I IO PIERRE LE GRAND
conservé tous les détails, d'après un témoin irrécusable, Cormidon , intendant de la cour :
« Il trouva d'abord de très-petits trous dans les coins des yeux que l'ombre formée par l'enfoncement qui les termine, rendait presque imperceptibles. L'empereur retourna l'image, ôta la bordure supérieure du cadre, enleva de sa propre main la seconde toile qui le couvrait par derrière et jouit du plaisir de voir réaliser ses soupçons, en découvrant La source mensongère des larmes de cette pauvre image. C'était une petite cavité aux environs des yeux, pratiquée dans l'épaisseur de la planche; il s'y trouva encore quelques gouttes de l'huile qu'on y avait mise précédemment, et le tout était recouvert par une espèce de doublure. Voici le trésor! s'écria Pierre le Grand, voici la source des larmes miraculeuses. Alors il fit approcher tous ceux qui étaient présents pour donner plus d'authenticité à la découverte, et les assurer par leurs propres yeux de l'artifice et de la fourberie.
« Pour faire bien comprendre ce mécanisme aux assistants, ce prince leur dit qu'il était tout naturel que de l'huile figée se conservât longtemps sans couler, dans un lieu frais, jusqu'à ce que la chaleur lui rendît la fluidité; qu'il leur avait montré les trous au travers desquels elle filtrait en forme de larmes par les coins des yeux, ce qui arrivait toutes les fois que la flamme des lumières qu'on mettait devant était proche et avait échauffé l'air qui l'environnait.
« La découverte de cette supercherie criminelle, manifestée devant tant de témoins, causa beaucoup de joie à Pierre le Grand. Il reprit sa tranquillité, et dissimulant son indignation ainsi que le désir qu'il avait de découvrir les auteurs de cet artifice, il se contenta pour le moment d'adresser ces paroles à l'assemblée : « Vous avez tous vu, dit-il, la source des pré- « tendues larmes de l'image de la vierge, publiez partout et « faites connaître au public ce que vous avez vu de vos pro- « près yeux et dont vous êtes convaincus. Détruisez l'effet du c présage insensé autant que malicieux qui a été tiré de cette « imposture prétendue miraculeuse, et qu'elle soit exposée à
PIERR] LE GRAND. lit
une dérision générale Pour moi, ie garde cette Image, divine, mais très-ingénieusement fabri [uée, pour la dé| ■ dans mon cabinet «.les ai I
Cependant l'empereur, outré d'une pareille machinai et mortifié du présage ni'avaient fait tirer ces larnaes artificielles, mit. en secret, tout en QBUVre pour en découvrir l'auteur. Il y réussit, au bout «.le quelque temps ct à la suite de plusieui i recherches sourdes. L'imposteur, après avoir avoue toutes les circonstances de s, m crime et le motif qui l'avait tait agir, fut si sévèrement châtie, «pic personne ne se i . dans la suite d'entreprendre rien de pareil.
La papauté était, naturellement aussi, en butte aux mauvaises plaisanteries de ce souverain peu orthodoxe. Le titre «.le pape était donne au chef de ses soixante fous ; ils portaient le cordon de l'Éperon d'or, qui s'acquiert, comme on sait, à prix d'argent, et qui avait été acheté a Kome.au prix de soixante roubles pour chacun.
I n peu avant sa mon, le c/ar tomba élan-, une mélancolie profonde que les médecins cherchèrent a combattre en ordonnant des divertissements et des mascarades. On organisa donc sur un pied grandit
l'élection élu nou\eau pape des tous.
Cette parodie des cérémonies romaines eut heu élans la maison de Sotof, le y-\\^- défunt, sur le haut de laquelle on avail établi un carillon muni île deux
cloches ele bois, deux cloches de plomb et soixai quatre cloches de pierre. La chambre d'élection était
meublée <\\-u trône .1 six marches sur lesquelles un tonneau était commis ù l.i garde de deux BacchUS
qui avaient la permission de l'enivrer el qui usèrent pendant huit jouis. Autour du trône étaient