‹ Geoffroy de MalvynChapitre 131 sur 155 · XXVII. — AU DUC d'épernon · texte numérisé non relu

XXVII. — AU DUC d'épernon

(Bordeaux, 8 mars 1601.)

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f"* 183 v"-i84 v**, copie.

Monsieur d'Espernon.

Monseigneur,

A qui me dois je plustot adresser qu'à vous qui avés tousjours pratiqué généreusement l'honneur des armes et qui avés de 'inesme res-

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pecté les lois publiques, et qui d'ailleurs et qui d'ailleurs (5/V) m'avés occasionné de ce faire par la démonstration que vous m'avés tousjours faict de me bien vouloir ?

Je vous [aij d'autres fois tenu propos, Monseigneur, de Tassasinat commis en la personne de feu sieu de Montezet, mon nepveu, de guet apans et de dessein pourpensé de long temps, le jour de Pasques fleuries dernières, à l'heure du sermon et prés de la grand église d'Agen, et ce par dix ou douse meurtriers, en nombre desquelz il en y a quatre prisonniers, contre deux frères seulz et sans autre compagnie, dont Taisné deceda quelques heures après et le puisné resta grieffevement blessé en plusieurs endroitz. La mère, qui est veufve, reclame à justice et la poursuit y a tantost un an en divers lieus de ce roiaume avec une infinité de peine et de frais qui lui reviennent desja à plus de quatre mille escus. Les prisoniers et leurs complices taschent de la ruiner par la longueur du temps et une insupportable despence, aiant obtenu sans ouyr partie renvoi de la cognoissance de ceste cause en la Chambre de Castres, en Languedoc S où ilz ont un grand nombre d'amis, parans et allés, comme pareillement au Parlement de Toulouse. Despuis la mère a obtenu arrest au privé conseil pour vérifier les parentèles et aliances, ce qu'elle a fait. Elle poursuit maintenant d'estre réglée de juges et d'estre renvoyée en quelque Parlement de ce roaiume, sauf et réservé Tholose et Bourdeaux et les chambres desdits ressortz où les parties d'une part et d'autre peuvent avoir des parans et amis. Sa requeste ne peut estre plus juste au monde et qui peut estre favorisée par l'intercession des lois et de la justice mesme, qui me fait présumer. Monseigneur, que vous n'aurés point à desplaisir si je requiers la vostre en un cas si énorme, exécuté si indignement et contre tous les establissements des lois d'honeur et de noblesse.

Si ç'avoit esté un combat particulier et genereus, je serois marri d'en ouvrir la bouche et d'en faire un seul trait de plume. Il n'i a ame bien etoflfée au monde, qui aiant sceu cest acte n'en ayt horreur et ne voye bien la dangereuse conséquence que l'impunité d'un si pernicieus exemple peut aporter. Vous, Monseigneur, qui avés souslevé vostre vertu au dessus de vostre grandeur, assistés, s'il vous plait, à ceste pouvre mère qui demande justice. Elle ne requiert autre chose au Roi ; si elle a des juges non suspectz, elle prendra en gré l'événement de cesr affaire, qu'elle se promet toutesfois ne pouvoir estre autre que comme elle le désire et qu'un chacun se le propose.

Mais je passe. Monseigneur, les bornes du respet que je vous doy

I. Li chambre de l'édit institue»; à Cistrcs par l'Éditde Nantes.

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d'oser arrester vos meilleures occupations par la lecture de ceste cy. Je recognois bien ma faute et vous suplie neantmoins très humblement ne me l'imputer point. Les ressentimens de la mère, l'importance du subject, l'indignité de l'acte et la proximité du défunt, mais surtout les tesmoi- "gnages si exprès que vous m'avés faict voir de vostre bienveillance, me faîct espérer ceste faveur de vostre part, qui m'esforceray tousjours de me maintenir en l'honeur d'icelle et la considérer autant que nul autre bien que je puisse et doibve rechercher pour me dédier perpétuellement à ce singulier et unique désir d'estre pour jamais.

Monseigneur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

De Malvyn.

De Bourdeaux, ce 8 mars 1601.

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