‹ Gens de poudre: roman d'histoire et d'aventuresChapitre 43 sur 55 · Abricots i · texte numérisé non relu

Abricots i

Elles sortirent dans la cour, Ourida monta sur un escabeau et commença de secouer les branches de Tarbre pour en faire tomber les fruits. Sonia les recevait dans les plis bleus de son haïck. Quand la moisson leur parut suffisante, elles rentrèrent en riant dans la maison :

— 11 nous reste, dit Sonia, à nous procurer un pistolet.

— Ne te tourmente point, répondit la Petite-Rose. J'avais prévu le désir d'Eric. A quoi servirait l'amour s'il ne donnait pas la seconde vue ?

Elle souleva le tapis du Souf qui recouvrait le divan et décousit le matelas sur une longueur suffisante pour y passer la main :

— J'ai acheté cette arme , dit-elle en tirant de sa cachette un pistolet au canon damasquiné, à un de mes gardiens. Un autre m'a vendu de la poudre. Je voulais être maîtresse de moi-même, si jamais Selman s'enhardissait dans son désir jusqu'à lever la main sur moi. Nous ne le craignons plus. Le coup de feu qui lui était destiné ira frapper un de ses serviteurs. Quant à la balle, je n'ai point de plomb, mais une fille du Désert ne s'embarrasse pas pour si peu de chose.

Elle arracha un bracelet de son poignet :

— Que vas-tu faire ? demanda Sonia.

— Fondre ce bijou, répondit la Petite-Rose, pour en faire une balle d'argent. La balle d'argent tue sûrement celui qu'elle louche. Elle atteint même les marabouts, même ceux qui ont vendu leur âme au Ghitan en échange des trésors de ce monde. Aide-moi à allumer du feu. Nous prononcerons ensemble les paroles de conjuration.

Elle jeta, dans une terrine pleine d'eau, Targent fondu. Deux fois, elle les replaça sur le feu pour les faire fondre encore. Elle n'était point satisfaite de la forme que le hasard leur avait donnée. Pendant tout ce travail, elle chantonnait des paroles magiques :

— « Vole comme Toiseau noir. Il ouvre son bec. Il boit du sang. »

Enfin, elle se déclara satisfaite et, sortant de l'eau un lingot d'argent dont les côtes étaient bizarrement striées :

— Voici, dit-elle, un bon messager de mort. Azrarïl ouvre déjà son aile sur celui à qui Dieu le destine.

Elle essuya ses mains avant de toucher au pistolet, puis commença de le charger avec beaucoup de soin et d'habileté. Comme elle enfonçait la balle dans le canon. Sonia dit :

— Si cependant, Éric allait se tromper dans les ténèbres?... S'il te frappait avec celle balle?

— Qu'importe? dit la Petite-Rose. Ourida aime mieux mourir par lui que de vivre sans lui.

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