reverrai-je ?
Elle le fixa sans embarras, et, avec cette ardeur de prophétie qui flambait en elle entre deux sourires d'enfance, elle prononça :
— S'il n'est pas écrit que nous ne devons plus nous revoir, ne t'inquiète pas, mon chemin et ton chemin se croiseront.
Ils se rapprochèrent de l'autre couple. Tounis s^était détournée, cachant son visage et ses larmes. Au moment où l'homme qu'elle aimait, précédé de son guide, tournait l'angle du carrefour, elle dit à haute voix :
— Suis ton bonheur, ô chamelier...
ïrrhaman répondit, sans regarder en
is vers Tonibre.
: hommes marchèrent près d'mie demié l'un de Tautre sans échanger ime parole, ies accommodait tous les deux, parce qu'il à leurs pensées. Devant le fondouk d'El- )ouadi, ils se séparèrent avec les paroles uis, Eric reprit seul la route de l'oasis ite obscure des palmes. Chemin faisant, i]
tant s'en est allé par ici, l'amante par là.
re son secret, Ourida est rentrée dans le âmes voilées. Demain, je la rencontrerais sk, qui sait? peut-être je ne la reconnaî-
: disait en lui :
1 la reconnaîtrais !
de ne pas l'entendre et conclut :
la fin de mon idylle... Tant mieux.