‹ Geoffroy ChaucerChapitre 13 sur 60 · LA MAISON DE RENOMMEE · texte numérisé non relu

LA MAISON DE RENOMMEE

Ce n'est pas que l'allcgorie soit le meilleur du poème.

Ija construction d'ensemble en est baroque plutôt que )elle. On est loin du plan primitif du Roman de la Rose qui est en somme net, clair, et même presque grand par la simplicité des lignes. Chaucer va longtemps au hasard, retardé dans sa marche par les détails de la route où il s'arrête démesurément. On peut même se demander parfois s'il a l'idée d'aller quelque part. Il est incapable jdu parti pris soutenu, de l'artifice persévérant par quoi seulement s'obtient une bonne allégorie. Le réel lui adresse un rappel trop fréquent. Il refuse de se suggestionner de façon ininterrompue. Il crève d'une malice la bulle qu'il a souillée dans lair. Il ne devait pas achever l'œuvre et la structure en est si bizarre qu'on ne peut guère conjecturer ce qu'en eût été la fin. Faute de plan, c'est là un poème dont le sujet étonne plus qu'il n'intéresse et dont la vue d'ensemble ne produit pas un elîet agréable. Il faut chercher le meilleur de Chaucer, non dans la conception du tout, mais dans les parties qui sont quelquefois ingénieuses, dans le détail qui est souvent d une familiarité charmante. Surtout on se plaît à découvrir dans ce livre, le plus occupé de lui c[u'il ait écrit, mainte page où il donne un aperçu de sa vie quotidienne, de ses lectures, de son caractère et de son tour d'esprit. Dispensons-nous d une analyse iniuulieuse de ce long poème. Toute la Iciilc mise en Irain des allégories précédentes s'y retrouve, encore alourdie : discussion sur l'origine et la vérité des rêves ; invocation au dieu du sommeil; puis le rêve lui-même : le poète est dans le temple de Vénus où il voit toute Ihisloire dEnée, surtout celle de ses amours, peinte sur les murs. Tout émerveillé de ce qu'il a vu, il sort du temple et se trouve seul dans un désert de sable. A ce moment, un aigle d'or descend des nues et l'emporte dans un vol vertigineux jusqu'au Palais de Renommée, situé dans le ciel de manière apercevoir tous les l)ruits de la terre. Il visite ce i)alais, con-

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