LA MISE EX MOUVEMENT DES PELERINS
Est-il possible que tant de cynisme soit au monde ? Pareille peste de despotisme conjugal, de sensualité, de bavardage et d'humeur acariâtre est-elle admissible ? Pourtant sa verve entraîne dans son flot trouble toutes les objections et puis elle a des inflexions de voix et des jeux de physionomie qui nous forcent d'accepter son existence. Il faut pour la comprendre faire état des mots qui lui échappent dans l'abondance de ses épanchements, ou des menus détails que le poète, sans avoir l'air d'y toucher, nous a fournis sur elle. Elle ne parlerait pas avec cette incontinence que rien n'endigue, elle n'aurait pas le verbe si haut, si elle n'était « un brin sourde ». Si elle est à ce point fanfaronne de tyrannie domestique, on s'aperçoit à son ton qu'il y a lieu de mettre une partie de ses maximes au compte de la vantardise. Elle est poussée par le désir d'étonner et de scandaliser. Elle fait de ses confidences une sorte de jeu car amuser l'auditoire entre dans son dessein. D'autre part, si elle est merveilleusement érudite sur les questions de virginité et de mariage, sur les invectives pieuses et profanes adressées par l'homme à la femme, nous apprenons à la longue d'où lui vient ce savoir, de ce clerc cjui fut son cinquième mari et qui se nourrissait amèrement des versets de Salomon, des diatribes de Saint Jérôme et des tirades de Jean de ^leung. E^lle enfile ces satires avec indignation pour les autoriser par les preuves mémos dont elle les combat. Au total, c'est un personnage complexe dont nous ne savons pas au juste si ce qu'il nous dit de lui-même est véridique ou exagéré ou inventé en partie. Il y a du jeu dans ce large cadre pour loger tout ce qu'on veut. Cependant un comique incessant naît du contraste enlro riiumoralilé des propos (juelle tient et le ton dogmali({ue dont elle les débite ; de ce qu'elle vise à démontrer que la loi est dans la suprématie de la femme, alors que toute sa vie tourne contre cette doctrine. Il faudra attendre l^anurge et Falstaff pour lui retrouver des égaux dans la iilli rature.