Salvien, De r/ubernal. Dei. loc. cit., et vi, 14 : p
de ceux qui aAaient échappé à l'épée. Voilà quelles sont aujourd'hui nos plaies et nos douleurs, voilà quels sont nos deuils et nos hontes, voilà les malheurs que l'énormité de nos crimes nous a attirés. Mais quoique nos blessures soient encore plus graves, nous ne voulons pas en guérir. Brisés, nous nous croyons debout, expulsés et exilés, nous demeurons insensi])les. Nous ne faisons aucune pénitence, nous ne témoignons aucune douleur de nos fautes ; la colère divine persiste, et nous ne demandons pas même pardon ; nos héritages et nos maisons sont passés à des étrangers, et ces châtiments ne nous font point verser des larmes, ne nous font point rentrer dans le devoir. Cessons de commettre les péchés que nous avons connnis contre le Seigneur. Gémissons de l'injure que nous avons faite à ses mystères. Remédions à notre orgueil par l'humilité. Ne négligeons pas le temps qui nous est donné pour faire pénitence, de peur qu'après avoir éprouvé la miséricorde et la patience de Dieu, nous ne soyons punis de notre impénitence pai' un châtiment éternel'. »
Tirer des malheurs de l'Afrique un salutaire exemple, destiné à promouvoir chez tous les peuples la foi et la pratique des vertus chrétiennes, tel était le devoir de ces auteurs ecclésiastiques. Représentant la victoire des barbares comme le châtiment des iniquités du peuple vaincu, ils devaient opposer les vertus qui avaient fait des \^andales les ministres de la vengeance divine aux vices qui avaient suscité contre les Romains la colère de Dieu. Leur but était d'amender les mœurs de leurs contemporains, non d'instruire la postérité, et ils n'avaient point à éviter une exagération propre à frapper les esprits, à inspirer l'horreur d'une dépravation si rigoureusement punie. 11 y a pourtant une grande part de vérité dans leurs reproches. Sur cette terre d'Afrique où, suivant la belle
1. s. l'rospor, Liber de promissioniùus Dci, u, 33 [P. L., t. Ll, pp. 8()7-8u8),
320 GENSERIG
et exacte expression de M. Paul Monceaux, les sens s'aiguisent dans une orgie de parfums, de i-ayons et de sons, où le soleil exalte l'activité ou l'imagination de riiommo- sans l'épuiser ni l'écraser \ toutes les passions, amour, haine, colère, étaient surexcitées et la licence était pai'\enue aux ])lus scandaleux excès, au moins à Carthage, qu'à la fin du iv'' siècle Ausone surnommait la dissolue".
Quant aux Vandales, ils avaient consei-vé évidemment, lors de leur passage en Afrique, des mœur-s rudes et guei-i'ières. et leur existence, toujours en campagne, les avait préservés de la corruption des grandes villes romaines, mais vanter leur chasteté, c'est leur faire ti-op d'honneur. Une lettre du pape saint Léon nous appi-end ce (ju'il en faut ])ensei-. Celte lettre, adressée, peu après la paix de 442 probaijlement, aux évoques de la Maurétanie Césarienne pour rétablir l'ordiv dans leurs églises, prescrit de ne point considérer comme souillées pai- un outrage auquel leur \'olonté n'a point eu part les servantes de Dieu qui ont été violées pai- les barbares^. S'ils ne respectaient même pas les religieuses, leur conduite n'a guère dû mériter les éloges qu'on leur prodigue. Les chefs de l'ai'mée vandale établirent peut-être, dans l'intérêt de la discipline, comme il arri\"e dans toutes les armées, quelque règlement de police que les moralistes chrétiens, dans l'intérêt de leur prédication, se sont plus à représenter comme une preu\'e de la %ertu des l^arbares, comme une loi générale destinée à réprimer la licence dans la société tout entière et à supprimer jusqu'aux désordres des courtisanes. Genséric et ses successeurs n'a^'aient rien à gagner au rétablissement des bonnes mœurs ; le relèvement des caractères ne pouvait que