Cf. Tépitaphc de Monluc d'Etienne Pasquiei
Hac Monlucius est sepultus uraa ; Qucm si nosse voles, viator, ejus Scripta perlege, si quidem his in ipsis Expressa ingenii sui est imago.
Corpus hoc tumulo quiescit; at tu, Dcus, fac animus quiescat in te, Qjai nullam coluit quietus aulam, Scd solis requiem paravit armis.
(Ttinml. liber, 53, dans les Po<;Vi« /a/wîf 5 de Pasquier Paris, Sonnius, 16 18, p. 297.)
2. T/idc'c est ;\ rapprocher de celle de la première épitaphe :
QuasHs qui siem ? Monlucius.
Nomini meo satis est nomen.
La seconde épitaphe : « Avo, patri, filius, nepos Blasius Monlucius » est transa dans le ms. Delpit, f° 102 v©.
nne, Pierre et Fabien ses enfans, est aussi, malgré quelques es, d'une belle venue. Le sujet a heureusement inspiré Déte, qui a su trouver parfois, pour louer son héros, des nts presque cornéliens. La pièce débute par une idée Dsophique : la vie de Thomme ne vaut que par la façon ; il la vit :
Ung jour du vertueux vainc une longue vie De celuy qui la passe aux vices asservie.
i vie n'est, d'ailleurs, rien sans la gloire :
C'est un fais Atlantée estre endossé d'années Qui ne les faict marcher d'honneur accompagnées. L'honneur de la vieillesse est l'estançonnement... Qu'on soit doncques d'honneur, non des ans envieux. Que s'ilz nous sont donnés par la faveur des cieux, Il les faut soulever d'une vivante gloire Dont la Parque ne puisse arracher la mémoire, Comme a faict ce Monluc...
3S cet exorde grave, qui rappelle la phrase des Commens : « Ma mémoire ne mourra pas si tost, qui est tout ce que lommes qui ont vescu en ce monde, pourtant les armes ens de bien et sans reproche, doivent désirer ; car tout le : n'est rien... ' », Malvyn commence à « sonner » l'éloge lonluc :
Son berceau fut Gascogne, où les peuples ardans Naissent, meurent soldats, et despandent leurs ans, Indomtables, hautains à secourir leurs princes Et replanter les bords de leurs grandes provinces.
Dte justement l'ambition précoce de ce cadet « espoinlé d'honneur »
Zommentaires et Lettres de Biaise de Monluc, éd. de Ruble, II, 335.
... avant que la saison Luy frisât sur la joue une crespe toison.
Bien tost on s'aperceut que sa vertu cognue.
Sa vaillance au danger, sa prudence chesnue Aux affaires doubteux voloit devant les ans.
Jeune soldat jà vieux de gestes triomphans.
Pourquoi faut-il qu'à ce dernier vers succède une image qui rappelle trop celles de la Gallia gemens ? Moulue na rien à gagner à être comparé à une comète, à un feu « horrible, perruque ». Le poète est plus heureux lorsqu'il l'évoque dans le combat, sa hallebarde à la main :
Sa grand picque en sa main guyde des bataillons \
Il rappelle ensuite qu'il fut comblé d'honneurs, qu'il ne lesdut qu'à son mérite personnel, et après une simple allusion aux guerres civiles, il fait un bel éloge des Commentaires dont la lecture semble bien l'avoir inspiré :
Luy seul escrire a peu, digne de ceste gloire, De ses divers travaux une immortelle histoire, Luy un second César, le sçavant escrivain Des exploits achevés par sa vaillante main.
Si le Dieu Mars n'a pas osé
Sur la poudre adenter ce Tydide vaillant,
il a, par contre, ravi ses trois fils, « trois Achilles françois » ^ :
1 . Monluc, fantassin dans l'âme, a plusieurs fois rappelé, dans son livre, qu'il aimait à combattre à pied, et que la hallebarde était son « baston de main ».
2. Marc- Antoine de Monluc, tué au siège d'Ostie, en novembre 1556, et dont Joachim du Bellay avait déjà fait uneépitaphc {Poemata^ fos 50 vo-51 r») reproduite, ainsi que celle de Buchanan, à la fin du Tombeau ; Pierre-Bertrand, dit le capitaine Peyrot, tué à Madère en 1566; Fabien, tué au siège de Nogaro en septembre
l'humaniste 73
Ces vieux héros de Grèce et ces foudres Romains N eussent passé l'honneur des trois frères germains, Si leur forte vigueur, aux armes si bien née, En leur tendre bourgeon n'eust esté moissonnée. Comme on void trois beaus lis qui d'un lustre pareil Desboutonnent leur robe aux rayons du soleil. Ou trois beaux hyacints à la face vermeille Epanir les trésors de leur vifve merveille.
Le ciel s'en resjouit et verse sur ces fleurs Les larmes dont l'Aurore argenté leurs couleurs : Mais le contre tranchant ou le gresleux orage Les célestes honneurs de leurs beautez saccage. Le destin nous monstra, puis a soudain repris Ces trois frères à soy du terrestre pourpris.
:omparaison est gracieuse; elle est assez inattendue, si songe qu'elle s'applique à trois rudes capitaines, dont lé était petit, « fort et apilé, les espaules grosses, », et t les deux autres étaient sans doute secs, tannés et noi- Is comme leur père. Le poète peint ensuite la fermeté du X Monluc en face de ces deuils et son activité jusqu'à lort :
Tu desseignois encor les combats retenter Quand la fiévreuse mort vint au lict te douter. Tel est le fier torrent des affaires humaines, Quifaictet puis deffaict toutes choses mondaines. Nous mourons en naissant, et mainte fois au bord De ceste fresle vie on est pris par la mort : Mais heureux qui a pu, plein d'honneurs et d'années. Attendre de pied coy les fières destinées.
fut Monluc dans sa vieillesse ; et Malvyn, idéalisant son s, le montre, au terme de son orageuse carrière, opposant fermeté stoïcienne aux calomnies des envieux :
Ayant heureusement vaincu Mars et l'envie Qui voyoit de travers la splendeur de sa vie. Ayant veu retourner deux fois quarante estez, Assailly, combatu de mille adversitez, Mais compris en soy mesme, il espointoit la flesche Dont le malheur pouvoit à son los faire bresche.
La pièce se termine par la description anticipée du tombeau que Jean de Monluc élèvera à son père et à ses frères. Uimagination de l'humaniste s'est donné carrière dans ces derniers vers, sonores comme une fanfare, et elle dresse un mausolée dans le plus pur style de la Renaissance :
Vous, son fils, honorez du Père et des Enfans
Le Tombeau, non de pleurs, mais de chars triomphans,
Gemissans sous le fais des despouilles vaincues,
Pistoles, coutelas, picques, lances, massues,
Morrions, gantelets, brassars, cuyssots percez.
Panaches tous sanglans, corceletz enfoncez,
Phifres, tabours, guidons, fanfares de trompettes,
Enseignes, estandars et lancières cornettes.
Marques de leur prouesse et dignes monuments
De ces quatre guerriers, les premiers de leur temps,
Lesquels ores là haut de la voûte dorée
Feront trembler d'esclairs leur salade tymbrée,
Foudroyans Encelade et l'orgueil furieux
Des Géants qui encor s'arment contre les cieux '.*
Malvyn ne se contenta pas d'apporter sa contribution personnelle au Tombeau de Monluc; il sollicita autour de lui des collaborations. Il obtint sans peine celle de trois conseillers, ses collègues. Emmanuel du Mirail, qui avait remplacé,
I. Malvyn avait déjà, dans son poème sur la bataille de Jamac, comparé les huguenots aux géants entassant Ossa sur Pélion. Mais il avait longuement amplifié ridée ; il la resserre ici en deux vers. On sent le progrès.
nnée précédente, Charles de Malvyn au Parlement, ne put fuser à son fils trois épitaphes grecques et une pièce de mgt-neuf hexamètres latins '. Pierre de Termes lui donna ingt-neuf hendécasyllabes, où il énumérait avec bonheur et irécision les qualités personnelles de Monluc et le comparait our à tour au jeune Alexandre, au vieux Camille, aux Scilions et, après Malvyn, à Annibal \ Florimond de Racmond, i futur éditeur des Commentaires, composa deux épitaphes, une en français, de cinquante-six vers, Tautre en latin, de ix hexamètres, et quatre distiques latins. Dans la pièce franlise on retrouve deux idées que Malvyn a aussi développées :
He que c'est peu de cas que des choses mondaines !
Ce n'est rien que du vent, Car tout ainsi qu'on voit qu'elles naissent soudaines,
S'en vont soudainement.
[alvyn avait dit:
Notre vie est un songe, un'ombre décevant, C'est un nuage vain poussé au gré du vent ^
I . Dans cette pièce intitulée Lticinx valicinium defortuna Monluciy l'auteur supse que Lucine, au moment où Monluc naît, prédit à sa mère ses exploits futurs, le allusion à Tédit de pacification de 1577 permet de la dater. — Emmanuel du rail, conseiller clerc le 3 avril 1576, avait collaboré au tombeau d'Arnaud de Ton. Il composa aussi quatorze distiques grecs et une épigramme de six vers ns pour les poésies de P. de Brach (éd. Dezeimeris, I, no» IV et XII). i. Et non à Horatius Codés, comme le dit Lapaume. L'auteur, empruntant à '^énal une expression bien connue, appelle Annibal « ducem luscum ». — Pierre Termes prêta serment comme conseiller lai le 11 mars 1573. Il remplaçait feu rre de Sevin (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 3, fo 305 r©). Il épousa rie de Lange et mourut le 27 mai 1595. C'était un lettré distingué : Dorât lui dressé une épîire (Joan. Aurati Epigrammata, Paris. 1586, in-8, pp. 14-16). 5. Voici, par contre, une idée personnelle à Florimond de Raemond et qu'il a areusement exprimée :
Ores, il est contant avec six pieds de terre,
Partage esgal à tous ; Car autant en emporte un chetif bêche-terre
Que le plus grand de nous.
Florimond de Rx*mond semble lui avoir aussi emprunté l'idée que Monluc ne se survivra que par sa gloire.
D auîres poètes encore collaborèrent à ce Tombeau : le médecin bordelais Etienne de Maniald, helléniste habile '; Jean du Chemin, Jean Guijon, d'Autun, professeur au collège de Guienne, qui donna quatre distiques grecs et un Movim iribuni militiim epicedium, où il décrivait par avance la pompe funèbre du héros à Saint-André *; Martial Monier, qui avait publié ses poésies latines chez Millanges en 1373; enfin Pierre de Brach. Malvyn lui communiqua sa copie des Commentaires-, il la feuilleta, et, se fiant à sa facilité, retraça vaguement la carrière de Monluc dans une pièce de 558 vers, les Mânes de messire Biaise de Monluc, mareschal de Franu, dont ridée est peu heureuse, la valeur historique médiocre, la forme négligée, et qui me paraît à tous égards inférieure à YEpitapbe de Biaise de Monluc et de Marc-Antoine, Pierre et Fabien, ses enfans K
1 . Professeur au collège de médecine de Bordeaux, il composa des pièces liminaires pour les poésies de Pierre de Brach, le De viris illustrihus Aquitanix de de Lurbe et VAusone de Vinet.