M. ADOLPHE BERTRON
nous donnèrent d'abord à penser que c'était un notaire qui s'était trompé de porte...
« Monsieur Larchey ? — demanda l'inconnu, essayant de percer le nuage olympique qui enveloppait la rédaction de la Revue, où presque tous fumaient sous prétexte de combattre l'humidité du rez-de-chaussée.
— C'est moi, monsieur.
— Je désire vous entretenir en particulier. » Après avoir fait les honneurs de l'escalier tortu
qui montait au salon, je priai le visiteur de prendre un fauteuil, — notre unique, — et j'attendis.
« Je suis M. Bertron... »
Je m'inclinai.
« Votre Revue croit me connaître... du moins elle s'est occupée de moi... J'ai vu le numéro qui me concerne. La nature de votre recueil ne me paraît pas en rapport avec la gravité du problème social que je veux résoudre; ce que vous avez dit de moi n'est pas très-exact, mais enfin je me plais ù croire que vous n'avez eu aucune intention malveillante à mon égard... D'ailleurs, je tiens avant tout à ce que la lumière se fasse. »
La conversation continua sur ce ton presque amical. M. Bertron voulut être présenté à nos amis, et il ne nous quitta pas sans promettre de revenir nous voir. Il revint, en effet, plusieurs fois. Comme on s'en doute, l'Ordre universel était la base de toutes nos conversations, et son inventeur en arrivait naturellement à parler des sacrifices imposés par la
M. AliOi.rill
propagation du système. Je me souviens qu' une £ il conta comment un lithographe de talent l'a représenté* en pécheur d'hommes, prêt à lancer sur le genre humain un filet symbolique, dont les plis
étaient soigneusement ramènes sur l'épaule; — cV tait Yépervier de l'Ordre universel.
Kt comme cette fantaisie taisait sourire un ;.
tant, .M. Bertron le menaça du doigt en disant :
« Ne sourie/ pas, monsieur! ne souriez pas 1 1 Vous \ ris comme lus autres... »
De tout ceci, on peut conclure que M. Dertron est un réformateur convaincu. Pour en avqir une idée, il ne faut pas s'en tenir à ses dernières proclamations : il faut lire sa profession Je foi de i852 et sa Combinaison nouvelle, brochure imprimée la même année. De leur Lecture, il m'a semble ressortir que le
bonheur universel dépend, selon .M. Bertron, du
commerce mis entre les mains de L'État. Produits du sol et produits manufacturés, tOUl serait, sans monopole toutefois, entreposé et vendu comme le tabac, la poudre et Les cartes .'i jouer. Et les béné fices de l'exploitation gouvernementale seraient I que les impots seraient énormément réduits, que tous le. producteurs auraient lui déboÉché assuré, et que, par conséquent t le bonheur universel ne rail plus un m\ die.
Maïs ce qui a rendu M. Bertron popuiaii
i brochure, qui est peu connue ; C
. manifestes et des proclamations qui sont,
IJ2 " M. ADOLPHE BERTRON.
leur genre, des monuments. J'ai cherché à en faire la collection, et, bien qu'elle ait encore de regrettables lacunes, elle renferme des pièces fort curieuses. On peut en juger par deux professions de foi reproduites ici en fac-similé. La première ■ ne pourra déplaire « au sexe qui embellit la vie, » — comme dit M. Prudhomme qui a tous droits d'être cité ici.