LIMITE DE SON IMPARTIALITE
témoignent que le chroniqueur a cédé la place au moraliste. Les agissements de ce marchand d'indulgences ont excité en lui une indignation qui a par endroits tué le rire et ruiné la vraisemblance. Chaucer lui fait crier à luimême sa vilenie :
Je crache ainsi mon venin, sous couleur De sainteté, pour jiaraître un saint homme.
Pareils contre-sens dramaticjues ne sont pas dans la manière usuelle du poète. Ce n'est plus le compère si vivant et rusé qui parle ainsi, c'est une de ces abstractions du vice dont il imite les aveux cyniques. C'est Malenbouche ou c'est Faux-Semblant.
A l'ordinaire Chaucer n'a de satire que ce qu'on en rencontre chez les grands comiques. Ce n'est que pénétration dans les sentiments cachés et vue des ressorts inconscients de la machine humaine. Les origines intéressées des actes lui apparaissent comme à Molière, el il s'en accommode avec une facilité, une sérénité dont Molière n'eut pas toujours la jouissance.
S'il faut néanmoins découvrir où se trahit en Chaucer l'intention de faire la leçon à ses contemporains, ne cherchons pas dans ses toiles humoristiques oii rien ne permet de soupçonner le moindre écart entre l'original et le portrait. C'est quand il peint en beau, quand il idéalise,, qu'il faut surtout le surveiller. Prenons-y garde, les vertus de son Chevalier, de son Clerc, de son Curé de village, sont autant de semonces sous-entendues. Le Chevalier avec sa pureté de mœurs, sa piété, sa modestie, sa courtoisie envers tous . pourrait bien être un modèle de chevalerie primitive proposé à l'imitation d'une époque dégénérée où l'ordre avait dévié vers l'ambition, le luxe et la sensualité. Le bon Clerc tout à ses livres, qui n'avait pas assez de sens pratique pour obtenir de bénéfice, était d'une sorte rare. Plus encore le Curé de village dont la noble lîffure est toute faite de néofations : il 7i'excommu-