‹ Gens de poudre: roman d'histoire et d'aventuresChapitre 49 sur 55 · BRANLE-BAS DE COMBAT · texte numérisé non relu

BRANLE-BAS DE COMBAT

Dans les premiers jours de novembre i854, la plupart des personnages, que ce récit historique a mis en scène, se trouvaient réunis à Biskra. Le colonel Desvaux était descendu de Batna pour tenir conseil avec le commandant du Cercle de Biskra et le chef des Affaires Indigènes. On savait que le général de Salles lui avait donné carte blanche. La paix ou la guerre dépendaient, à cette heure, de sa décision.

Il attendait, pour se résoudre, le retour des deux officiers que le commandant Carbuccia avait envoyés en mission dans le Sud : Larbi-Mamlouk auprès des marabouts de Témacin, le lieutenant Éric auprès des habitants d'El-Oued.

Larbi venait de rentrer à Biskra. Il fut reçu le premier :

— Mon colonel, dit-il, je vous apporte de la part

GooqIc

"*'" Si-Mohamed-El-Aïd , Marabout des Tidjania, irance que les gens de Témacin et les nomades îur banlieue ne suivront pas Selman dans sa lion. Montrez- vous seulement dans FOued-Rir et iltan de Tougourt sera réduit à ses forces.

bon vouloir des Marabouts de Témacin était nportant appoint du succès, car les confréries euses forment le système nerveux du pays ; et ïlon la métaphore arabe « le ventre du désert » à Tougourt, c'était à Témacin qu*il fallait cher-

« sa tête )). Toutefois, le colonel voulut être igné sur les dispositions personnelles des Rouara, y^mpathies ou les répugnances que d'eux-mêmes anifestaient pour nous.

J'ai la certitude , répondit Larbi-Mamlouk , ies populations d'oasis sont bien disposées pour ance. Elles n'ignorent point que partout où vous installés, plus de justice règne. Mais à cette I, les Selmia et les Ouled-Moulat se disposent olter leurs dattes. Selman veut les obliger à lui ter leur récolte ; il prétend la mettre à l'abri îre les murailles de Tougourt. Il ne faudrait aisser tous ces Rouara balancer trop longtemps les désirs de leurs cœurs et les préoccupations ir faim.

ns l'antichambre du bureau, Éric se heurta à -Mamlouk :

Parbleu, dit-il en lui tendant la main, voici rencontre de bon augure ! ... Te souviens-tu us nous sommes vus pour la première fois ?

Au seuil de cette porte, répondit Larbi.

Tu venais offrir tes services au « Père la a »...

— Et toi, tu t'engageais.

— Il y a combien de temps de cela, Larbi ?

Mamlouk répondit :

— Onze lunes.

— Le temps de voir défiler les quatre saisons...

— Et de mûrir une amitié.

A l'accueil du colonel Desvaux, Éric comprit que le commandant Carbuccia l'avait bien servi près de son chef.

— Voilà donc, dit le colonel, ce soldat qui se jetait dans la Légion comme dans un précipice ? Je lui avais affirmé, commandant, que vous lui donneriez autant d'occasions qu'il voudrait d'exposer utilement sa vie. Je suis heureux de constater que j'ai été bon prophète.

Éric s'inclina, puis, sur l'invitation de son chef, il rendit compte de sa mission du Souf.

— Je ramène avec moi, dit-il, le Caïd d'El-Oued. Il apporte des excuses et il s'attend à être frappé d'amende. Cette ambassade doit être considérée comme l'expression sincère des regrets du Caïd et de quelques gros marchands. Ils craignent pour leur commerce une aventure pareille à celle des caravaniers qui portaient de la poudre tunisienne, dans l'Oued-Chaïr et que nous avons razziés le mois dernier ; — mais le gros des Soufa tient ouvertement pour Selman. J'estime donc qu'il convient d'accueillir ces gens avec bienveillance, sans leur cacher qu'on les sait incapables de tenir leurs promesses.

Tant à l'allée qu'au retour, Éric avait relevé l'itinéraire du Sôuf avec une grande précision. Le colonel le félicita et le « Père la Légion », dit avec rondeur :

— J'ai demandé, lieutenant Éric, une faveur pour v/MiQ rîomme vous êtes encore trop neuf dans votre our qu'on vous donne de Tavancement, j'ai re colonel de vous fournir, au cours d'une camrochaine, l'occasion de vous distinguer.

\ j'ai décidé, dit le colonel Desvaux, de vous

à mon état-major, avec un titre nouveau... a mort du lieutenant Franck, le Bureau-Arabe

sans adjoint... Vous occuperez désormais ces s auprès du commandant Séroka.

ressaillit :

DU colonel, dit-il. . .

iccia eut le pressentiment que le lieutenant user. Il intervint :

B devine ce que vous allez dire. Vous vous ez un peu comme mon fils. Vous craignez re dévouement me manque. C'est moi, mon ui ai demandé au colonel de vous mettre poste de confiance. Il y a eu autrefois un peu lement entre le Bureau des Affaires-Indigènes imandant de Cercle ! . . . C'était, pour une part, la 1 malheureux qui n'est plus!... Au moment de

il faut que ces petits jeux de la paix cessent.

de tous est nécessaire pour le service de la

Allez là où vous êtes le plus utile. On ne vous >ar au « Père la Légion » : il vous donne.

on colonel... Mon commandant... murmura baissant la tête.

motion était sincère, Carbuccia en fut touché r.

mis d'Eric accueillirent avec enthousiasme les ïs de son avancement et du belliqueux projet ; chefs.

GENS DE POUDRE SSy

— Je m'y attendais ! s'écria Auër. A preuve que je me suis endetté de cent vingt bouteilles de Champagne chez Cypriani. Vingt-quatre quand j'ai appris que ce nigaud de Cheikh-El-Arab s'était fait reconduire par la (( Deïra » à coups de fusil ; trente et une quand on nous a dit que Selman entrait dans Tougourt ; trente-deux lorsque le bruit s'est répandu qu'il venait d'assassiner Lala Aichouch et ses petits ; trente-trois, lorsque les nomades ont donné une raclée à noire Goum vers Ouibet. Et quand je pense que Van Boom m'accusait de prodigalité !... Ce garçon-là a décidément perdu le jugement... Il est mûr pour le mariage.

— Ne doute point, dit le Hollandais, que je n'y aspire de toutes mes forces. J'ai autant envie que toi de descendre à Tougourt. Je sens que j'y trouverai ma petite bête ! . . . Dans ce trou de Biskra, en l'absence d'Éric et de Larbi-Mamlouk, réduit à la conversation d'un ivrogne comme toi, je commençais à prendre le cafard...

— Pourvu seulement, soupira le Madgyar, que cette fois-ci, le mécontentement de nos chefs fasse vraiment sauter le bouchon et que tout cela ne finisse pas en limonade anglaise, — « gazous » à l'usage des circoncis !

L'expédition que toute cette jeunesse de poudre désirait avec tant d'ardeur était moralement décidée. Tandis que le colonel Desvaux préparait avec le commandant Carbuccia l'organisation d'une colonne mobile, le Gouverneur général de l'Algérie prescrivait le mouvement de deux autres colonnes qui devaient partir, l'une de Laghouat, sous les ordres du commandant du Barail, l'autre de Bousaada, sous les ordres du chef de bataillon Pein, et converger vers Tougourt.

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La garnison de Biskra connut la décision de ses chefs et Touverture de la campagne quand elle vit arriver de Batna le commandant Marmier, chef du Bureau-Arabe de ce cercle. Il amenait avec lui cinq cents baïonnettes du 68® de ligne, trois escadrons de chasseurs et deux obusiers. Ces forces ne devaient, dans aucun cas, descendre au delà de M'Raier. Sous les ordres du colonel Desvaux, elles allaient servir de base d'opération.

Il avait été décidé d'autre part, que le commandant Marmier serait placé à la tête d'une colonne légère dont Biskra devait fournir les éléments. C'étaient huit cents chevaux de Goum, treize cents fantassins, choisis dans les tribus fidèles des Ramra, des Amer, des Ouled- Djelal, des Sidi-Khaled, des Ouled-Zekri. Deux escadrons du 3* régiment de spahis et une compagnie de tirailleurs indigènes devaient servir d'appui. Ces cavaliers et ces fantassins portaient le strict nécessaire. Ils allaient descendre dans l'Oued-Rir, tâtant le terrain, n'avançant qu'à coup sûr, faisant tout I9 long de la route appel à nos partisans. On comptait pousser jusqu'à quinze kilomètres de Tougourt, à Meggarin. Dans cette position, on donnerait aux Rouara l'avis de récolter leurs dattes et l'on attendrait l'attaque ou la soumission de Selman.

Le rendez-vous général des contingents de Biskra avait été fixé au 18 novembre. A la date convenue, ils se réunirent sous le Bordj de Taïr-Rassou, dit aujourd'hui Bordj de Sâada. Les cavaliers de Goum arrivaient des montagnes et de la plaine en grand costume de fantasia. Chaque caïd était suivi d'un porte-fanion qui faisait flotter sa bannière. Des batteurs de caisse et des joueurs de khiata les précédaient.

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montés sur des mulets, deux à deux accouplés. A cette mode d*Asie, que les chevaliers rapportèrent en France après les Croisades, beaucoup de chevaux, de la croupe aux jarrets, étaient enveloppés dans des étoflTes voyantes. Le vent les faisait flotter pendant les galops.

Le général Desvaux, escorté du commandant Marmier, passa en revue le 3® régiment de spahis que commandaient les capitaines de Courtivron, Clavel, de Bonnemain et le lieutenant Constant dTanville, — les tirailleurs indigènes, sous les ordres du capitaine commandant Vindrios et du sous-lieutenant Jouanneau. Les lieutenants Auër et Van Boom étaient à la tête des Goums.

Comme on rompait les rangs après la parade, Auër se rapprocha d'Éric :

— Où donc, demanda-t-il, est passé Larbi-Mamlouk? Je ne Tai pas aperçu de la journée...

— Je crois bien, dit Éric, que le colonel Desvaux l'a envoyé aux informations. On s'inquiète de savoir à quoi songe le Cheikh-El-Arab.

— Au fait, dit Van Boom, il n'est pas venu au rendez-vous de Taïr-Rassou. Qu'est-ce qu'il attend?

— Il écoute souffler le vent, répondit Éric.

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