‹ Geoffroy ChaucerChapitre 57 sur 60 · LA MISE EN MOUVEMENT DES PÈLEHIXS · texte numérisé non relu

LA MISE EN MOUVEMENT DES PÈLEHIXS

politesse ou par raillerie, car il est d'une parfaite désinvolture à l'occasion. Ce qu'il montre de respect va au mérite sincère et non au rang. Son humeur tour à tour irrévérencieuse et indulgente nivelle les conditions des pèlerins; elle établit entre eux une égalité temporaire; elle entraîne et force à la cordialité. Ceux qu'il morigène de préférence, ce sont les prétendants à la gravité comme le Moine, ou les taciturnes comme le poète. Par sympathie de bon vivant et par métier, il est tendre aux ivrognes et rend hommage à Bacchus qui excelle à changer rancœur en amour. Sa profession lui a mis fortement son empreinte ; il en a la curiosité, l'adresse à quêter des renseignements sur les inconnus, et principalement sur l'état de leur bourse.

Mais ce qui le marque mieux encore, c'est son penchant à railler les gens d'église. Henri Bailli est, pardonnez le mot, un anticlérical de l'an 1386. Passe encore un luron râblé comme ce Prêtre de nonnains qui compte de gaillardes histoires. Mais foin de ces Lollards — les puritains d'alors — si sévères pour gens qui jurent ! Au seul soupçon qu'il en a un devant lui, les jurons lui partent de la bouche par douzaines : « Par les os de Dieu ! » « Par la dignité de Dieu! »... Et puis ces Lollards sont toujours prêts à prêcher et Maître Henri n'a peur de rien tant que d'un sermon. Quand un prêtre sermonne il grommelle tout bas, et si un laïque s'en mêle il n'y tient plus. Ce n'est qu'à lui-même qu'il octroie à l'occasion ce droit de moraliser qu'il refuse à autrui.

Méfiant devant le clergé séculier, il devient nettement agressif avec les religieux. Il se réjouit d'entendre le Semoneur mettre à nu les agissements du Frère mendiant. Lui-même ne résiste pas au plaisir de dauber sur les moines. Il félicite le Marin d'en avoir dénoncé un dans son conte. Quant au magnilique Bénédictin du pèlerinage, malgré la majesté du sire, il le plaisante hardiment à sa face et lui donne un aperçu de ses idées sur les monastè-

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