II AVANT-PROPOS
la Renaissance bordelaise. Dans les trente années précédentes, qui | furent vraiment son âge d'or, le Parlement, en dépit de la terrible * émeute de 1548, jouit d'une paix qui favorisa la culture des lettres. * L'œuvre de la Boétie couronne et clôt cette période. Celle qui suivit fut moins sereine et moins brillante : les discordes religieuses, la lutte du Parlement contre les progrès de la Réforme en Guienne, les horreurs de huit guerres civiles la troublèrent presque sans trêve. Violemment arrachés à l'étude, les magistrats n'eurent plus ni les loisirs, ni le goût des longues recherches. Ceux qui furent assez courageux pour s'y livrer se tournèrent de préférence, comme Florimond de Riemond, vers les questions de controverse. A une époque de lutte, les lettres et l'érudition deviennent des armes aux mains des partis. Pour les âmes plus pacifiques et moins ardentes, elles restèrent pourtant le divertissement préféré, le refuge contre les dégoûts de l'heure présente. Montaigne fut le plus illustre exemple de cqs magistrats humanistes qui cherchèrent le repos « sur le sein des doctes vierges ». Mais après en avoir joui pendant onze ans, il fut repris du besoin de se mêler aux hommes et aux choses de son temps. Voici un contemporain, un compatriote et un cousin de Montaigne, dont la destinée fut plus modeste et plus unie, qui sut, durant toute sa vie, concilier les obligations de sa charge avec le culte des lettres, accepter les dures nécessités de son époque, se contentant d'oublier de son mieux les vivants dans le commerce des morts. A ce titre, il représente assez bien cette seconde génération, rendue sceptique et désabusée par le spectacle des événements, mais qui garda la foi qu'avait eue la première dans la vertu des lettres pour ennoblir l'existence.
La vie et l'œuvre de Geoffroy de Malvyn n'ont jamais été étudiées. Sa réputation, sur laquelle on l'a jusqu'ici jugé, est d'ailleurs excellente. L'avocat bordelais Bernard Automne, qui l'a connu, l'appelle « un des plus doctes et éloquents personnages de France » et dit qu'il fut fort estimé par Henri III et Henri IV '. Le généalo-
I. Bernard Automne, La Conférence du droict jrançois avec le droicl romain^ civil et canon, 4e éd. Paris, 1644, in-fo, II, 229.