LA MISE EX MOLVEMEXT DES PELERINS
pèlerins qui se connaissent mal encore et s'examinent, il est seul à l'aise dès le début et seul à s'aviser d'un plan de route. A peine payé, il oublie l'argent reçu pour prendre les airs d'un riche bourgeois qui a traité des amis. Quelle cordialité dans sa voix et aussi quelle netteté de vue il montre dès les premières paroles :
Vous êtes tous les bienvenus chez moi,
Car je n'ai au si belle conipag-nic
De tout cet an sous mon toit réunie,
Ni gens si gais, pai-bleu! qu'en ce moment,
Et je voudrais, si je savais comment.
Vous divertir. Or en l'esprit me vient
Un plaisant jeu, et qui ne coûte rien.
Vous allez voir Saint Thomas, — Dieu vous aide !
Le saint martyr vous ajjporte remède ! —
Et je sais bien qu'en route on se propose
De raconter mainte joyeuse chose.
Car c'est, yraiment, pèlerinage morne
De chevaucher muet comme une borne ;
Et donc j'entends que vous ayez demain,
Comme j'ai dit, du plaisir en chemin.
Or, s'il vous plaît, sans qu'un seul dise non.
Tous vous guider sur mon opinion.
Et si chacun dans le cours du voyage
À faire ainsi que vais dire s'engage,
Par feu mon père, à qui Dieu fasse fête !
Si n'êtes gais, je vous livre ma tète.
Levez la main, sans un plus long discours. »
A partir du moment où il est élu « gouverneur » il prend au sérieux son mandat et sait se faire obéir. Mais il met dans son autorité une adresse exti'éme, une rare intelligence des caractères, et lallège par une bonne humeur constante. Ayant touché à tous les mondes, il est capable de tous les langages, du ])lus courtois au plus trivial. Il faut entendre les variations de sa voix selon qu'il s'adresse au gentil Chevalier, à la suave Prieure, au Meunier pris de vin ou au Pardoniieur qui lui olîre ses reliques à baiser. Parle-l-il an Légiste, il adapte ses termes à ceux du Palais, et l'on ne sait trop s'il le fait par