‹ Geoffroy ChaucerChapitre 15 sur 60 · LA MAISON DE RENOMMEE · texte numérisé non relu

LA MAISON DE RENOMMEE

est en compagnie du chevalier Achate quand il rencontre Vénus. Ça et là, le poète coupe de dictons populaires le récit antique ; il prévient les dames de s'instruire par l'exemple de Didon et de ne pas se fier aux enjôleurs étrangers :

Le cœur de Didon fut en faute Quand elle aima trop tôt son hôte.

Aussi vous dirai-je un proverbe :

« Celui seul qui connaît bien l'herbe Qu'il l'applique à ses yeux sans crainte. » Ce n'est là mensonge ni feinte.

Pareilles enfantines irrévérences surprennent chez un poète qui a connu Pétrarque.

Mais la partie originale de ce poème inégal est le deuxième livre qui retrace les impressions de Chaucer alors qu'il est emporté par l'aigle d'or au plus haut des cieux. On a supposé que la Maison de Renommée était l'œuvre de Chaucer désignée dans la suite par son disciple Lydgate sous le nom de Dante en anglais. Et il y a en •effet dans le plan général, les diverses invocations, les détails mêmes (sans compter une allusion directe à Dante) assez de réminiscences visibles de la Divine Comédie pour donner créance à cette conjecture. L'aigle est fils de celui qui ravit Dante jusqu'à la sphère de feu (Purgatoire, Chant IX. \. 19). ^Nlais c'est Danle repris par un humouriste. Ce n'est pas exactement de la parodie, mais vers et ton sont baissés de plusieurs notes. Rien ne coûte d'admettre que Chaucer n'est pas de la race de Dante puisqu'il l'admet lui-même. On peut même trouver du charme dans la malice avec laquelle le bourgeois de Londres reprend à sa manière le voyage du grand florentin à travers les espaces. Ce qui est délicieux ici c'est la justesse avec laquelle Chaucer se caractérise, se déclarant inapte aux envolées sublimes, s'en consolant grâce à ce scepticisme léger qui est son élément propre, et affirmant sa préférence pour la marche à pied sur le sol ferme.

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