SOX PATRON JEAN DE GAND
vers^ cette pierre précieuse incrustée dans la mer d'argent, etc... ». D'autre part, et de très bonne heure, se constitue le portrait d'un grand criminel rapace et masqué, complotant contre la vie du jeune roi son neveu pour se saisir du trône, ruinant l'Angleterre pour grandir sa maison, d'ailleurs perdu de vices et de débauches. Parfois les divergences viennent de ce que le chroniqueur est pour ou contre la dynastie lancastrienne. Mais la grande raison de ces contradictions est à rechercher dans les relations de Jean de Gand avec le réformateur religieux Wyclilïe, dont il se fit le protecteur. La Réforme définitive sera partiale pour le champion du « premier protestant », et cette jDartialité mènera naturellement à la glorification shakespearienne. Au contraire il sera pour les orthodoxes un vrai Satan et 1' c odium theologicum » se déverse copieusement sur lui dans la chronique du jNIoine de Saint- Albans. On ne sait au juste où commence soit l'apothéose, soit la calomnie.
Sa personne morale se dérobe entre ces excès d'honneur et ces excès d'indignité. On n'a que ses actes pour le juger et ils sont eux-mêmes fuyants, souvent contradictoires. Toute sa vie a été une équivoque. Il fut partagé entre son égoïsme de puissant feudataire, maître d'immenses domaines territoriaux, et son rôle, pendant de nombreuses années, de chef effectif du gouvernement d'Angleterre. Plus d'une fois il y eut conflit entre son patriotisme et son intérêt. Il est probable qu'il dirigea inconsciemment la politique royale dans les voies où l'incfinaient ses ambitions personnelles. Sans croire faillira son mandat, il fit servir les forces anglaises à son dessein de conquérir soit pour lui-même, soit pour ses filles, les couronnes de Gastille et de Portugal. Si, après avoir conduit en personne des expéditions dévastatrices, et d'ailleurs infructueuses, contre la France, il devint à partir de 1374 le partisan résolu d'une réconciliation avec elle, ce fut peut être à la fois pour mettre fin à
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une guerre sans issue et aussi afin d'avoir les mains libres pour guerroyer dans la péninsule ibérique.
Son gouvernement à l'intérieur fut également tramé de bien et de mal. Il fut sans contredit l'homme le plus impopulaire de son temps jusqu'au jour oîi les folies et le despotisme de Richard détournèrent les colères sur le roi lui-même. Il s opposa avec hauteur aux réclamations du Parlement qui voulait des réformes administratives. Quand les hommes du Kent se ruèrent sur Londres et sur la Cour, c'est à Jean de Gand, rendu responsable de tous les maux, qu'en voulait surtout la multitude conduite par ^^'at Tyler, et c'est le magnifique palais du duc, le Savoy, qui assouvit par sa ruine totale les fureurs d'un peuple résolu, non à le piller, mais à le détruire. Cependant c'est à l'influence du même ennemi public qu'il faut attribuer, semble-t-il, les quelques années heureuses du gouvernement direct de Richard, qui prirent fin avec sa disgrâce.
Fut-il loyal envers son neveu dont il devint le principal tuteur quand l'enfant royal n'avait que onze ans? Sans cesse il est suspect de comploter contre sa vie et de lui vouloir dérober sa couronne. Tantôt chuchotée, tantôt criée à haute voix, l'accusation renaît toujours. Toujours Jean de Gand se justifie et regagne la confiance du souverain. Il semble mourir vainqueur de ce soupçon, mais il est à peine dans la tombe que son propre fils redonne créance aux calomnies, en détrônant et mettant à mort le roi légitime.
Même ambiguïté dans les affaires religieuses. Grand protecteur de Wycliffe, il fait de lui une machine de guerre contre les évoques politiques d'Angleterre, et passe pour le fléau de l'orthodoxie, pour l'adversaire déterminé du clergé établi. Cependant à aucun moment il n'a de sympathie pour la réforme doctrinale de Wycliffe. Qui plus est, il ne met lui-même en pratique aucune des innovations de discipline que Wycliffe préconise. La pluralité