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des bénéfices est maintenue sur ses propres domaines; il reste entouré de Frères confesseurs; il fait dire des messes pour les âmes du Purgatoire ; il protège les moines et dote les abbayes ; il fonde des chanteries; il fait excommunier ses ennemis quand il peut; il dicte en parfaite lucidité d'esprit le testament le plus traditionnellement orthodoxe, demandant qu'autour de son corps on allume dix gros cierges en signe des dix commandements qu'il a enfreints; au-dessus, sept autres cierges en mémoire des sept œuvres de charité et des sept péchés capitaux; audessus encore cinc| autres en l'honneur des cinq plaies de Jésus et en signe de ses cinq sens; et, « tout amont » trois encore « en Ihonneur de la benoite Trinité ». Enfin ce j^rétendu Lollard fait souche de princes farouchement orthodoxes qui persécuteront les Lollards jusqu à l'extinction.
Dans sa conduite privée, assurément, rien de la pureté morale, voire du puritanisme, des Lollards n'apparaît. Ghaucer nous fournit, il est vrai, un témoignage non suspect de la grande affection et des violents regrets de Jean de Gand pour sa première femme. Mais aussitôt veuf, le duc fait à la fois sa maîtresse d'une des dames d'honneur de la défunte et épouse par ambition Constance, fille de Pierre le Cruel. Lorscjue sur le tard Constance meurt, il donne à son pays le scandale d" épouser sa concubine et de légitimer ses bâtards. Est-ce acharnement calomnieux de ses ennemis? il se fait dans une cour corrompue un renom spécial de débauché. Sur sa mort il circule des bruits stupéfiants. Son corps ruiné par le vice est tombé en putréfaction, laquelle fut causée « per exercitum copulee carnalis cum mulieribus... Magnus enim foi'nicator fuit ».
En dehors de son libertinage qui paraît assez bien établi, nous n'atteignons rien de son caractère sauf par deux mots concordants de Froissard et de Ghaucer. Ces mots visent son esprit plutôt que son cœur. Froissard qui
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n'est pas ordinairement enclin à le louer lappelle « sage et Imaginatif » c'est-à-dire fertile en ressources. Ghaucer, plus partial, mais juge clairvoyant, le montre au plus fort d une douleur passionnée « tout traitablc, judicieux à merveille et raisonnable ». Et en fait il y a lieu de soupçonner un fond de raison chez le père du prudent et politique Bolingbroke. Le contraste a saisi les contemporains entre la retenue de Jean de Gand et la fougue brutale de son jeune frère Gloucester. D'autre part, s'il n'eut pas le génie guerrier du Prince Xoir, il ne paraît pas avoir eu ses accès de férocité. Il y eut de 1 équilibre, s'il y eut de l'équivoque, dans sa nature.
En somme, politique de paix et même d'alliance par mariage royal avec la France, résistance obstinée aux réclamations populaires, protection accordée à ^^'ycliffe moins par conviction religieuse que par politique, et en conséquence hostilité du parti militaire, des gens du peuple et du clergé, ce sont là des traits assurés de sa carrière et qui correspondent bien soit aux silences, soit aux sorties de Ghaucer. On comprend mieux ainsi que le poète soit muet sur la guerre de France, qu'il n'ait pas volontiers touché à la grande émeute de 1381, ne voulant désobliger son patron ni ne pouvant lapprouver de bon cœur; on s'explique aussi pourquoi sa satire s'est concentrée sur le clergé, s'approchant des Lollards sans se joindre pourtant à eux. Mais jusque dans d assez humbles détails, on trouve l'indice des liens qui unissaient Ghaucer au duc de Lancastre. Ge Pierre de Lusignan qui hanta sa pensée, avec ses exploits lointains et sa mort tragique, Ghaucer alors page avait pu le voir dans le palais de Savoy quand le roi de Ghypre y reçut de Jean de Gand une pompeuse hosjjitalité en 1361. Si par exception Ghaucer invective une fois Duguesclin, ce n'est pas pour quelque épisode des guerres de France, c'est pour la part qu'il prit au meurtre de Pierre le Gruel, père de la duchesse Gonstancc, beau-père de Jean de Gand. Enfin