REGLEMENT DE COMPTES
S lieutenants Auër et Van Boom ne s'attendaient trouver l'insolent légionnaire, contre lequel ils at réclamé des peines disciplinaires, installé dans reau du commandant Carbuccia, avec une espèce mité.
ic avait trop de goût pour insister sur ces nuances ; ant, l'expression de son visage et le sourire qui iit encore dans les moustaches du commandant, ;nt que l'entrée des deux ofiBciers venait d'inter- ►re un entretien cordial. Dans cette conjoncture, passa devant le légionnaire, le menton aussi arroque s'il ne l'avait pas reconnu, et Van Boom, îtait entré dans le bureau, frais comme une rose, it rouge comme une pivoine, affection que le commandant témoignait à ses ers n'allait pas sans des bourrasques de colère, uts d'un sang méridional qui, lorsqu'elles écla-
talent, faisaient rentrer les plus turbulents sous terre. La vue des deux lieutenants provoqua brusquement, chez le « Père la Légion », un de ces accès redouté :
— Ah! vous voilà, vous autres 1... J'ai des compliments à vous adresser 1
A trois pas du bureau, les deux officiers se tenaient immobiles, et leurs mains, levées pour le salut, demeuraient vissées par la peur au bord des chéchias.
Le commandant continua :
— Vous, Auër, vous avez encore une fois roulé sous la table I Le colonel Desvaux est si indigné de votre conduite, qu'il veut écrire au général de Salles pour qu'on vous change de corps... Quant à vous, Van Boom, savez-vous ce qui s*est passé dans le quartier des Ouled-Nayls, hier, pendant que vous chassiez le puceron dans la banlieue, avec un filet dont vous mériteriez bien qu'on vous coiffât?...
Le Hollandais devint cramoisi et fit un geste d'ignorance.
Le « Père la Légion » reprit, décidément exaspéré :
— Il y a eu une bagarre dans ce café maure où vous passez toutes vos soirées... Deux filles de tribu, la Plume et la Perle, avec lesquelles on vous voit beaucoup trop souvent, — si souvent, que tout le monde les dit à vous, — sont venues là, danser devant d'affreux bicots, des domestiques du Cheikh-El-Arab ! . . . Et ces gens prenaient vos maîtresses sur leurs genoux. . . Ils les appelaient par vos noms... Et tout le monde vous raillait 1 Sacrédié ! messieurs ! Vous ne pouvez pas m'accuser de me mêler de vos affaires de cœur et tout le régiment a la bride sur le cou, quand on n'est pas sur le pied de guerre, mais la fantasia n'est pas le cynisme ! . . . Arrangez- vous pour qu'on ne vous
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rencontre jamais avec des femmes, ou, si vous voua montrez en public avec ces créatures, empêchez que les autres ne les manient!... Mettez-leur un collier! Attachez-les chez vous avec une chaîne I
Ces reproches étaient d'autant plus cruels aux deux officiers, qu'oublieux de sa réserve ordinaire, le commandant les réprimandait devant un étranger, un simple soldat. Âuër piafiFait, tourmentait son sabre, jetait le feu par ses yeux torves. Le Hollandais, toujours fixe, était passé du ponceau au violet des tulipes.
Pourtant, le « Père la Légion » n'avait pas fini de les flageller :
— Mais ce n'est pas tout. Et vous ne savez pas ce qu'il y a en ceci de plus humiliant pour moi?... Devinez par qui j'ai eu la nouvelle de cette bagarre ?
Il croisait les bras sur sa poitrine, il regardait les deux lieutenants comme s'il eût voulu les dévorer :
— J'en ai été informé par le capitaine Séroka 1 II a reçu là-dessus une plainte du Gheikh-El-Arab. Ce tartufe demande que mes officiers désignent les femmes qu'ils se réservent, afin de les interdire à ses serviteurs... Ah! j'aurais voulu vous montrer la figure du capitaine Séroka, tandis qu'il me faisait cette conununication obligeante ! Tudieu I mes amis I il ne faudrait pas qu'une pareille avanie se renouvelât!... Je ne suis pas d'humeur à recevoir des leçons de ces bicots, ni des diplomates du Bureau-Arabe... Ici, votre honneur est engagé autant que le mien... Je p'insiste pas... Voyez ce que vous avez à faire...
La douleur des deux hommes était si visible, que le commandant se radoucit. Il rendît la main comme à des chevaux que l'on a rassemblés jusqu'à la souf-
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france. Aussitôt, Auër releva la tête et Van Boom se décongestionna :
— Affaire réglée, dit le commandant. Je viens anx plaintes que l'un et l'autre vous avez portées contre le légionnaire Éric. Les voici, là, déchirées en petits morceaux dans ma corbeille. Celui que vous avez pris pour un simple soldat, sera demain votre camarade : le sous-lieutenant Éric. Je le mettrai au Goum. Il a, dès aujourd'hui, une place dans mon amitié. Je désire qu'il soit bien installé dans la vôtre, U est digne de vous, et vous de lui. C'est compris?...
Il n'y avait pas à rechigner : les trois hommes se serrèrent la main avec une bonne volonté suffisante. Mais quand on fut de l'autre côté de la porte, tous les trois jugèrent, qu'après avoir satisfait le u Père la Légion, ils conservaient le droit de se faire plaisir à eux-mêmes. Auër avait son Ugottage sur le cœur; Van Boom ne pouvait se consoler d'avoir été pris au collet. Éric n'oubliait pas que ses deux collègues lui avaient promis, en mauvais termes, de le faire fusiller.
U ouvrait la bouche pour dire aux deux lieutenants qu'il était à leurs ordres, quand Auër prit les devants :
— Monsieur, dit-il, je vous fais mes excuses.
— Et moi, les miennes, dit Van Boom.
— Nous ignorions que vous étiez officier. . .
— Mais vous l'êtes...
— Ainsi, rien ne s'oppose plus à ce que vous nous rendiez raison.
— J'allais me mettre à votre disposition, répondit Éric.
— Je ne réclame point, dit Auër, la qualité d^'offensé
— Mais je vous la reconnais, dit le topographe.
J'aurais pu appeler la garde à mon secours. Il y avait, dans le mauvais tour que je vous ai joué, une malice que je puis avouer à cette heure, puisque je la regrette. On m'avait dit que vous vous serviez du sabre en vir- *^^^^G. C'est un beau jeu... J'ai désiré vous y avoir
r partenaire.
uër se mordit les lèvres.
- Pour moi, fit Van Boom, je reconnais sincèent que j'étais dans mon tort. Vous ne pouviez
savoir que vous portiez la main sur un frère mes. Mais, entre gens qui doivent s'estimer, ces îes-là laissent im mauvais souvenir. Je m'empresse c de vous reconnaître le titre d'ofifensé et le choix armes.
- Nous prendrons le pistolet, si vous le voulez L, répondit Éric. J'arrive ici sans papiers : il est irel qu'on m'attende aux preuves... Quand j'aurai se le fer avec monsieur Auër et essuyé votre feu, n'aura plus le droit de se demander qui je suis : 3 serez les parrains de ma bienvenue.
es deux officiers s'inclinèrent et Éric conclut :
- Maintenant, il faut que vous me fassiez crédit, situation n'est pas encore réglée : je n'aurai pas le t de porter mes galons avant quelques jours. D'ici e commandant m'a conseillé de prendre des vêteits de toile et de venir travailler à son bureau, me un bon bourgeois. Consentirez-vous à vous re avec un civil, ou dois-je attendre ma nomination lUère?
- Le galon ne fait pas l'homme, répondit Auër, et s prendrons rendez- vous pour demain, si cela ne s déplaît pas. t
- Au contraire, dit Éric. Reste une dernière dif-
culte dont je ne sais trop comment sortir. Je ne connais ici que les sous-oiBciers qui encadraient ma compagnie; ils ne peuvent m'assister en cette occasion et je crois que, pour la liberté de nos projets, il vaut mieux ne pas prier le commandant de me procurer des témoins...
— Certes ! dit Van Boom.
Auër interrompit :
— Monsieur, voulez-vous nous faire Y I vous rendre, ce soir, au Cercle. Nous vo ' lerons à nos camarades... Nous leur soui
cas... Tout le monde sera à votre service.
I — Je n'attendais pas moins de votre c
de la leur, dit Éric.