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MONSIEUR LE PRINCE

à la sainte table, — et cela pour n'avoir rien à lui dire.

Notez que madame la princesse était non-seulement vertueuse, mais laide, mais un peu bossue.

M. le Prince était lui-même la victime de ses incertitudes. Le matin, il ne savait jamais où il coucherait le soir. Dans tous ses domaines, on avait chaque jour ordre de l'attendre. Que ce fût à Paris, à Ecouen ou à Chantilly, sans compter Versailles ou telle autre résidence de la cour, il fallait lui tenir partout un dîner prêt. Il est vrai que la carte était invariable et que le menu ne souffrait pas de complication : il se composait d'un potage et d'une poule rôtie sur une croûte de pain ; encore la moitié de cette poule était-elle gardée pour le souper.

Malgré cette humeur voyageuse, il avait des préférences marquées pour Chantilly ; il s'y promenait constamment suivi de plusieurs secrétaires qui, la plume en main, prenaient note des réparations et des embellissements qui lui venaient en tête pendant la route. Personne/d'ailleurs, n'y était invité, hors quelques pères jésuites. Pendant des semaines entières, il se celait même aux yeux de ses serviteurs.

Ces habitudes solitaires influèrent sans doute sur sa raison. On remarqua dans ses allures certains tics étranges. Des courtisans prétendirent avoir vu M. le Prince jeter la tête en l'air et ouvrir la

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bouche, comme un chien de c iboyant sur une

piste.

I il un temps où l'on se repaissait beaucoup de m\ -

thologie, il n'est pas étonnant d'ailleurs que de pareilles idées entrassent dans uu cer\ eau malade.

[1 s'imagina pendant quelque temps être devenu lièvre, et, de crainte qu'il ne se sauvât, les curés

rent, dit-on, ordre de ne pas laisser sonner leurs cloches, pendant un voyage à Dijon ou il allait présider les États provinciaux.

I n autre jour, il crut avoir été changé en plante,

et il voulait absolument qu'on l'arrosât. Voici comment le fait est relate dans les Mémoires de Richelieu : " Après s'être mis dans le petit jardin de l'hôtel Condé, il chargea de cette commission m. de Plainville, un de ses pages, qui, n'en voulant rien faire. Laissa les deux arrosoirs remplis d'eau et alla se cacher. M. le prince en fut dans une colère épouvantable, mais cette idée lui étant passée comme une autre, le prince oublia le tour que son page lui avait joue. »

Fort souvent, il croyait encore être chauve*

ris, et il avait si grande peur d'aller cogner de la

tète au plafond, qu'il avait lait matelasser, à Chantilly, Un Cabinet qui lui servait de retraite pendant

le temps de cette prétendue transformation.

I OUte la cour le taxa enfin de folie, quand on sut

lc qui s'était passé à Versailles chez la maréchal Noailles. Etant de service, celle-ci avait reçu le

prince dans sa chambre à coucher. Le ht était tait.

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