IL
i m une daine de la cour d'autant plus sur] de voir Le prêtre perche si haut, qu'un peu avant, elle l'avait vu dans le carrosse de M. le prince de Condé.
Bonjour, monsieur Santeuil, fait rllr en riant.
— Je VOUS tiens, je VOUS tiens! a tait Santeuil en
montrant ses tablettes sur lesquelles il griffonne des vers de commande. Et il se replonge dans -><>n travail avec une assuidité telle qu'il manque de
Sommer pour avoir négligé Je baisser la tête en |
sant sous la porte Saint-Denis.
que les vers latins étaient sur le tapis, on peut
dire «.pue notre poète perdait le peu de raison qu'il
avait. I n chevalier d'industrie profita de cet amour pour le détrousser d'une façon a- ea comique.
Comme il lui était I >mbe entre les mains d<
manuscrits sur la mort d'un perroquet, il alla les soumettre, en déclarant qu'il en était l'auteur, a
l'approbation de Santeuil.
Celui-ci lit la pièce ; il la trouve de son goût. Par réciprocité, il recite lui-même sa dernière composition. Le visiteur simule l'enthousû Santeuil
.'\ laisse prendre et coir.ic son admirateur à de ner. I n déjeuner de poëte, dans la cellul. at-
Victor. Le vieux domestique va chercher ^\u \:" Santeuil lui-même son pour se munir de quelques pro\ isions. Resté seul, notre chantre de eontreba
en profite pour décrocher deux surplis, un ». la montre de son hôte, sa montre de dix pisto
retour, Santeuil ne retrouve que le\ieu\ leutre de
son escroc. La perte de ses surplis, de sa montre et de son castor le mit dans une telle rage qu'il descendit aussitôt pour taper sur le portier qui n'en pouvait mais.
Ce pauvre portier de Saint-Victor avait toujours quelques affaires avec Santeuil. Il n'est pas de tours que celui-ci ne lui jouât ; en voici un qui se trouve dans tous les recueils d'anas.
Comme Santeuil, invité souvent à dîner, rentrait assez tard, son prieur y avait mis ordre en défendant de lui ouvrir après neuf heures. Un peu après, le poète se trouve en contravention. Le portier arrive, mais refuse d'ouvrir. Après l'avoir bien prié, Santeuil se détermine à lui offrir un écu par le guichet. Cette largesse fait lever la consigne, mais à peine est-il entré qu'il feint d'avoir oublié un livre dans le carrosse qui l'avait amené. Pendant que l'obligeant portier va chercher le livre, Santeuil auquel son écu tenait fort à cœur, ferma la porte et ne la rouvrit point que sa victime n'eût consenti à le rembourser, — toujours par le guichet. — C'était une des farces qu'il prenait le plus plaisir à conter.
Pour faire excuser ses frasques, Santeuil usait d'une plaisante raison vis-à-vis de ses supérieurs. La nature, disait-il, l'avait doué de passions tellement impétueuses, que si on leur bouchait toute issue, il tomberait infailliblement dans la galanterie.
Bien que le prieur de Saint-Victor aimât mieux encore le voir taxer de folie que d'impudicité, cependant il était quelquefois obligé de sévir. Après
une forte réprimande méritée pour ses inexactitudes,
Santeuil est un jour condamné à se donner la diseipline.
Le lendemain, de grand matin, le prieur VOÎ1 trer le coupable en chemise. 11 reste stupéfait.
« Pardonnez-moi, mon Père ! dit Santeuil. Me voici comme Adam en état d'innocenc
On ne pardonna point à ce pénitent par trop décolleté, et il eut huit jours d'arrêt de plus.
Une autre l'ois, Santeuil, consigné dans sa cellule pour une dispute de jeu, imagina de faire le mort pour désespérer Ses supérieurs. On frappe à la porte, OH L'enfonce en voyant qu'on n'obtient aucune réponse, et on trouve Santeuil étendu raide et froid sur le carreau. Les religieux accourent. On fait cercle autour du prétendu cadavre sur lequel le pauvre prieur pleurait encore plus que les autres,
s'accusani de l'avoir poussé à bout par ses rigueurs.
Enfin un des moines lui ayant crié à l'oreille » Dismoi, pauvre ami Santeuil, es-tu bien mort lui-ci ne put retenir un éclat de rire qui consola semblée.
Il adorait les serins, et il en avait un blanc qui lui axait coûte vingl écUS. GrOfSe somme pour un a\are! Toujours il demandait au cellerier de la communauté quelques friandises pour 38 men Importune, celui-ci refuse une lois deux, œufs dl
Voilà Santeuil en colère, roulant de gros yeux,
niant ses poings et criant d'une voix menaçante :
iyO . S'ANTEUIL.
Numquïd Santolius non valet ova duo ? (Est-ce que Santeuil ne vaut pas deux œufs?)
Il n'est pas besoin de dire que le frère cellerier composa.
Dès qu'il s'agissait de ses oiseaux, Santeuil bravait tout. La reine d'Angleterre ayant un jour visité Saint-Victor, une dame de la suite poussa le sansfacon jusqu'à prendre dans la volière le serin le plus beau ; elle le cacha dans un endroit qu'elle croyait sûr, mais elle comptait sans l'œil du maître qui, peu soucieux de la noble assistance et des cris de la dame, reprit son serin en la place où il était caché.
Pour un homme colère , il supportait parfois d'assez mauvaises plaisanteries. Un M. Daugeois l'avait invité à passer quelques jours dans une maison de campagne. Pendant la nuit , on enlève le haut-de-chausses et la soutanelle de Santeuil, et on les fait rétrécir pour les rapporter ensuite dans la chambre où il dormait. M. Daugeois vient y frapper ensuite de grand matin pour ne pas lui donner le temps de la réflexion.
« Avez-vous bien dormi ? » demande-t-il en réveillant Santeuil.
— Pas plus qu'il ne faut, répond celui-ci en se frottant les yeux.
— Vous êtes donc malade ?
— Point du tout.
— Cependant, je ne vous trouve pas bonne mine. » Santeuil proteste qu'il ne s'est jamais mieux
porté ; il saute hors du lit pour s'habiller. Mais son
haut-de*
lite qu'elle craque à Pemn chure. Santeuil sur i remet au lit devant lequel
Dongeois statii i nu de noureau q
observe nh gonflement de sinisti .. I mé-
decin arrive, avec ttructions secrètes : li
le pouls de Santeuil , examine la langue le cas grave.
•• Cependant, |e rien, balbutie S
— Tant pis! repart le nu que le mai le la perception exacte Je ce qui
1! .s'ensuit i lition de la comédie de
Pour nac. On clystérise, on ivre
. qui ne se ranime un peu qu'a
purgation un grand . v in
de Madère. Au bout d'une heure, i! . que la
médecine ne produit pas d'effet, et il de
. 1 .e docteur accourt de D l eau.
Que entea»vous maintenant ? dit-il.
— ( ne grande chaleur.
— Bon! On va vous administrer une limonade
ante. »
Arrive une bouteille devin blanc. La i
vie ce dernier remède éclaire (OUI ;i tau Santei il, se lève brusquement en criant :
« .le cois qu'on se moque de moi I
Puis il se mu a chanter et .1 danser de i
taire p i-ner
Une mystification atroce, si elle était vraie, serait celle dont parle Saint-Simon , qui accuse le duc de Bourbon d'avoir causé par imprudence la mort de Santeuil en versant du tabac à priser dans son verre. Mais les rapports des témoins oculaires s'accordent pour déclarer que le duc n'assista même pas au dernier souper de Santeuil.
La Bruyère , qui connaissait bien Santeuil , l'a peint dans ses Caractères sous le nom de Théodat. Le portrait est admirable de vérité. Bien qu'il ne fût pas flatté, son modèle le goûta, et le président Bouhier dit avoir vu entre les mains de La Bruyère une lettre de remercîment signée Votre ami Théodat, fou et sage.
Allusion aux lignes où l'auteur des Caractères avait écrit : « Il parle comme un fou et pense comme un sage. »
Plus tard, lorsqu'il mourut dans un voyage à Dijon, son corps fut réclamé par les chanoines de Saint-Victor. Pour ne point payer des droits considérables à tous les curés sur le territoire desquels le corps devait passer, on s'avisa d'emballer la bière dans une caisse ordinaire , sur laquelle on écrivit : Marchandises mêlées.
Dernière et fortuite ironie du destin qui semble avoir voulu faire ressortir le mélange singulier de défauts et de qualités qui caractérisa ce poëte original !
l.'\ ioi R i , ; \ N ' i .