‹ Gentile Bellini et Sultan Mohammed II notes sur le séjour du peintreChapitre 7 sur 29 · Vasari, édit. Milanesi, l. III, p · texte numérisé non relu

Vasari, édit. Milanesi, l. III, p

Il n'est pas inutile, à cette occasion, de rectifier le sentiment de la plupart des historiens qui se sont occupés de Sultan Mo* hammed, dont la personnalité très complexe présentait le mélange des plus grands vices unis aux plus excellentes qualités, et de citer le témoignage d'adversaires qui eurent Toccasion de l'approcher ou d'être exactement renseignés sur lui, et qui n'hésitèrent pas à reconnaître sa haute valeur individuelle et Tinconteslable supériorité de son génie. C'est le cardinal Bessarion, dont le jugement ne saurait être suspect, car on peut dire que l'unique pensée de la vie de cet illustre prélat fut la croi- sade contre les Infidèles ^ ; c'est le protovestiaire Phrantzès , dont le fils avait été souillé par le Sultan et ensuite mis à mort, qui, faisant taire ses douleurs et ses ressentiments de père et de patriote, écrivait que « Sultan Mohammed était laborieux, ardent en toutes choses, qu'il aimait les hommes de mérite et les savants, que lui-même avait de la littérature^ qulil lisait incessamment la vie d'Alexandre le Grand, d'Auguste, de Constantin, de Théodose, cherchant et recherchant tous les moyens de les surpasser et de reculer le plus possible l'étendue de son empire ^ ».

1. Bessarionis S. R, E. cardinalis oraiiones contra Turcas, dans Migne : Pairologie grecque^ t. CLXI, col. 656-7 ; et Vast : Le cardinal BessarionjiSIS, in-8, liv. IV, p. 189-280. Voir aussi Critobule. € De rébus geslis Mechemelis If inde ab anno 1451 usque ad annum\iffl,p, Chr. » dans les Fragmenta historicorum grœcorum : pars prior, Paris, 1870, t. V, p. 40-161. Collect, Didot, L'épitre dédicatoire du moine Critobule à Sultan Mohammed (p. 5SÎ-3) avait déjà été publiée parM.Tischendorf, dans sa Noticia editionis codicis bibliorum Sinaïtici auspiciis Imperatoris Alexandri II. susceptae. Lipsiae, 1860, in-4, p. 123-4. Mentionnons, en passant, que Gentile Bellini avait peint le portrait de Bessarion. Ce portrait, volé en 1540, fut fait de souvenir, par Cardella'. Voy. Vast, op. cit. y p. 462. 1 ^ Un autre portrait de Bessarion, peint par Gentile Bellini, dans un des tableaux de la Salle du Grand-Conseil, périt dans Tincendie de 1577. V. Ridolfl, p. 39.

^. Annales^ texte grec ettrad. lat. Bonnne, 1838, în-8^ 1. I, ch. xxxn, p. 93.

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C'esl enfin Pie II, qui trace en quelques lignes, un portrait plein de vie el de relief du conquérant de Constantinople S bien

1. jEneœ Sylvii Piccolominei,.. opéra, Basileœ, 1551, in-fol. p. 687. On lit également, dans la lettre que Fie II composa à l'intention de Sultan

Mohammed. « Dolemus te virum excellenlem, nobilitaie majorum

illustrem, gestarum rerum gloria claium, Imperio magno pra'ditum, et pluribus natui*se dotibus eminentem, non incederein viis Domini... non te

credimus libenter errai e, cujus naturam bonam esse confidimus »

p. 882. Les œuvres inédites de Pie II ont été publiées en 1883 par M. Cugnoni, pour la Beale Accademia dei Lincei. Roma, in-4. Hammer prétend que les Orientaux ne connaissent Thistoire d'Alexandre que sous la forme du roman ou du poème épique, et que, dans la littérature ottomane, le nom de Jules César est à peine connu. Hist, de VEmp. Ottomany t. III, p. 293, note 1. De même, Vincenzo Lazari fait observer que, par V Histoire d'Alexandre-le-Grandy il faut entendre le Livre d^Alexandrey composé en persan par Fighani et en turc par Ahmed-Dai, et qui est un véritable roman de chevalerie (Alberi, Relazione de H ambasciatori Veneti,,. t. IX, p. 148.) aussi différent des écrits de Quinte-Curce et d'Arrien que Test le Roman d* Alexandre, par Lambert Li Tors, publié par Michelant dans la Bibliothek des Literarischen Vereins in Stuttgart, Stuttfrart, 18i6, in-8, t. XIII. La Bibliothèque Nat, de Paris possède un superbe mss. du Livre d^ Alexandre avec encadrement et splendides enluminures: fth turc, supplément^ n® 635. Gibbon affirme pourtant avoir lu quon avait traduit, par ordre de Mohammed, les vies de Plutarque en langue turque [Hist. de la décadence de VEmp. Romain, t. XVIII, p. 72, n. 6, Paris, 1795 . sans indiquer la source de ce renseignement qu'il a trouvé sans doute dans Paul Jove, bien que ce dernier se borne à dire que Mohammed fit traduire en turc les principaux historiens occidentaux, mais sans désigner particulièrement les œuvres de Plutarque. Voici ce passage : c Gaeterum Mahometes, qui impietatis apud suos, apud nostros vero perfidie et inhuman» crudelitatis notam subiit, hanc saltem confessione omnium certam laudem a Barbaris repudiatam non insulse tulisse existimatur, quod ei litterarum et praecellentium artium decus cordi fuerit : quando cunctas clarissimarum gentium historias sibi verli in Turcicam linguam juberet : ut inde haustis militiae praeceptis, actionum suarum disciplinam exemplorum varietate confirmaret et prœclaros artifices pictoresque insigni liberalitate complecteretur. Nam et commentaria rerum ab ipso gestarum alîbertoejus Vicentino conscripta legimus, veraque ejus imagine sumus potiti quam GentilisBellinus e Venetiis Byzantium evocatus pinxerat, quum ibi regiam multîs tabulis rerum novarum ad oblectationem jocundissimum refersisset. » P. Ja\)ii Elogia virorum bellica virtule illustrium, Bâle, 1575, in-fol., p. 166. Le passage suivant de Niccolô Sagundino, dans son discours au roi de

qu'on sente qu'il visait particulièremenl, comme autrefois Ta- ^^ cite en écrivant la Germanie\ le monde italien elle reste de la chrétienté tout occupés de basses intrigues, d'intérêts mesquins, 4 déchirés par des luttes intestines, et qui semblaientne pas comprendre que la prise de Coustantinople était un avertissement et une menace permanente pour l'Italie et tout l'Occident '. D'une activité inratigable, Sultan Mohammed avait trois pas-

Naples, AlphoQse d'Ara^^n, sur Mohammed II, à la cour duquel il avait séjourné, vient d'ailleurs confirmer le témoignage de Bessarion, de

Phrantzës^ de Pie II et de Paul Jove : c In tôt tantarumque rerum

perenni, ut ita dicam, ministratione, etiam Htteris et philosophie operam dare conatur. Habet apud se virum in philosophia doctissimum, lingua arabem, qui quotidie, certo tempore, principem adeundi et aliquid auditu dignum ei legendi potestatem habet. Tenet preterea duos medicos quorum unus latine, alter grece est eruditus. His familiarissime utitur, eorumque ductu veteris historié cognitionem habere voluit, neque visus est Lacedemoniorium, Athenîensium , Romanorum, Carthaginiensium aliorumque regum et principum rébus gestis accomodasse animum : Alexandrum Macedonem et G. Cesarem precipue sibi imitandos delegit, quorum res gestas in linguam suam traduci efiecit, in quibus legendis vel audiendis minim delectatur in modum. Emulatione nam gloriosa quadam illis se parem conatur ostendere glorioseque et laudis studio inflammari videtur

atque ardere » Nicolai Sagundinei Euboici viri eloquentissimi de

Maumetbei imperatoris Turchorum Ottomanorum natura, moribus^ ingeniOy intentionCy apparatibus et reliquis condicionibus post expw gnatam Constantinopolim ad Alphonsum regem Aragonum lUtislris^ simum. Bibl. Nat., mss. lat.4154, fol. 253. Sur Niccolô Sagundino, voir la notice d'Apostolo Zeno, Dissertazioni Vossiane, 1. 1, p. 333 et sqq.

1. Voir Tobservation de Guizot, HisL de la civilisation en France. Paris, 1829, 1. 1, p. 258.

2. Voir le vœu de Sultan Mohammed, entrant à G. P. et que Lauro Quirini a rapporté dans sa lettre à Nicolas V, publiée par Giovanni degli Agostini, Notizie istorico-criliche intomo la vita e le opère deyliScrittari Viniziani, Venise, 1762, in-4, t. I, p. 219; et le mss. lat. n- 3127 de la Biblioth. Nat. de Paris. (Lettres dlsidore de Russie, de Bessarion, de Zanon, évéque de Bayeux, etc.) Ge prétendu vœu du Sultan, reproduit par le cardinal de Pavie (lettre 380, édit de 1614) n'a, bien entendu, aucun caractère d'authenticité : il ne démontre, qu'avec plus d'évidence, la conséquence fatale de la prise de G. P., laquelle, dans l'esprit de Mohammed II et de ses successeurs, n'était que le prélude de la conquête de l'Occident.

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fiions principales qui occupèrent sa vie : la guerre, l'étude et Tamour, si Ton peut appeler de ce dernier nom les goûts honteux dont il était Tesclave et qui pourraient expliquer certains actes de cruauté qu'on lui reproche si justement. Mais ceux-ci encore ont-ils été singulièrement exagérés, surtout par Spandugino et tous les historiens qui ont écrit sur son témoignage, auquel on peut opposer celui de Jean-Marie Angiolello et réduire ces récits fantaisistes h leur juste valeur.

Sa passion pour la guerre est pleinement confirmée par ses conquêtes; son amour de Tétude, par ses fondations d'écoles, les pensions qu'il accorda aux savants turcs et étrangers, les encouragements qu'il donna aux artistes et aux lettrés qui ne firent jamais en vain appel à sa générosité*. C'est ainsi que Philelphe, ayant appris qu'à la suite de la prise de Constantinople, sa belle-mère Manfredina Doria, veuve de Giovanni Crisolora, et ses deux filles, avaient été vendues comme esclaves, écrivit à Sultan Mohammed une lettre et une ode dans lesquelles il lui demandait la liberté des captives*. Le Sultan ordonna aussitôt l'élargissement, sans rançon, des trois femmes, qui se retirèrent à Candie ^

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