LART ET LA SATIRE
était commune au poète et à son temps, si bien qu'il fut capable d'être à la fois docile chroniqueur et poète plein de verve en lui donnant la plus grande place dans son ouvrage.
Il reste à savoir si vraiment Chaucer traita ces deux questions maîtresses et aussi les questions subordonnées avec cette absolue impartialité qui serait après tout parfaite indifférence. ÎX'a-t-il jamais cédé aux sollicitations de sa malice ni incliné vers la satire? Il est si tentant de s égayer des ridicules, et le soulagement est si grand aussi de fustiger les dupeurs et les hypocrites ! Les peintures du mal et de l'enfer offrent, on le sait, des ressources autrement variées que celles du paradis et de la vertu. Sans se refuser les secondes, on ne peut nier que Chaucer ait été prodigue des premières. La proportion des travers aux qualités est bien de deux ou même trois contre un dans son microcosme. Les vices proprement dits y occupent un large espace. Ce serait pourtant fausser et diminuer les Contes de Canterbury que de les désigner comme une œuvre satirique. L'étroitesse de la satire, acharnée contre les défauts généraux de l'homme ou contre ceux du temps, n'est nullement le fait du poète, non plus que cette intention morale, réelle ou affectée, qui accompagne d'ordinaire la satire et lui trace son but. Cliauccr prend en patience, mieux encore en bonne humeur, les imperfections de l'humanité, voire quelquesuns de ses vices. 'On n'a pas l'impression qu'il serait plus à l'aise dans un monde plus pur. Et puis il ne se repaît jamais longtemps de suite de laideur et de sottise. Il n'a pas fait la triste gageure de cheininer en ne regardant que la bouc de la route ; il aime à jeter les yeux sur les fleurs des talus et même à les lever de temps à autre vers le ciel.
La satire pure est exceptionnelle chez lui. Elle surprend comme une fausse note dans un ensemble harmonieux quand on la rencontre. On voudrait supprimer qiichpies vers dans la confession de son Pardonneur qui