‹ Gens de poudre: roman d'histoire et d'aventuresChapitre 26 sur 55 · PETITE LUEUR · texte numérisé non relu

PETITE LUEUR

la avait donné rendez-vous à Éric hors de la i tombeau du Marabout de Sidi-Yahia.

de ne pas éveiller l'attention des sentinelles qui Qt le rempart, Éric et ses compagnons évitèrent :)rte d*Es-Selem par où ils venaient de sortir, endirent vers le sud-est, firent un long détour jardins de Toasis.

it l'heure de la distribution d'eau. Tous les étaient occupés à noyer les racines de leurs et à submerger les plates-bandes où ils culti— les pastèques, quelques légumes verts. La tran— avec laquelle ils accomplissaient ces besognes 3rmes prouvait que la nouvelle du meurtre pas encore franchi l'enceinte de la Casbah. La e qui annonçait la présence du Sultan dans sa 3 flottait, comme à l'ordinaire, au-dessus de la lute terrasse. Sur une plate-forme, rapetîssées

par la distance, des négresses étendaient des burnous. Un musicien invisible faisait résonner, dans une des cours, les cordes d'une guitare. La phrase monotone de sa chanson arrivait avec la brise de quatre heures, à travers les palmiers.

Éric avait pris les devants. Il voulait jouir, dans le tête-à-tête, de la joie que la Petite-Rose ferait paraître en recevant Tamulette. Conduit par im enfant qui jouait avec un lézard, il escalada la rampe du village, contourna quelques bâtisses en toube, suivit son guide dans une cour étroite. II y avait au fond deux chambres obscures, dont les fenêtres étaient grillées.

Dans cet asile, une voix fraîche psalmodiait des versets du Coran :

— C'est moi I dit Éric en franchissant le seuil du Marabout.

Ourida priait sur la natte, à côté du tombeau. Pour ne point se faire reconnaître, elle avait revêtu le béguin noir, la tunique bleue des filles de Tougourt. Ces sombres vêtements l'eflFaçaient presque dans les ténèbres du Marabout, et le rayon qui gUssait par le grillage de la fenêtre baignait son visage d'une clarté mystérieuse. Elle se leva à la hâte. Soit que l'émotion l'empêchât de parler ou que la sainteté du lieu commandât le silence, elle n'interrogea pas son ami, elle le fixa.

Il sentit la souffrance de ce doute, et, sans faire durer cette angoisse il écarta les plis de son burnous, montra l'amulette qui brillait sur sa poitrine.

Elle ne prononça pas une parole, mais ses yeux se fermèrent : en même temps, elle pâlissait si fort, que l'officier crut qu'elle allait défaillir. Il avançait les bras pour la soutenir ; Ourida eut un geste qui disait : « Ne crains pas... » Puis, elle prit une des mains

lya GENS DE POUDRE

de son ami, et, toute ouverte elle l'appuya au milieu de sa gorge.

C'était le palpitement d'un oiseau qui va mourir. Ils restèrent ainsi une seconde, debout et silencieux, à côté du tombeau. Puis, doucement, Ourida laissa retomber la main qu'elle avait soulevée.

— Merci, dit-elle...

Et, saluant de la tête, elle passa devant l'officier, sortit dans la petite cour.

Larbi-Mamlouk et Méryem venaient d'y entrer.

Ourida s'avança vers la jeune femme avec une hâte gracieuse. Cachant ses doigts que son amie d'enfance cherchait pour les baiser, elle tendit sa joue :

— Comme autrefois, Méryem I Te rappelles-tu ? Nous jouions avec les petits fenneks * que les nomades apportent sur le marché ? Mais tu as grandi la première et déjà la grâce des épouses est sur toi.

— La grâce, dit Méryem, est dans les yeux qui me regardent.

Tous ensemble, ils redescendirent jusqu'au pied du village où Ben-Titi gardait les chevaux. Alors, Ourida prit à l'écart les deux officiers :

— Dieu sait, dit-elle, si l'ange Azraïl viendra ce soir ou demain frapper avec sa lance à la porte de la Casbah et réclamer à Lala Aichouch le fils qu'elle a nourri de son lait. Mais à cette heure, Abderrhaman a encore la force d'élever son doigt vers le ciel, lorsque, à côté de lui, on prononce le nom de Dieu. Nul ne sait qu'il a été touché de la mort, excepté sa mère, moi, Bouchemall et le hakem, ^ qui fait couler de

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