‹ Geoffroy ChaucerChapitre 48 sur 60 · CONTE DU CURÉ · texte numérisé non relu

CONTE DU CURÉ

avait l'avant veille un peu rudoyé le prenant pour un Lollarcl. C'est tout simplement un prêtre évangélique, le modèle des bons pasteurs, charitable, prêchantd'exemple, gardant avec soin son troupeau, exempt de morgue quoique bon clerc, doux pour les pécheurs, sauf pour les obstinés, ne distinguant pas dans ses admonestations entre riches et pauvres (i).

Mis en demeure de parler à son tour, il ne se dérobe pas. Mais il ne dira point de fable, lui. Il dira des paroles de vérité. « Pourquoi irait-il semer la balle de sa main, quand il peut semer le froment ? » Il profitera de l'occasion pour montrer aux pèlerins la route du parfait pèlerinage, vers la Jérusalem céleste. Mais il est homme du sud ; il ne sait pas conter en répétant les lettres, rim, rnin, ruf, comme les poètes du nord. D'ailleurs il n'estime guère mieux la rime. Il parlera donc en prose.

Les pèlerins sont aises de terminer par une instruction édifiante et chargent l'Hôtelier d'en donner avis au Curé. Maître Henri Bailli lui transmet leur prière, non toutefois sans lui faire observer que le soleil va se coucher. «Hâtez-vous... Parlez fructueusement, et cela en peu de temps. »

Le bon Curé pourtant ne se hâtera pas. Pour faire contre-poids à tant de profanes histoires il débite un vaste sermon en règle sur la Pénitence, de laquelle la première partie est Contrition de cœur et Confession de bouche la seconde. Puis il dit les causes du péché, entré dans le iiioudo avec Adam, et qui sont : tentation de Satan, con- ( iH)iscence de la chair, assentiment de la raison. Les remèdes à ces manquements sont la communion, l'eau bénite, les aumônes, la récitation du Confiteor à la messe, la bénédiction des évêques et des prêtres, et moult autres bonnes œuvres.

Ici le Curé passe sans transition à la peinture des sept

(1) Voir son portrait entier, p. 224.

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