Remontrances, p
La lecture de l'arrêt dura quatre heures d'horloge. Nesmond fit une véritable conférence sur les esprits, exposant tour à tour la thèse et Tantithèse, avec un déploiement étourdissant de textes tirés de Tantiquité profane et sacrée. Il parla de tout, de philosophie, de théologie, de physique, d'histoire naturelle, de médecine et même de jurisprudence. Il raconta une foule d'anecdotes singulières. Au milieu de ce fatras d'érudition indigeste, on trouve parfois des réflexions de bon sens, assaisonnées de malice : « Plusieurs, qui sont d'ailleurs mauvais locataires, pourroient référer aux esprits plusieurs choses meneilleuses, qui par raison naturelle peuvent arriver aux maisons et pourpris d'icelles, afin de prendre prétexte de rompre les locations qui leur desplaisent. » L'arrêt, qui conclut, d'ailleurs, en faveur de l'existence des esprits, ne compte pas moins de cent huit pages. Malvyn se joigrtit à de Brach pour célébrer Nesmond et chanter
...le torrent de son sçavoir fécond Que Python emmielloit d'un langage facond.
Mais, plus discret que son bouillant ami, il se contenta de composer une pièce de vingt-cinq hexamètres, où il traduisit SCS impressions d'audience \
Nesmond et Malvyn vécurent surtout dans l'intimité pendant le séjour d'une année qu'ils firent ensemble à la Chambre de TÉdit de Nérac. Ce fut pour eux un exil ^. Loin de Bordeaux, de leurs amis, de leurs livres, ils trouvaient des
1. Voir Appendice, n» XVII. — La pièce est imprimée sans nom d'auteur dans le volume des Reuwutrauces ; mais elle a été copiée dans le ms. Oelpit (fo 88 \^-%^ t°) au milieu des autres poésies de Malvvn.
2. Nesmond écrivait le 13 août 1601 à Matignon : « Je me trouve attaché icvau service de la Chambre, où c'est que l'on m'a relégué malgré moy, et d'où je ne puis partir comme je desirerois bien » (Arch. hist. de la Gir., XXX,. 150).
consolations médiocres dans les « belles oraisons en latin »
que composait et débitait, pour leur faire honneur, M^ Jehan
Matisson, principal du collège, ou dans les feux de joie
allumés à l'occasion de la naissance du dauphin, sans parler
,des a mais » que les clercs venaient planter au milieu de la
basse-cour du château, fifres sonnants et enseigne déployée '.
Nesmond cherchait des distractions dans le jardinage, sa
passion favorite; Malvyn faisait des vers. Il est peut-être
l'auteur de la jolie pièce, où un ami du président le louait
d'avoir ajouté des orangers et des citronniers aux cyprès jadis
plantés par le roi de Navarre dans le jardin du château de
Nérac :
Autrefois, dit-on, notre Prince,
Retiré dans cette province,
En avoit fait un paradis;
Grand jardinier et grand monarque,
D*où nous reste encore la marque
Aux cyprès qu'il planta jadis.
Icy, Chezac *, prête Toreille ; Ce n'est pas sans grande merveille Que sagement et tout exprès Tu mets l'orange en même terre Où l'on dit jadis qu'en esquerre Le grand roy planta ses cyprès K
Il est, du moins, certain qu'ils échangeaient des vers. Malvyn, oubliant les découragements de la trente-cinquième année, commentait à son ami, dans un sonnet à la fois grave et