‹ GenséricChapitre 219 sur 266 · Procope, De bello vandal, i, 5 \C. .S. //. B., p · texte numérisé non relu

Procope, De bello vandal, i, 5 \C. .S. //. B., p

la garnison pcnnancnte que Genséric et ses successeurs maintinrent dans Cartilage ^

Les Vandales furent organisés, connue on Fa vu précédemment, en quatre-\ingts corps commandés par des chiliarques ou chefs de mille hommes, bien cpi'à l'origine cet elïectif fût loin d'être complets C'est une imitation de la léo-ion i-omaine, réduite au iv'' siècle à un effectif de mille hommes environ ^ Dans leurs institutions militaires, comme dans l'organisation de leurs conquêtes, les barbares ne faisaient que copier l'Empire. Dans la distribution des terres, les lots des chiliarques furent naturellement beaucoup plus importants que ceux des guerriers sous leui's ordres. Les auteurs ne nous en donnent pas la preuve, mais on peut la tirer par analogie des indications que Cassiodore nous fournit pour le royaume de Théoduric en Italie, oîi l'étabhssement des Goths se fit de la même façon que celui des Vandales en Afrique. Dans une des pièces du recueil de Cassiodore, ordre est donné au sajon Guduin d'avertir sans retard les millénaires du Picenum et du Samnium, afin que ceux qui ont à recevoir les récompenses accordées chaque année aux Goths par la lil)éralité royale soient con^-o([ués et se rendent à la cour\ Il s'agit d'une inspection générale avec distribution de récompenses, et il est évident qu'en pareil cas c'est aux chefs de corps, et non aux hommes individuellement, que l'avertissement doit être ti'ansmis. Ce sont donc des chefs qui se trou\-ent désignés sous le nom de millénaires. Or un millénaire [millenarius) est le pusses.seur d'une mille-

1. Victor Vit., De persecul. vandal, v, 17 (/'. />., t. LVIII, pp. 2b4, 255) : « Rex... pelii urbe omnes illico jubet, ne contagio deficientium commune pararet quoque exercitui cjiis sepulcrum. »

2. Procope, De bello vandal., i, 5 (C. S. //. B., p. 334). Voir pp. 103, 218, 291.

3. R. Gagnât, Lecjio {Dict. des anliq. fjr. et rom., t. III, 2" part., p. 1051) ; — L'Armée romaine d'Afrique, p. 730, note 3.

4. Cassiodore, VariBP., v,27 (édit. Mommsen, .U. (,., A. A., t. XII, p. 159).

fia\ terme désig-nanl en Italie une propriété composée (riiii cei'tain nombre d'unités cadasti-ales foi'inant unc^ unité plus étendue'-.

Lunité cadastrale imposable, en Italie, se nommini Juf/ 1/ m, en Afrique elle portait le nom de centuria^ L'étendue de la centui'ie a dû varier à différentes époques, comme celle du jurjwn, suivant la qualité des terres et la classe du cadastre dans laquelle elles étaient recensées, mais la surface normale parait avoir été de deux cents jugera '\ c'està-dire de cinquante hectares trente-sept arcs et soixanteseize centiares^. En admettant que le nond^re des Vandales

1. -Mommsen, Cassiodori, varias, index, p. o39; — Nues archiv., 14. 49'.), adn. 3.

2. Nov. Valentia. 111, lit. v. §4 (Haenel, p. 142-143); — Xov. Majoriani . lit. vir, g 16 (Haenel, p. 322) ; — Marquardt, Organisation financière chez les Rom., trad. Vigie, p. 290. noies 1 et 3j ; — Gassiodore, Variœ, ii, 37 (M. G., A. A., t. XII, p. 67).

3. Cod. T/ieod.. iib. XI. tit. i, 10 iHaenel, p. 1043) : « Omnes qui per .\fricani optdenlas desertasve centm-ias possident, ad integrum professionis modum necessitati publica^ satisfaciant. » Xov. Vulenlin. 111, tit. x.x.xiii. § 2 (Haenel, p. 241).

4. Marquardt, Organisai, financ, Irad. Vigi..", p. iSO, n. 3.

0. Le jugevum, mesure de surface, est un rectangle de 240 pieds de long sur 120 pieds de large, soit 28 800 pieds carrés ou 2 518,88 mètres carrés (Marquardt, o. c, p. 91). Donc 2 518'", 88 x 200 = 503 776 mètres ou 50 hect., 37 a., 76 cent.

On sait que le cadastre de l'Empire (forma censualis, labulx censuales) comprenait sept classes :

1° Vignes ;

2" Champs d'oliviers ds première classe ;

3" Champs d'oliviers de deu.xième classe ;

4" Champs cultivés de première classe ;

0" Cliamps cultivés de deuxième classe;

&■' Territoires montagneux, ou champs de troisième classe ;

7" Forêts.

Les parcelles étaient classées, après contrôle, par les agents du fisc, suivant leurs revenus déterminés par les déclarations (professiones census), qui étaient exigées des possesseurs, sous les peines les plus sévères en cas de Iraude ou d'inexactitude (.Marquardt, o. c, pp. 236, 278, 279, 308, n. 3; — G. Humbert, Capilatio lerrena. census; Dict. des ant. gr. et rom., t. I. 2'= part., pp. 899-901 et pp. 1006-1010).

Une parcelle constituant une unité imposable, un Jugum, comprenait :-

5 jugera de vignes (l hect.. 23 a., 94 cent., 40 mill.) ;

ou 20 jugera de champs de 1" classe (3 hect., 3 a., 77 cent.. 60 mill ) ;

ait été de cinqiianto mille cm ii-on. si on suppose que le lot de chacun deux tut au moins d'une centurie, il faut conclure que 2 o 18 880 iiectar-es. soit sans doute à peu près le quart de la superficie de la j)r(»\ince Proconsulaii-e ', furent confisqués et pai'tagés entre les conquérants, sans compter les grands domaines dont furent gr-atifiés les fils du roi.

Comme les Goths de Théodoric, (jui furent établis en Italie dans des conditions semblables, mais (|ui, moins favorisés, n'étaient point exempts d'impôts", les Vandales vivaient dispersés dans leurs habitations, sur les terres qui leur a\aicnt été assignées. En tout tenqxs. ilsde\aient au roi le service militaire et (Haient tenus, sur un ordre de mobilisation, de se présenter' à la date fixée, munis d'armes, de chevaux et de tout ce (|ui était nécessaire à leui- entrée en campagne '^ Ils avaient de j)lus le de\oii' de i)r(''parer leurs fils à servir également. « Instruisez \-os jeunes gens dans la discipline militaire, dit un ordi-e de Théodoi-ic à ses guerriers, qu'ils voient en vous les vertus qu'à leur tour ils transmettront à leurs diescendants, car ce qu'on n'a pas appris dans la jeunesse, on l'ignore dans l'âge mûr. La nature \ous a doués d'une liei'té cpie l'amour de la l'éputation a exaltée en vous ; faites en sorte de laissi'r des fils semblables à ceux qu'ont eus vos pèi-es. '• » C'était la coutume ordinaire des barbares établis (>n pays

ou 4U jugera de chami>s de :2^' classe (10 hect., 7 a., 55 ('(Mil., 20 niill.);

ou 6U jugera de champs de '6' classe (15 hect., 11 a.. 3-2 cent., 80 mill.) ;

ou une surface plantée de 225 oliviers de 1"^^ classe ;

ou une surface plantée de 225 oliviers de 2» classe

(Marquardt, o. c, p. 285: — G. tlumbert, loc. cit.).

Les juga étaient imposés d'après leur classe et leur valeur. Dans la G° et dans la "« classe se trouvaient nécessairement des territoires ne liroduisanl aucun revenu et ne |)ouvant |)ar conséquent former des juga imposables.

1. La superficie de la Tunisie est de 116 000 à 118 000 kilom. carrés, c'est-à-dire de 11 600 000 à 11 800 000 hectares.

2. Cassiodore, Variœ, i, 19 ; iv, li (M. G., A. A., t. XH, p)). 24 et 120). 'à. Cassiodore. Vanœ, i, 24 {M. 0., A. A., t. XIl. p. 27).

4. Cassiodore, Variip, i.24 (M. d.. A. A., t. XII, jip 27-28).

C()ii(|ui.s; mil doute (|ii"elle fût observée en Afi-ifjue comme ailleurs, et les récits fie Procope nous en fouiliissent une preuve certaine \ Cette coutume nV-tnit rl'ailleurs (|u'une application du système romain qui avait rendu le métier des armes obligatoire et héréditaire pour certaines personnes-.

Il importait à la paix publique et à la sécurité du royaume d'amener les Vandales à ne poijit agii' par la violence dans les compétitions qui s'élevaient entre eux, et dans leurs contestations avec leurs voisins de race l'omaine. Or il n'était point possible de les rendre justiciables des tribunaux romains; ils n'auraient certainement pas consenti, eux les conquérants, à se soumettre à des juges pris parmi le peuple vaincu, et les magistrats romains ignoraient leurs coutumes, sous la loi desquelles ils continuaient à vivre. Il fallait donc établir une juridiction qui leur pai'ùt acceptable, et une juridiction spéciale pour décider leurs contestations avec les Africains. Les comtes vandales, qu'un auteur de ce temps mentionne à diverses reprises '^j remplirent certainement un office semblable à celui dont la formule de la comitiva Gothol'um nous fait connaître les fonctions en Italie. On peut la résumer en ces termes :

« Avec l'aide de Dieu, sachant que les Goths habitent mêlés aux Italiens, nous avons jugé nécessaire, pour éviter les désordres possibles entre gens (jui ont des intérêts connexes, de déléguer vers vous, en qualité de comte, ce personnage dont les bonnes mœurs nous sont connues et qui, conformément à nos édits, doit décider tout procès entre deux Goths. Si quelque contestation vient à s'élever enti'e un Goth et un Romain, il s'adjoindra un jurisconsulte

1. Procope, De bello vandul., i, 6, 17 (C. ^. H. D., pp. 337, 3«3).

2. V^aXdiizing^ Corporations professionnelles chez les Romains, \.-^\- P- 317.

3. Victor Vit., De persecut. vandal., ii, 5, 9; v, 6 (P. L., t. LVllI, pp. 203, 210. 243).

romain, pour résoudro la question d'une façon équitable. Entre deux Romains, le différend sera porté à l'audience des juges romains que nous avons délégués dans les provinces. »

« Ainsi chacun conservera ses lois et, malgré la diversité de législation, il y aura pour tous une même justice. Ainsi, avec le secours de Dieu, l'une et l'autre nation jouiront du liienlait de la sécurité. Sachez que nous avons pour tous une égale bienveillance, mais que ceu.x-là se recommanderont plus particulièrement à notre affection, qui seront plus attentifs à observer les lois. »

« Xotre piété déteste les auteurs de violences. Ce n'est pas la force qui doit décider les contestations, c'est la justice. Pourquoi user de violence, quand on a des tribunaux ? Si nous donnons des émoluments aux juges, si nos largesses de toutes sortes entretiennent tant d'offices, c'est pour ne pas laisser se multiplier des procédés dont l'effet serait d'engendrer la haine entre nos sujets. Soumis à un même pouvoir, tous doivent être unis de cœur. Xous nous adressons à l'un et à l'autre peuple que nous aimons également. Les Goths, dont les propriétés sont voisines de celles des Romains, doivent être unis à ceux-ci par des sentiments de bienveillance, les Romains doivent avoir une grande alfection pour les Goths qui, en temps de paix, leur procurent le bienfait d"un impoi'fiuit surcroit de population, (pii, en temps de o'uerre, défendent l'État tout entier. Que les Goths obéissent donc au juge établi par nous, cju'ils se soumettent à ce qu'il décidera dans l'application des lois. Xotre but est de donner satisfaction à leurs intérêts et aux intérêts de notre Empire ^ »

1. Cassiodore, Variœ, vu. 3, Foniuila comitivcC Gothorum per singulas civitates (édit. Mûmmsen, M. G., A. A., l. XII, pp. '20'2--20'i) . Cf. UOcculent il l'époque byzantine, pp. 93, 95.

Eli Alri(|uo, il n y eut aj)jjaremin('nt dos eonitcs établis d"iiii(> façon pcrmaneiitt' que dans la pro\inf'c' Proeonsulaire, où étaient cantonnés les Vandales. Mais on les \-oit chargés de missions temporaires pour rexécution des ordres du roi et notamment, sous le règne d'Huiiéric, des ordres de persécution contre les catholiques. Victor de Vite raconte en effet qu'Hunéric ayant fait arrêter, pour les envoyer en exil dans le désert, 4 976 évoques, prêtres, diacres et autres membres de l'Eglise, tous ces ecclésiastiques furent rassemljlés dans les villes de Sicca ou Sicca Veneria ' et de Lares ou Laribus -, où les Maures devaient \enir les pi-endre pour les emmener dans le désert, et que deux comtes allèrent les y ti'ouver et les engagèrent par des promesses et de flatteuses paroles à obéir aux ordres du roi qui, disaient-ils. les aurait en grande estime, s'ils mettaient de l'empressement à se soumettre à sa volonté. Comme les confesseurs ne se laissèrent ni séduire, ni intimider, les comtes les firent étroitement enfermer ^ Ce fut également un comte qu'Hunéric en^'oya à Tipasa, dans h) Maurétanie Césarienne'', pour y exercei' contre les catholiques des cruautés qui tournèrentà la confusion de leurs persécuteurs, avec des circonstances qu'il est intéressant de i^appeler.

« Les habitants de Tipasa ayant xu, raconte A'ictor de Vite, que, pour perdre les âmes, on avait ordonné chez eux un é\'êque arien, ancien secrétaire du patriarche Cyrila, toute

1. El Kef (Tissot, Géograpliie comparée, t. II. p. 378 et p. 7).

Page 1