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La Guadiana

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De ce l)r('f /■('■(•il d'un cliroiiifjuciir \. il l'nut eoiicliii'(' que Genséi'ic n'cntciKlait pas abandonner ses possessions d'Espagne. 11 se défoui-nait au contraire de son but poui- aller sur les l)oi'(ls de l'Ana, les défendre contre un ennemi (|ui u'iivait aucun inte^'i-êt à emp(''cher son départ, puisque le départ des Vandales eût laissé le champ libre aux Suèves. Abandonner ces possessions eût d'ailleurs été une imprudence que Genséric n'était pas homme à commettre. Il avait tout avantage à demeurer maître de l'Espagne, ne fût-ce C|ue pour s'assurer une retraite en cas d'insuccès et pour ne pas laisser la route libre à une armée de Goths ou de Romains qui, traversant l'Espagne où rien ne lain-ait plus arrêtée, et passant api-ès lui le déti-oit de Gadès, aurait pu venir le prendre à re\'ers.

Pourquoi aussi aurait-il embarrassé sa marche et compliqué l'opéi'ation toujours difficile d'un embarquement, en traînant derrière lui tout un peuple. Victor de ^'ite et Idace, qui étaient évéques, disent que les vieillards, les enfants, les serviteurs, toute la nation, en un mot, fut embarquée en même temps que les troupes - ; mais Procope, mieux au fait des nécessités niilitaires, ne marque rien de semblable. Il est donc à croire qu'une partie des Vandales fut laissée en Espagne, avec tout ce qui eût encombré inutilement l'armée. Peut-être Gundéric vi\ait-t-il encore lorsque fut l'ésolue l'expédition d'Afrique que Genséric aurait conduite, tandis que luimême aui-ait continué d'occuper l'Espagne, et ce fut peut-être à ce moment que les Suèves, sachant que Gundéric n'a^'ait plus qu'une partie des forces de sa nation, l'attaquèrent, le firent prisonnier et le mirent à mort. Ce serait alors pour

1. Idace, C/u-o)i., w 90, a. 428 ou 429 (M. G., A. A., t. XI, p. 21).

2. Victor Vitensis, De persecuf. vandal., i, \ [P. L., l. LVIII, p. 182) ; — Idace, Chron., n» 90, a. 428-429 {M. G., A. A., t. XI, p. 21). M. Liidwig Schmidt s'en tient aux textes de ces deux auteurs et pense que toute la nation passa en Afrique avec Genséric (Geschichte der Waudalen. p. 37).

venger la défaite et la mort de son frère, et pour conserveil'Espagne, que Genséric aurait entrepris une campagne en Lusitanie. On comprend dans ce cas pourquoi l^rocope et ïhéophanes supposent que Gundéric régnait encore lorsque fut débattu le projet de partage de l'Afrique ^ Ceux des ^'andales qui demeurèrent en Espagne, quittèrent à leur tour ce pays ; mais plus tard, après la prise de Carthage , sans doute quand les Goths reparurent au sud des Pyrénées. C'est pourquoi Cassiodore dit (jue les Vandales quittèrent TEspagne parce qu'ils en furent chassés par les Goths -.

Aussitôt après le succès de son expédition contre les Suèves, Genséric retourna à son embarquement. Il quitta la Bétique et aborda en Maurétanie au mois de mai de Tannée 429 ^

La partie occidentale de l'Afrique romaine que l'on désignait sous le nom de Maurétanie, était divisée en trois provinces, la Maurétanie Tingitane, que le détroit de Gadès séparait de l'Espagne, la Maurétanie Césarienne et la Maurétanie Sitifiemie, qui s'étendait à lest jusqu'à l'embouchui-e dil'Ampsaga, aujourd'hui nommée Oued El-Kebir \ Une ligne militaire formait la frontière méridionale de ces proAinces.

1. Procope, De bello vnndal., i, 3 (C. .S., II. B.. p. 323); — Théophanes Ckronorjr.. a. 431 (C. S. H. B., p. 146).

2. Cassiodore, Chron., n» 1215, a. 427 [M. G., A. A., t. XI. p. 156).

3. Idace, Chron., ip 90, a. 429 {M. G., A. A., t. XI. p. 21) ; — Isidore, Hif,t. Vandalor. [M. G., A. A., t. XI, j). 297). Le Chronlcon paschale (C. S. //. B., p. o8l) met en 428, l'invasion des Vandales. Tiilemont (Noies sur Valentinien m, note ïy ; Empereurs, t. VI, pp. 622-623) admet cette date; mais Tarmée sous les ordres de Mavortius, de Gallio et de Sanox nayanl point été expédiée contre Boniface avant 427, et Sigisvult n'ayant été envoyé en Afrique qu'à la fin de cette année ou au commencement de 428 (voir p. 87), il est impossible de mettre l'invasion des Vandales dès le mois de mai de cette même année. Prosper Tiro (Chron., n» 1295 ; M. G., A. A., t. IX, p. 472) la met en 427, ce qui est plus inadmissible encore.

4 Tissot, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, t. II. p. 26 et note 2, pp. 37, 38 ; — Gagnât, L'Armée romaine d'Afrique. \)\\. 704 et suiv., et p. 709.

« Des découvertes, dues au eummuiidiuil Dcnuicg'ht, permettent, dit M. Stéj)hane Gsell, de i-ecunstituer le tracé de la nouvelle ligne militaire, établie au début du III" siècle, qui couvrit la Maurétanie, de la preetentura, comme l'appellent les inscriptions. Elle consistait en une l'oute, précédée sans doute tl'un fossé et jalonnée pai' des forteresses et des fortins. Dans la direction de l'Ouest à l'Est, elle passait par Lalla Marnia à la frontière (hi ]Mar(jc;, Tlemcen, Lamoricière, Clianzy, Ténira, Timziouinc, Taoï-.'marct, Aïn Sbiba près de Frenda, puis probablement par Tiaret, Aïn Toukria, Derrag, les ruines des Oulerl Hellal, Bog-har, Saneg, Touta, Grimidi (au sud d'Aumale^. On trouve, à Test de Tiaret, les traces d'une autre n-ontière, enfei-mant la région appelée le Sersou; elle est peut-être plus récente ^ »

Dans les Maurétanies, la population romaine était beaucoup moins nombreuse que dans les provinces de la Numidie, de la Prijconsulaire et de la Byzacène, qui, plus voisines de l'Italie, avaient été plus promptement et plus complètement colonisées-. Les centres de population romaine qui se rencontraient encore en grand nomjji'o dans la Maurétanie Sitifienne devenaient plus rares à mesure qu'on avançait vers rOuest, et dans la Maurétanie Tingitane, le territoir'e romain finissait souvent à quelques kilomètres de la côte.

Ce sont apparemment ces trois provinces de la Maurétanie que Boniface avait promis d'abandonner aux Vandales''. Il est certain c|u'ils n'y rencontrèrent aucune résistance et qu'ils pui'ent y donner lil)re cours à leur fui-eur. « Ils étendirent leurs coursL'S à tout le pays, dit un auteui-, pillant, ravageant, bi'ùlant, massacrant tout c(^ qu'ils rencontraii'nt,

1. Stéphane Gsell, Fo«à7es de Béniuii (AlamiUariu), Paris, Leroux, i89'J, pp. 7 et 8, et p. 8, note I.

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