LA MISE EX MOUVEMENT DES PELERINS
A un degré moindre, semblables révélations d'un personnage par ses faits et discours se rencontrent ailleurs, par exemple dans le monologue du Pardonneur ou dans celui du Valet de l'alchimiste. Mais il est un pèlerin qui par la continuité de sa présence en scène est le véritable centre de la comédie qui se joue le long du chemin : maître Henri Bailli, dit « notre hôte », l'aubergiste du Tabard. Son cas est particulier : il ne figure pas parmi les portraits du début et Ghaucer s'est contenté de quelques touches rapides pour le présenter dans son Prologue :
Cet Hôtelier était un superbe homme ;
Dans un palais c'eût fait un majordome :
Belle prestance, un œil clair qui reluit ;
Dans Chepe il n'est plus beau bourgeois que lui,
Hardi de verbe, et bien appris, et sage,
Et d'un maître homme ayant tout en partage.
Avec cela c'était un joyeux sire.
Ce joyeux sire assure l'unité du vaste poème où il joue le rôle de protagoniste. Toujours en scène, son caractère qui n'était qu'esquissé va peu à peu, au cours des aventures, se révéler à des traits ensemble divers et concordants. C'est à le voir et à l'entendre que nous ferons sa connaissance, et cela dès la première heure.
Après souper il commença de rire
Et deviser mainte joyeuseté
Dès que chacun eut son compte acquitté.
Du premier coup son sens pratique est mis en évidence. Il se manifestera encore par cette proposition de fixer comme prix des contes un dîner offert au meilleur conteur par les autres dans sa propre hôtellerie.
Comme il soigne ses affaires, il excelle à manier les hommes. Ce gaillard-là est préparé à régenter par la nature et par sa profession. C'est le roi des taverniers, à la fois boute-en-train et régulateur. Il a toute l'ampleur voulue pour le rôle de chef qu'il se décerne d'ailleurs ou se fait décerner avec un magistral aplomb. Parmi ces