‹ Geoffroy de MalvynChapitre 38 sur 155 · Chronique de Cruseau, II · texte numérisé non relu

Chronique de Cruseau, II

anciens autres que le doyen » \ Geoffroy de Malvyn attendant sur son siège le jeune monarque personnifia vraiment, ce jour-là, le corps parlementaire tout entier, jaloux de conserver ses traditions et de maintenir son prestige devant le souverain.

Le 15 janvier 1616, on apprit à Bordeaux que l'office de premier président vacant par la mort d'André de Nesmond avait été donné à Claude Mangot, conseiller au Conseil d'État et maître des requêtes de l'hôtel ^ Le nouveau chef de la cour, à peine pourvu de sa charge, s'empressa d'écrire au doyen une lettre où il lui marquait sa déférence et son estime \ Il ne vint d'ailleurs jamais à Bordeaux, et le 27 décembre de la même année il fut remplacé par Marc- Antoine de Gourgues, à l'installation duquel Malvyn assista le 26 avril suivant ^. Dans l'intervalle, il s'était entremis une troisième fois avec succès entre le Parlement et le maréchal de Roquelaure. Ce dernier, mécontent d'un arrêt qui remettait les deniers du convoi entre les mains du sieur Patry, citoyen bordelais nommé par la cour et agréé par les jurats, avait tenté de s'y opposer par une ordonnance. Le Parlement . s'en offensa, puis décida de négocier. Malvyn fut chargé de ; voir le maréchal. Il réussit pleinement dans sa mission : \ Roquelaure brûla son ordonnance et le vendredi 3 mars I « fut au Palais avec parolles de reconsiliation et de bonne r intelligence » ^ Si les différends entre les magistrats bordelais

1. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 6, fo 53 v». — Voir sur le lit de justice le récit inédit des registres secrets (fo* 48 ro-58 vo), beaucoup plus détaillé, quoi qu'en dise Boscheron des Portes, que celui de Cruseau (Chronique, II, 219-225).

2. Ibid.y II, 232. Les lettres du roi sont aux Arch. dép. de la Gironde, B, 53,

fo II.

3. Voir appendice, no XXXVl. — Sur Mangot, voir Communay, Le Parlement

î de Bordeaux, pp. 60-62.

I 4. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 6, fo 160 vo. 5. Chronique de Cruseau, II, 235.

et le lieutenant de roi, si fréquents à cette époque, purent parfois se terminer à l'amiable, ce fut, on le voit, grâce à la modération et à l'autorité du doyen.

Les dernières années de Geoffroy de Malvyn s'écoulèrent ainsi paisibles et sereines, au milieu du respect que lui valaient son âge, ses longs services et son mérite personnel. Elles furent pourtant assombries par de douloureuses épreuves. De son mariage avec Jeanne de Salignac il n'avait consente qu'une fille, qu'il adorait. Elle avait épousé, par contrat du 26 avril 1396, Geoffroy de Pontac, fils du président Raymond de Pontac et neveu d'Arnaud, évêque de Bazas. De ce mariage était né, en 1599, un fils qui devait être le premier président Arnaud de Pontac. Aimée de Malvyn mourut prématurément en 161 1 '.La douleur du père fut immense: nous en avons pour preuve une belle lettre de consolation que lui adressa à cette occasion une dame de Bourdeille, sa cousine ^ M"^*-^ de Malvyn mourut peu après, et le vieillard se trouva seul : « Je cognoy, écrivait-il à un parent, que j'ay vescu pour néant, réduit sur mes derniers jours en une étrange solitude, privé de toutes mes espérances et de mes ressources, et n'ayant pour compaignie inséparable que mes ennuys. » ' Le 10 septembre 1616, il fit son testament et institua pour héritier universel son petit-fils ^. Il mourut entre le 26 avril et le 20 septembre 16 17 \ et dut être, selon son vœu, enterré dans l'église du couvent des Jacobins de Bordeaux où son père et sa mère avaient été déjà inhumés.

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