‹ Geoffroy ChaucerChapitre 51 sur 60 · LE CURÉ DE VILLAGE · texte numérisé non relu

LE CURÉ DE VILLAGE

Un digne prêtre était de ce voyage ;

C'était un pauvre curé de village,

Mais jîourtant riche en œuvres de bonté.

Vrai clerc d'ailleurs, il avait médité

Sur l'Evangile, et sa bouche fervente

Rendait du Christ la j>arolc vivante.

L'ànie bénigne et l'esprit diligent.

De son seul bien était-il négligent.

Il haïssait punir comme d'un crime

L'homme oublieux de lui payer sa dinie ;

Mieux aimait-il, certes, donner du sien

A quelque miséreux paroissien,

Et l'assister sur sa maigre pitance.

En peu de chose il trouvait suffisance.

Sa 2iaroisse était vaste, aux toits distants.

Mais par tonnerre ou pluie, en tous les temps,

Il se rendait, à l'appel de la peine,

Vers la maison la plus humble et lointaine,

Allant à pied, dans sa main un bâton.

Il répandait cette noble leçon

De vivre bien pour instruire à bien vivre.

Il avait pris- ce texte en le saint Livre ;

Il ajoutait en langage plus clair :

Si l'or se rouille, est-il espoir du fer.'

Car si le prêtre est pécheur qui nous mène,

Comment penser qu'un laïque s'abstienne ?

Et pour l'Eglise est-il plus grand'pitié

Que brebis nette et pasteur conchié .'

Le prêtre doit inspirer le respect

Par pures mœurs à la brebis qu'il paît.

Louant sa cure ainsi qu'un pré qu'on loue, Il ne laissait son troupeau dans la boue Pour s'encourir à Londres, à Saint-Paul, Gagner argent, bon vivre et coucher mol, A dire messe en quelque chanterie.

Restait chez lui gardant sa bergerie Pour que le loup n'y vînt soudain mal faire. Pasteur était et non point mercenaire.

Et bien qu'il fut saint homme et vertueux, Pour les pécheurs il n'était sourcilleux,

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Ni sermonneur hautiiin et rechignant,

Mais très discret et doux en enseignant.

Mener les gens au ciel par belle vie

Et bon exemple était sa seule envie.

Mais s'il avait affaire à l'obstiné,

Lors, quel qu'il fût, misérable ou bien-né,

Il le tançait vertement, par ma foi !

De meilleur prêtre il n'est en nul endroit.

Il n'exigeait pompe ni révérence.

Ni n'affectait farouche conscience ;

La loi du Christ et de ses douze apôtres

Suivait d'abord, puis la prêchait aux autres.

Les deux autres portraits se distinguent des précédents par l'absence de tout dessein autre que celui de peindre sur nature. Plus ombre d'hostilité ni d'idéalisation. Le Meunier est tout simplement 1 un des plus vigoureux croquis de franche brute que poète ou peintre aient laissés :

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