‹ Geoffroy ChaucerChapitre 52 sur 60 · LE MEUNIER · texte numérisé non relu

LE MEUNIER

Maître Meunier était, je vous le jure,

Un fort gaillard et de riche encolure.

Osseux, noueux, ferme comme un pilier.

Dans toute lutte il gagnait le bélier.

Trapu d'éjjaules, sur ses reins tassé,

Il n'était porte où se ruant, lancé

ïcte première, il ne pût faire brèche.

Sa barbe large avait forme de bêche

Et couleur fauve, entre truie et goupil.

Une verrue à son nez avait-il,

Tout au fin bout, avec touffe pareille

A ces poils roux qu'un porc a dans l'oreille.

Chaque narine était un grand trou noir;

Sa bouche ouverte, un four énorme à voir.

C'était un franc goliard et brailhird

Qui dcgnisait maint et maint dit gaillard.

Sur le froment que sa meule triture

Il s'allouait d'abord quel(|uc moùturf,

Puis j)rélevait sa i>art, et deux encor ;

Ce, nonobstant qu'il eût jà pouce d'or (1).

[\j '< Meunier honnête a pouce d'or », dit le proverbe; allusion probable au profit que le plus probe s'assure en mettant son gros

Portant la dague et reçu sur la hanche, Capuchon bleu dessus la cote blanche, Cornemusant à force par la ville, Il nous mena jusqu'au deuxième mille.

Par contraste et pour finir, voici le triomphe de la finesse de Chaucer. Il n'a rien écrit de plus délicat que ce portrait de Madame Eglantine, modèle de belle éducation et de nature sensible, tendre avec un soupçon de minauderie, très pieuse sans doute mais mettant delà coquetterie jusque dans sa dévotion.

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