‹ Geoffroy ChaucerChapitre 28 sur 60 · SOURCES DE SES CONTES · texte numérisé non relu

SOURCES DE SES CONTES

niait pas ceux qui refusaient de payer sa dime ; rien ne le retenait de visiter ses plus pauvres paroissiens; il ne faisait /^rts lui-même ce qu'il interdisait aux autres; il ne quittait pas son troupeau pour courir à Londres, et demême jusqu'au bout. Voilà des louanges données à un. homme qui sont des reproches pour des centaines.

A ces traits on s'apercjoit qu'il y avait chez Ghaucerun juge à côté d'un peintre. Son abstention n'est pas complète. Il voit le pire et regrette le mieux, par moments. L'esprit de réforme disciplinaire de Wycliffe a soufflé dou- <;eraent sur lui, et sa connaissance des vieux livres chevaleresques lui a fait pousser quelques soupirs quand il regardait le présent. Mais alors même qu'il idéalise de cette manière ambiguë, il se garde si bien de toute rhétorique, il s'appuie sur tant de détails concrets et précis, qu'il conserve encore son air ordinaire d'historiographe.

D'ailleurs la diversité même des notes et des teintes qu il emploie le préserve admirablement du soupçon de parti pris; l'esprit satirique ne se reconnaît à rien mieux qu'à l'uniformité. Or, entre les brutales révélations que fait de lui-même le Pardonneur et l'imperceptible ironie dont s'accompagne l'énumération des vertus du bon Curé, il tient tant de nuances délicates que la réalité elle-même lien saurait avoir davantage. Ainsi perd-on le sentiment de cette élimination voulue qui est la conséquence nécessaire de toute conception satirique. Le poète apparaît comme un simple contemplateur et si parfois on se croit prés de saisir dans les plis de son visage des traces d"animosité on ne trouve devanl soi qu iiii sourire indulgent cl amusé.

En somme, son réalisme est des mieux établis. Ce poète a présente à son époque le miroir le moins déformant. Son tempérament hii rendait l'exactitude facile aussi

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