MONSEUR LE PRINCE
nait à son noble pénitent. En apprenant que le chef de la maison de Condé est au plus mal, on ne doit donc pas s'étonner que le Père Lucas n'ait pas attendu la chaise. Il monte dans le coche, il accourt, fort de son pieux ministère, mais c'est pour se voir refuser la porte, sans qu'il soit même question de le rembourser des frais du voyage.
Que s'était-il donc passé? — M. le Prince n'avait garde de mourir dans l'impénitence. Seulement il avait changé de directeur. L'évolution s'était faite avec un mystère des plus diplomatiques. Un secrétaire de confiance avait d'abord été rendre visite au Père de Latour, général de l'Oratoire; il lui avait exposé comment M. le Prince désirait l'entretenir très secrètement. On voulait même que le Père ne vînt que la nuit, seul et sous habit séculier. Ces deux dernières conditions furent rejetées comme étant contraires à la règle et à la dignité de l'ordre. Le luxe des autres précautions rendait d'ailleurs celles-là bien inutiles. Un carrosse de remise venait à certains jours attendre le Père de Latour qui y montait accompagné d'un secrétaire et d'un oratorien. Tous trois descendaient à la porte d'une maison voisine de l'hôtel de Condé. Puis, à la lueur d'une lanterne, ils s'engageaient dans une longue suite de corridors coupés par plusieurs portes secrètes. — Au retour on observait le même cérémonial.
S'il faut en croire les Souvenirs de Richelieu, le prince se serait rendu lui-même à l'Oratoire, en prenant mille précautions, et c'est en revenant de
MONSIEUR il PRIK
cette excursion qu'il se mit au lit pour la dernière t'ois.
La fin de ce pénitent volage ne tut pas moins singulière que sa \ic. Les médecins lui avant t'ait pi sentir que les sacrements seraient bientôt nécessaires, il voulut les recevoir sur-le-champ. Il se fil ensuite apporter à son chevet deux grands bâti
et manda la princesse sa femme et M11, de Langeron,
la dame de compagnie. Des qu'elles turent arrivées,
il leur déclara que, pendant sa vie, il les avait trop maltraitées pour ne pas être puni. Montrant les deux bâtons, \\ les exhorta à l'en frapper jusqu'à ce que mort s'ensuivît. Mais ces dames lui tirent gr et laissèrent la mort arriver toute seule quelques heures après. I ne bonne bastonnade eût peutêtre sauvé M. le Prince.