‹ Gens singuliersChapitre 18 sur 44 · JOS PIERRE LE GRAND · texte numérisé non relu

JOS PIERRE LE GRAND

— Elle est gâtée et me cause souvent de la douleur.

— Qu'on m'apporte mes instruments ! »

L'histoire ajoute que le pardon suivit de près l'extraction de cette innocente molaire.

Le procédé s'ébruita et plus d'un coupable inquiet de son sort voulut y recourir. Mais toutes les rééditions de la même scène n'eurent pas un égal succès. Un certain Alsufief, dénoncé pour désobéissance aux ordres impériaux, crut échapper en exhibant sa dent creuse et en entendant son empereur demander ses instruments, mais le czar choisit cette fois la dent la plus forte, la plus saine, et il la tourmenta de telle sorte qu'il souleva trois fois le patient au bout du poignet, avec la vigueur d'un maréchal de village.

Le tour de la dent fut aussi joué par PolbojarofT, valet de chambre du czar, mari malheureux d'une femme acariâtre et galante. Un jour, son chagrin était si visible, que le czar en demandait la cause. PolbojarofT eut l'idée diabolique de prétexter qu'il souffrait pour sa femme en proie au plus terrible mal de dents.

Pierre saisit avec empressement cette occasion de taire une nouvelle prouesse. Il court armé de son pélican chez M"lc PolbojarofT, la couche par terre et lui extirpe deux dents indiquées par l'époux vindicatif, qui répond froidement aux injures de sa femme :

« Cet emportement prouve combien votre mal

PIERRE il '■ k a H i». IO9

était vit". Toutes les fois qu'il recommencera, je

prierai le czar de renouveler cette habile opération. »

Mais la femme ne se tut pas pour cela, et le c/ar,

instruit par elle de la supercherie, chargea la terrible Duhina d'enseigner à Polbojarofl plus de respect pour l'art dentaire.

Pierre le Grand était vraiment trop autocrate pour laisser au pouvoir religieux une prépondérance qui avait contrarie ses prédécesseurs. 11 se refusa donc a remplacer le patriarche de L'Eglise russe, et comme, dans un synode, on le pressait de pourvoir à cette Vacance, il se frappa la poitrine en criant :

« Le voilà! votre patriarche! »

Les popes pliaient devant cette volonté de ter. mais non sans laisser échapper aucune occasion de réagir Contre elle. Les miracles leur coûtaient peu .ui besoin pour passionner L'esprit public. Ainsi , lorsque Pierre le Grand voulut favoriser Pétersbourg, Sa ville nouvelle, au détriment de Moscou . la vite sainte, une vierge peinte dans une église r.:.uve se mit à pleurer. On crie au prodige. Le peuple accourt en foule, répétant que la vierge sainte s'ennuie horriblement loin de Moscou. Pierre' se trouvait au canal de Ladoga. Prévenu par courriel-, il marche toute la nuit; il arrive, conduit par les popes jusqu'aux pieds de L'image miraculeuse. Apres

L'avoir considérée, il donne ordre de l'apporter dans

son palais et procède .1 un examen dont Stiehlin a

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