Théodoret, Ep. xxix, xxxii, pp
4. Victor Vit., De persecut. vandal., i, 4 IP. L , t. LVIII. ]». 186).
l'avaient réduite en servitude, et allèrent la vendre à des habitants de C}rrhus. Ils leurs vendirent également une autre jeune fdle capturée avec elle et jadis sa servante. Celle-ci, k»in dV>ul)lier dans leur commun malheur la différence de leur ancienne condition, ne cessa point de lui témoigner respect et dévouement. Après que toutes deux avaient rempli leur service auprès de leurs maîtres, elle la servait, l'aidait à sa toilette, préparait son lit, lui i*endait toutes sortes de soins. Ce fait vint à la connaissance de ceux qui les avaient achetées et on ne tarda pas à parler en ville de la qualité de Maria et de la fidélité de sa servante. Des hommes d'armes qui étaient à Cyri-hus en furent informés. Animés de bons sentiments, ils i-emboursèrent aux aclieteurs le prix pa\'é par eux, et tirèrent Maria de servitude. Théodoret, l'évoque de la A'ille, était alors absent. A son retour il apprit cette triste a\enture et l'action si louable de ces hommes d'armes. Il les complimenta de leui- générosité, confia la nol)le jeune fille aux soins d'un de ses diacres et pourvut à ce qu'elle ne manquât de rien. Dix mois s'écoulèrent, puis un jour Maria apprit que son père était vivant et exerçait une magisti-ature dans les proA'inccs de l'Occident. Elle témoigna le désir d'aller le rejoindre et, différentes pei-sonnes lui ayant affirmé que des marchands de l'Occident devaient bientôt se i-endre pour une foire à ^-Egœ^ elle demanda à partir pour cette ville et sollicita de Théodoret une lettre de reconnnandation. Théodorel écrivit donc à Eustathius, l'évoque d'a'Ega», le priant de charger quelqu'un en qui il pût ryoiv confiance de traileia\'ec des armateurs et des capitaines de na\ires, afin (|ue Maria fût recoiubiitc j)ar (1rs gens sûrs à son pèiv, qui ne
1. Mgse était une \ille maritime de l'Asie Mineure, située près de Myrine, la patrie de l'historien Agathias. On y faisait le commerce d'un vin très estimé (Marqiiardt,. Vie priv. des Rom., trad. Victor Ilonrv, t. il, p. 84).
inaii(|iici'ait pas de les r*éconipenser g'éiiéreiibemeiil de lui a\()ii' fendu sa fille contre toute esj)ér*ance*.
Des aveiiturvs senihlaliles à eclles de la fille d'EudénKjii fufent sans doute fréquentes apivs l'invasion de rAl'rique, et toutes n'eurent certainement pas une tin aussi heureuse. Ce (ut peut-être à l'époque de la prise de Carthage'par Genséric (|ue tut ('aptui-(''e une jeune fille de cette ville, nommée Julia, (|ui devint eschuc d'un certain Eiitychius de Syrie, ou de l^alestine. D'une ardente piété, elle consacrait à la prière et à de pieuses lectui'es tous les instants que lui laissait le service de son Tiiaitre, (|u'elle mettait une extrême diligence à satisl'aii'e. Elle se soumettait à des j('ùnes si rigoureux que son maître, (|ui l'admirait, bien qu'il fût païen, l'exhortait souvent à avoir pour elle-même plus de ménagements; mais ni instances, ni recommandations ne la déterminaient à modifier h g-em-e de vie qu'elle avait adopté et dont elle ne se l'elàchait (|ue le jour de la résurrection du Seigneur. Il advint dans la suite que son maître se rendit avec elle dans l'île de Corse. Comme les païens qui s'y trouvaient faisaient des sacrifices, Eutychius en fit également, et Julia vit ce sacrilège avec douleur. Le personnage principal de cette contrée, tY'lix, surnonnné le Saxon, apprit qu'elle ne voulait pas sacrifier. Il demanda à son maître de la lui céder, ofï'rant de donner en échange quatre servantes. Eutychius refusa de se défaire de Julia à cause des gi'ands services qu'elle lui i-endait. .Mors Félix l'invita à un repas et le fit boire jusqu'à ce (|u"il s'assoupît dans une complète ivresse. Le dessein de Félix était de faire enlever Julia du vaisseau de son maître, sans que celui-ci en pût rien savoir; ce (|ui fut fait. Julia fut amenée à Félix qui, ne pouvant la décider par ses instances à sacrifier, la fit souffleter, tirer par les cheveux, flageller et enfin cruci-
l.Théodoret.i'y:». lxx (P. G., t. LXXXIII, p. liUO). 2. Baronius, A>in.,iiO, xvi, t. VII, p. 541.
GOUVERNK.MENT Di: GENSÉRIC 365
l'icv. Elle reiulit le derniei' suupir sur le gibet. A l'instant où elle expira, une colombe sortit de sa bouche et s'envola au ciel. Dieu permit que des moines de lîle Margarita, l'île Gorgona, apprissent par des anges les circonstances de sa mort. Ils s'embai-quèrent aussitôt et se rendirent en Corse. Ils déposèrent de la croix, a\ec le plus grand respect, le corps de Julia et le porlèi'ent au |)lus A'ite dans leur île, où ils l'ensevelirent a\ec des parfums et lui élevèrent un monument. Dans la suite, Ariza, femme de Didier, roi des Langobards, la fit tr-ansporter à Brixia (Brescia) dans un monastère qu'elle construisit en son honneur ^
Il se trou\(' dans ce récit, tiré d'auteurs dont l'autorité n'est point suffisante pour inspii-er luie confiance absolue, des circonstances (|ui le rendent peu ci'oyable. 11 est étonnant en effet de voir en Corse à cette épo(|ue, api-ès tant de constitutions impéi'iales pi'ohijjant l'antique religion, des païens faire pul)li(piement des sacrifices et crucifier une chrétienne, parce (|u"elle se refuse à imiter leur exemple. Il est non moins étonnant de voir le patnm et tout l'équipage d'un navire d'Orient attacliés au paganisme ". Cependant on pourrait objecter que la Corse était tombée au pouvoir des Vandales, que les païens subsistant encore dans cette île avaient peut-être profité de l'abolition du régime impéi-ial pour célébrer leur ancien culte et se venger des catiioli<pies on les pors(''('utanf, ce (|ui ne devait point déplaire au.\ officiers de Genséric, qu'enfin il n'est pas impossible que des gens de l'Orient, demeurés fidèles en secret au paganisme, aient été tout disposés à prendi-e part
1. Bai'oniiis, loc. cit.; — Acla baucl..2-2 mai, t. V. |). 107, B, C, p. 108 ; — Bolland., liibliolheca Itaf/iographica lalina, 189!), pp. OO'J-GTO ; — F. Pardini, 5. Gitdia. oerr/ine e martire, padrona principale di Livorno, 2» édit., Livorno, 1883; — Giov . Targioni-Tozzctti, Leyrjenda di sanla Giulia, B.)logiia, d88!l; — Salmo in onore di san/a Giulia, vergine e martire. vadrona di Livorno, Siena, 1893.
2. Tillemont, Noies sur saint Eugène de Cart/iaf/e, noio 2 ; Mêm.. t. XVI, pp. 7S!), 790.
3t3G GENSERIC
à (les cén'monies païennes dans un endroit où elles se trou- \aient tolérées et où ils n"a^•aient j)oint à craindre d"èti'(! dénoncés. Mais l'authenticité de ce récit n'en reste pas moins fort douteuse, et il ne résulte pas du texte que la prise de Cartilage dont il y est fait mention, et lors de laquelle Julia aurait été réduite en servitude, soit nécessairement la prise de cette ville par Genséric V
Du nombre des personnes expulsées de l'Afrique par les Vandales fut sans doute Domnique ou Dominique, qui de Cartilage vint, avec quatre jeunes filles, à Constantinople où elle vécut dans la solitude et la piété. Elle mourut vers 47o, et est connue sous le nom de sainte Domnique recluse". Il y eut à Constantinople une auti'e sainte Domnique, ou plutôt Domnine, qui vint s'y établir sous le règne de Théodose le Gi-and et y fonda un monastère désigné sous l'appellation d'Alexandre. Celle-ci venait de Rome et non de Cartilage \ Cette différence d'origine et l'impossibilité qu'une personne fjui à la mort de Théodose, le 17 janvier 395, ayant déjà fondé un monastère, ne devait plus être toute jeune, ait vécu jusqu'en 475, prouvent qu'on ne peut confondre ces deux saintes, comme l'ont fait les Grecs'*.
Après le traité conclu par Sévère et la paix définitive a\ ec
1. Suivant les Bollandistes (Acta sanctov., ±'2 mai, t. V, p, 167), il se pourrait qu'il s'agit soit de la reprise de Cartilage par les troupes de Justinien, soit de la prise de Garthage par les Sarrasins en 016. Ce sont des hypothèses purement arbitraires (l'agi, ann. 440, vu; — Tillemont, Mém., t. XVI. p. 790). Quant à la première de ces deux hypothèses, elle semble tout à fait inadmissible, i)uisque l'rocope affirme que la population n'eut à souffrir, lors de l'entrée de l'armée byzantine, aucune violence, soit contre les personnes, soit contre les biens. Elle ne fut pas même exposée à la moindre menace. On ne se fût pas cru, dit-il, dans une ville qui venait d'être prise et qui subissait un changement de régime (Procope, De bello vandal., i, :21 ; C. S. H. B., p. 396).