‹ Gens de poudre: roman d'histoire et d'aventuresChapitre 17 sur 55 · I. Le Blanc · texte numérisé non relu

I. Le Blanc

H8 GENS DE POUDI^E

nière razzia, ils ont enlevé des bêtes de race pure et j'en ai découvert deux qui sont assez fous pour vendre les fils du vent, afin d'acheter les filles du diable.

Le marchandage d'un cheval de guerre par un connaisseur est un des débats les plus capables d'exciter la curiosité et les passions des badauds arabes. Aussi quand le bruit se répandit qu'un officier de la Légion avait donné rendez-vous à deux vendeurs d'étalons sur la route de Beni-Mora, tous les oisifs qui jouent aux dames sur les nattes des cafés maures accoururent aux portes de la ville pour assister aux péripéties de l'achat.

Ben-Titi servait de courtier. Il fit d'abord avancer un de ces chevaux gris que les Arabes nomment (( zereug el goumery » c'est-à-dire gris de pigeon sauvage.

A la vue de la bête qui s'avançait avec un dandinement hardi de sa croupe rebondie, le spahi s'écria dans un élan d'enthousiasme :

— Regardez le pigeon ! Ne ressemble-t-il pas à la pierre du torrent? C'est pour son père que le poète a écrit ces vers : v( Il remplit le douar — quand le douar est vide. — Il nous sauve du combat — le jour où les fusils se touchent. »

Une voix protesta :

— Que parles-tu de pigeon ? Celui-ci est gris-fer et tu connais comme moi le proverbe : « Gris-fer — et jaune de juif * — si leurs maîtres reviennent du combat — coupez-moi la main! »

Sans se laisser étourdir par ces éclats de blâme et de louange, Eric palpait les membres de l'étalon. Il appréciait ses yeux grands el vifs, ses hanches et ses

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