‹ Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royalChapitre 100 sur 141 · Idem, fol · texte numérisé non relu

Idem, fol

2o8 Troisième Partie.

en France des deux grands maîtres italiens , Leonardo da Vinci et Andréa del Sarto, de 1 5 1 5 à 1^18. Éclos et formé au milieu de ces influences , un peintre français se charge d'orner un manuscrit pour le roi François 1er; que fait-il pour satisfaire au goût, à la mode, sans renier son passé? Il fait deux parts de son talent i, et consacre l'une, la part française, aux portraits; l'autre, l'imitation italienne, aux compositions; dans les deux il fait preuve d'un grand talent. Ici , précis , fin observateur, simple et presque naïf dans l'exécution, il rend les physionomies en reproduisant fidèlement l'individualité; là, abondant, mouvementé, plein de ressources dans la composition et dans les détails, il est l'élève de Léonard de Vinci , avec des réminiscences de Mantègne et des maîtres de la première renaissance italienne, dans la proportion des figures, le dégingandé des mouvements et le type des têtes.

De cette époque, de ces influences, et non pas du Primatice, qui s'y est soumis lui-même, date le style de Fontainebleau. Il allait à la taille et au genre de beauté de Diane de Poitiers : elle l'a encouragé; mais, je le répète, il était formé, il avait cours avant le règne de la maîtresse de Henri II et du peintre qui en est l'expression la plus caractéristique. Si nous recherchons quel a été le mode d'exécution adopté par Godefroy, nous voyons que ses portraits sont des miniatures délicieuses, comparables à tout ce que nous avons de plus fin en miniature française; quant aux compositions 2 , ce sont des à-peu-près de grisailles , à peu près coloriées ; système bâtard et conventionnel , d'un goût très-contestable. Le peintre dessinait tout son sujet à la plume, avec une fermeté, il faut le dire, qui n'a pas sa pareille dans ces dimensions microscopiques, surtout pour les physionomies et les fonds de paysage; puis il mettait son ensemble à l'effet, avec le pinceau et la sépia, dans une

1. J'ai hésité longtemps avant de m'arrêter définitivement à cette opinion; au premier moment je voyais deux peintres, l'un chargé des portraits , l'autre des compositions ; mais bientôt , en étudiant de plus près , en comparant les miniatures, les petites figures des supports, les surprenantes imitations de médailles antiques, et enfin les portraits, j'ai acquis la certitude qu'une seule main, dirigée par un talent souple et varié , enchaînait ces genres différents et avait produit le tout.

2. Leurs dimensions varient de 90 à 100 millimètres en hauteur, de 60 à 70 en largeur.

Iconographie. 209

gamme générale, assez pâle. Jusque-là il ne sortait pas des conditions de l'art; mais il ajoute des costumes coloriés, des armures, des harnachements dorés et une foule de détails qui papillotent dans sa grisaille et s'éloignent de la nature d'une étrange façon. J'ai dit que ses figures sont des réminiscences italiennes. On y trouve des tournures donatellesques, des profils perdus et des mouvements hardis qui rappellent Mantègne, des poses gracieuses et des airs de tête péruginesques, et, malgré tout, un fond français et des ressemblances avec Holbein, qui pourraient signifier que Godefroy n'avait pas vu l'Italie. Notre renaissance nationale avait fait assez de progrès depuis près d'un siècle pour qu'il suffît à nos artistes de quelques dessins, de quelques gravures, avec l'impulsion donnée par Léonard de Vinci et .Andréa del Sarto , pour entrer dans ce courant italien. Notre compatriote, comme Holbein, subissait peut-être cette influence de loin , de seconde main , et sans avoir passé les monts.

Premier volume. — Musée Britannique {Harleyan), n° 6205.

Une carte de la Gaule sert de début au livre, et on lit au verso du premier feuillet le passage suivant, écrit dans un cartouche : « Françoys, « par la grâce de Dieu, Roy de France, second Caesar, victeur et do- « mateur des Souycez, le dernier jour d'avril, ung moys après la naticc vite de son secund fils, en son parc de Sainct Germain en Laye, a rencontra Jule Caesar et l'interrogea subtilement du contenu au precc myer lyvre des Commentairez. » Dans un autre cartouche on lit une légende dont il suffira de transcrire les premiers mots : « Caesar, pre- « mier subjugateur des Helvecez, luy fyt gracieuse responce, etc., etc. »

Au troisième feuillet Godefroy a peint le portrait de François I^'' en buste dans un médaillon. Il porte son costume habituel et la toque sans plume, ornée d'une enseigne. Ses traits et sa physionomie sont ennoblis, un peu roides et pointus ; l'artiste a cherché l'idéal et l'antique. La première miniature sur le verso du cinquième feuillet porte la date de 1519, sans monogramme ; les autres , folios 9, 13, 17,21,23, 31, 33, 36, 43, 53, 60 et jusqu'à la fin, sont signées d'un G, et datées de la même année. On voit, sur la miniature qui a été peinte au recto du folio 53, la lettre initiale du nom de l'artiste tracée sur le tronc d"un arbre auquel est suspendu un cartel dans lequel on lit : Besanson, i$i9. Le passage correspondant du texte exige , il est vrai , que la miniature représente cette ancienne ville, mais une certaine précision dans les détails, et une

210 Troisième Partie.

sorte de prédilection dans le soin donné à l'exécution, me feraient croire que la vue a été faite d'après nature, et que Godefroy était attaché à cette ville par quelque lien.

J'ai déjà parlé du caractère particulier de ces miniatures, je citerai seulement celle du folio 23, qui représente la construction d'un pont sur la Saône. On remarque au premier plan des figures qui dérivent du peintre Mantègne dans leur élancement, leur fougue et une certaine élégance presque antique. L'artiste a conservé les souliers à la poulaine, pour marquer les Français ; c'est une malheureuse prétention à l'érudition archéologique.

Le volume, in-80 long, format d'agenda, compte 76 feuillets, y compris la carte. Il a conservé sa reliure du temps, en maroquin rouge, ornée de couronnes fleurdelisées , imprimées au petit fer. On aperçoit les traces des cordons qui servaient à le fermer et à empêcher le vélin de goder. On lit cette note au recto du premier feuillet après la carte de la Gaule : Bihliothcca Christophori Justelli. Cette annotation, en nous indiquant une ancienne provenance de ce manuscrit, nous donne la raison de son émigration en Angleterre. Christophe Justel, conseiller et secrétaire du roi, était mort à Paris en 1649, à l'âge de soixante-dix ans, laissant à son fils, avec le goiît de l'étude, une collection précieuse de livres et de manuscrits. Parmi ceux-ci se trouvait le premier volume des Commentaires de César. Henri Justel avait remplacé son père dans la charge de secrétaire du roi; il lui succéda aussi dans l'étude des lettres et dans la libéralité avec laquelle sa bibliothèque et sa maison étaient ouvertes aux savants. Toutes les correspondances érudites du temps témoignent de cette hospitalité offerte à la science.

Il publia à Paris, en 1661, la Bibliothcca juris canonici veteris exantiquh codd. mss. bibliothecce Christophori Justelli, deux volumes in-folio, et il semblait destiné à poursuivre tranquillement cette carrière érudite. Mais l'orage qui s'est appelé la révocation de l'édit de Nantes avait été précédé, pour les protestants clairvoyants, de signes avant-coureurs qui suffirent à Henri Justel. Il emballa ses livres et passa en Angleterre, où il fut nommé bibliothécaire du roi, charge qu'il exerça jusqu'à sa mort en 1698. Le manuscrit des Commentaires de César fut probablement acheté à sa vente par Robert Harley, comte d'Oxford. Le grand trésorier d'Angleterre (1661- 1724) se consolait de l'ingratitude des hommes en

Iconographie. 211

formant cette magnifique collection qui est restée la Bibliothèque Harléienne dans la Bibliothèque du Musée Britannique.

Toutefois, notre manuscrit n'est entré dans ce dépôt qu'avec la seconde partie des livres et manuscrits de Robert Harley, en 1754.

Second volume. — BibUothlquc impériale, suppl. français, no 1328.

La première miniature représente François I^i" à cheval , en costume de veneur, avec le chapeau à plumes sur la tète. Le roi lance son cheval vers la droite. Au-dessus de sa tête une F couronnée se détache en or sur le fond d'azur d'un écu. C'était une manière de le désigner à ceux que sa ressemblance ne frappait pas. Sur le second plan, un piqueur, courant à cheval dans la même direction que le roi , sonne de la trompe. Une banderole flotte au-dessus de sa tête; elle porte le nom de PeROTi. On lit sur une pierre, enire les jambes du cheval de François lei"^ l'initiale du nom de l'artiste, et, au-dessous, dans un cartel, mais séparée par un chien courant, la date 1519.

L'entourage est d'une rare élégance et laisse place pour quelques mots du texte, qui commence ainsi :

(c Françoys, par la grâce de Dieu, Roy de France, désyrant par ce pénible labeur exercer sa forte jeunesse, au commencement du moys a d'Auguste, l'an mil cinq cens dix neuf, alla courir le cerf en la fourest

1. Ce Perot était un veneur favori dont François I^f parle dans une de ses lettres au connétable de Montmorency : Je m'oblige de vous dire que nous avons failli le cerf, et Perot s'en estfouy, qui ne s'est ouzè trouver devant moy. M. Génin, qui a publié cette lettre dans les pièces justificatives de son édition des Lettres de la reine de Navarre (Paris, in-8 ', 184 1 , page 468), fait une note au nom de Perot pour dire que c'est un cliien. J'aurais probablement commis la même méprise, si, avant même d'avoir vu cette miniature , je n'avais pas lié connaissance avec ce veneur, en lisant les comptes de dépenses de François I'"'', les états de sa maison et les rôles des acquits sur son trésorier d'épargne. Je vois, par exemple, à la date du 12 juillet 1531 : « Provision à Perot de Ruthiepour estre paie des gaiges (' et droitz qu'il a , à cause de son office de garde du parc et chastel de Saincte « Jame et des forets et quatre estangs de Raiz. » Cinq années plus tard, je trouve ce détail : « A Perot de Ruthie pour employer en la despence qui sera nécessaire « à mander et faire venir devers ledit seigneur partie des chiens de sa vénerie « avec les conducteurs d'iceulx de la forest de Chenonces. » (Roolle des Acquits de 1S36.) Plus tard encore, il devient lieutenant de vénerie et gentilhomme de la chambre. C'était un de ces serviteurs favoris qui savent se pousser en avant.

212 Troisième Partie.

« de Byevre, et voulut que ce iour courussent les chiens qu'il avoit « esleuz pour bailler à la meute, pour ce qu'ils sont plus seurs que les « aultres. Gaillart fut de ce nombre, aussi fut Gallehault et le gentil n Rameau. Arbault, Gerfault et Billehault leur tindrent compaignie. « Le Roy suyvoit le cerf de bien près et couroit à bride avalée quand c( il rencontra la chaste Diane. — Le Roy fut surprins de plaisir, et « après avoir oublié sa chasse il fut tout esbay que ceste vision se dis- « parut et il demoura tout seul en profunde pancée. Mais tantost après « il vyt auprès de luy ung ancien homme de vénérable stature. — Il « congneut a l'ouyr parler que c'estoyt son amy Jule Caesar, lequel il ce avoit semblablement rencontré, n'avoit troys moys, en son parc de « Sainct Germain en Laye. »

De ce moment la conversation s'engage sur les campagnes de Jules César.

Les compositions de Godefroy, presque toutes signées d'un G et datées de 1519, se trouvent aux feuillets 2 v., 3 v., 4 V., ^ v., 7 v., 9v., 20 r., 22 v., 28 r., 33 v., 34 v., 36 V., 37 v., 43 r., 46 v., 48 V., 59 V., 62 v., 78 V., 90 r.

Les médailles, imitées de l'antique, sont admirablement exécutées en or sur fond bleu, avec un travail de sépia qui exprime délicatement le modelé. Elles se voient aux feuillets 6 v., 8 r., 9 v., 10 v., 1 1 r . 1 1 v., 12 r., 12 V., 13 r., 13 V.

Des machines de guerre, copiées sur d'autres dessins, et par conséquent manquant de cette vie que reçoit l'imitation de la réalité, remplissent les pages des feuillets 39 r. et v., 40 r. et v., 41 r., 91 r. et V., 92 r. et v., 93 r. et v., 94 r.

Les portraits, enfin, se trouvent aux feuillets que je vais indiquer. Je n'ajouterai rien à ce que j'ai dit de leur perfection en général, me réservant de commenter les indications fournies par le manuscrit lui-même. Ces portraits, comme on pouvait s'y attendre, et comme le prouve particulièrement le feuillet 52, sont des copies d'originaux plus anciens que la date du manuscrit. Peints en miniatures , ils sont circonscrits dans trois cercles noir et or; le médaillon a cinquante-deux millimètres de diamètre, la miniature en a quarante.

Feuillet XXV verso : Quintus Pedius. Tel est l'intitulé du scribe, mais une main différente a écrit en marge et en caractères cursifs : Le

Iconographie. 213

grand maistre de Boissy, âgé de 41 ans. Je suis disposé à voir dans ces annotations marginales la main de l'auteur plutôt que celle de l'artiste. Ce portrait est pris de trois quarts, tourné à gauche, coiffé de la toque, les cheveux en bourse, un collier d'ordre autour du col, la figure calme, le regard fin.

Feuillet XXXV recto : Le Fiable Divitiacus Dautun. L'admirai de Boissy, seigneur de Bonivet, âgé de 34 ^«5. Portrait de trois-quarts, tourné à droite.

Feuillet XXXVI : Quintus Titurius Sabinus. Odet de Foues , sieur de Lautrec, âgé de 4! ans. Portrait de trois-quarts, tourné à gauche.

Feuillet XLII : Iccius. Le mareschal de Chabanes , seigneur de la Palice, âgé de 57 ans. Portrait de trois-quarts, tourné à gauche, le regard un peu élevé.

Feuillet LU : Lucius Aruculeius Cotta. Anne de Montmorency, âgé de 22 ans, et depuis connestable de France.

Feuillet LXXIII : Publius Sextius Baculus. Le mareschal de Fleuranges, filz de Robert de la Marche, premier seigneur de Sedan, âgé de 24 ans. Portrait de trois-quarts, tourné à gauche.

Feuillet LXXXVI verso : Publius Crassus. Le sieur de Tournon quy fut tué à la bataille de Pavie, âgé de '^6 ans. Portrait de trois-quarts, tourné à gauche.

On lit au verso du quatre-vingt-neuvième feuillet : « Ainsi fina Caesar « sa parolle et tantost se disparut. La clère Diane qui cognoissoit les « passages de la fourest de Bièvre et de tous temps scavoyt et entendoit « les droiz de la chasse, remonta à cheval et si droictement mena le 11 Roy, lequel avoit perdu les chiens, que en peu d'heures auprès de i< Fontainebleau, i! les vyt myeulx chasser que d'avant. Et se trouva le « premyer à la mort du cerf, mais il n'avoyt avec luy que le gentil « Arbault et la belle Greffière, car Diane et Aurora l'auoient lessé et « s'an estoient alleez. »

Ces deux chiens sont en effet représentés sur la miniature ; ils attaquent le cerf pendant que le roi s'apprête à le daguer.

Ce volume, composé de 98 feuillets, a été relié en maroquin noir qui a roussi, et il porte, imprimé dans le cuir, les mots : Tomus secundus. On l'a placé dans le supplément français sous le n» 1328. Voici son histoire, telle qu'elle circule parmi les habitués de la Bibliothèque impé-

214 Troisième Partie.

riale. M. Van-Praët parut un jour au Conservatoire avec un air joyeux; il avait ce délicieux manuscrit dans les mains, et il annonça qu'il venait de l'acquérir pour la Bibliothèque au prix de 1,200 fr. Il s'attendait à exciter la joie de ses collègues, à provoquer leurs remerciements; loin de là : on se récria et sur cette manière d'acquérir sans autorisation et sur le prix de cette acquisition. M. Van-Praët s'empressa de calmer les scrupules de ces rigides administrateurs et de mettre fin à la discussion pénible qui s'élevait, en déclarant que c'était pour lui et non pas pour la Bibliothèque que cette acquisition était faite; puis, la séance levée, il court chez ses amis les frères Debure et leur raconte, le cœur gonflé, sa mésaventure. Ceux-ci comprenaient trop bien les regrets de Van-Praët pour chercher à les calmer; mais ils savaient aussi qu'il n'était pas assez riche pour garder ce manuscrit, et ils achetèrent au prix coûtant, pour leur petite collection, cette charmante production de l'art français, toute meurtrie encore de la réception que venait de lui faire la grande collection dite nationale. Des années et des années avaient passé sur cet acte étrange, quand, en 1852, on apporta un léger paquet à M. Naudet, en lui disant que M. Debure avait ordonné, par ses volontés dernières, que e manuscrit, orné des peintures de Godefroy, acheté pour la Bibliothèque et repoussé par elle, lui fût restitué comme lui a, partenant.

On ne sait ce qu'on doit le plus admirer, dans cette clause testamentaire du célèbre libraire, de la finesse de son ironie, ou de la noblesse de son procédé. Sans s'attacher beaucoup à éclaircir ce point, le Conservatoire de la Bibliothèque impériale accueillit l'enfant prodigue et l'enregistra dans le supplément français. Seulement, par un reste de rancune, il le mit sous le boisseau de la réserve ; c'est une manière d'empêcher qu'on ne le voie avec cette facilité qui favorise les études, sous la protection de cette libéralité qui était un de nos titres d'honneur vis-à-vis de l'étranger, et que l'administration aurait dû nous maintenir au prix même des dérangements qu'elle lui imposait.

Troisième volume. — Bibîiothlque de S. A. R. le duc d'Aumale, à Twickenham pris de Londres. Ancienne reliure portant ce titre : Casaris liber tertius.

Le texte commence ainsi :

« Le vingt-septiesme jour de féburier, mil cinq cens XX : Le Roy « estant en son parc de Congnac, voyant par l'indisposition du temps

Iconographie. 215

K( les triumphes de son entrée estre destourbez, se retira en la maison du « dedalus ayant avec lui monsieur l'Admirai et le jeune et saige sieur de « la Rochepot. A l'entrée de la salle basse il va sentir et ouyr ung si « horrible vent qu'il sembloit quam spiritu vehementi les grands arbres « cheussent à terre, comme le vendredy neufiesme iour de mars mil « V'^'^XX autour de Paris, en plusieurs places. » Le résultat de tout ce bruit est l'apparition de Jules César. François I'"' le questionne sur ce qu'il fit après avoir pacifié la Gaule. « Caesar respond : Je vous dis que « après plusieurs victoires par moy obtenues, si grant opinion et re- « nommée fut de moy raportée aux gens barbares, que par les nations « qui sont oultre le Ryn me furent envoyez embassadeurs lesquels a nom « des cités me prometoyent bailler oustaiges et obéyr à mes comman- « démens. Mais pour ce que iavoys haste de m'en aller ie leur dis qu'ils « retournassent vers moi en la saison d'esté. Puys après menay mes « légions pour hyverner en pays de Touraine et en la duché de Madame « vostre mère. Et ce fait ie m'en allay en Ytalie. »

Ce volume est orné de deux cartes : Tune, celle de l'Aquitaine, est placée au commencement ; l'autre, celle de la Bretagne, se trouve à la fin du volume, qui compte en outre douze grandes miniatures. Le roi , en habit de chasse, y figure continuellement. L'exécution est aussi soignée, le style des peintures du même genre que dans les deux premiers volumes. Toutes les miniatures et les cartes sont signées d'un G et quelquefois datées de l'année 1 520. Au folio LU, le nom du peintre est écrit en toutes lettres : Godefroy.

L'ancien propriétaire de ce beau manuscrit m'écrit : « Je ne puis vous fournir aucun renseignement intéressant sur le manuscrit des Commenraires de César. Il m'a été donné, sans qu'on y attachât la moindre importance, par un habitant de Tours, qui n'avait pas de livres, et qui l'a gardé pendant quarante ans au moins dans son armoire. Vous dire comment il lui était venu me serait d'autant plus difficile que depuis longtemps cette personne est morte. Ce volume m'avait été remis dans un bien mauvais état. J'ai chargé Duru de refaire le dos de la reliure en respectant les plats , qui appartiennent à la reliure primitive du XVI^ siècle. Une petite gravure, qui semblait être une nielle, mais qu'on a reconnue appartenir à l'œuvre d'Etienne de Laulne, graveur d'Orléans, se trouvait en tête. »

2i6 Troisième Partie.

Obligé, en 1850, par des circonstances qu'il est inutile de rapporter, bien qu'elles soient à son honneur, de se défaire de ce précieux volume, son propriétaire l'envoya à Paris en commission chez M. Techener. Il en voulait 2,000 fr., et la première personne à laquelle le libraire l'offrit fut la Bibliothèque nationale. Le Conservatoire de ce grand établissement ne trouva pas cette somme dans son crédit annuel de 80,000 fr., et il recommença l'ancienne plaisanterie qui avait temporairement exilé le second volume. Malheureusement il ne se rencontre pas tous les jours, pour réparer ses erreurs, des libraires généreux comme M. Debure, ou qui peuvent être généreux comme lui, et M. Techener, qui se trouva plus riche que notre riche dépôt de livres pour acheter ce manuscrit, ne l'était pas assez pour lui en faire un cadeau. Il l'annonça dans le Bulletin du Bibliophile de l'année 1850, sous le no 1222 , au prix de 3,000 fr. Pendant toute une année, les artistes et les curieux (j'étais au nombre de ceux-ci) eurent la faculté de l'examiner à loisir et de déplorer la venue des libraires anglais qui menaçaient à chaque instant de nous l'enlever. Enfin monseigneur le duc d'Aumale le réunit à ses trésors d'imprimés et de manuscrits, et, quoique en Angleterre, on peut affirmer qu'il appartient désormais à la France. Peut-être même que l'exemple de M. Debure sera imité quelque jour, et que ce troisième volume viendra rejoindre le second sur les casiers de notre magnifique département des manuscrits, en attendant qu'une heureuse négociation, entamée avec le Musée Britannique, permette, au moyen d'échanges, de compléter l'on vrage entier.

Le talent facile de Godefroy a dû être fécond, et il se rencontrera de ses ouvrages dans plusieurs collections. La Bibliothèque de l'Arsenal en possède un, les Triomphes de Pétrarque, qui semble, à l'abondance de la composition, à l'exagération des défauts, au relâchement dans l'exécution, une œuvre postérieure aux Commentaires de César, et , soit que l'artiste ait fait le voyage de l'Italie, soit qu'il s'inspirât, pour interpréter les idées du poète, des productions italiennes, il est certain qu'il est moins français dans les peintures de ce manuscrit que dans les autres. Il est plus consommé aussi dans l'art de la composition , ses plans s'échelonnent mieux, ses groupes se coordonnent d'une manière plus intelligible, il a enfin des inspirations ou des ressources toutes nouvelles, telles, par exemple, que celle de couper à mi-corps, par un mouvement

Iconographie. 217

du terrain, les figures du premier plan, ce qui lui permet de leur conserver de fortes proportions sans obstruer tout son tableau.

Je décrirai brièvement ce manuscrit. C'est un petit volume in-8° de 1 24 feuillets (non compris les gardes), de fine peau de vélin.

11 a environ 10 centimètres de hauteur sur 8 de largeur. On l'a fait relier, au dernier siècle, en maroquin citron, et il porte aujourd'hui le no 24 bis de la réserve,

c( Scnsuyt le premier des six triomphes de très cler et très prestant poète messire Francisque Pétrarque : qui est le triumphe d'Amour et contient quatre chapitres.

Chapitre l"'. Une miniature peinte sur les pages 2 et 3, qui se font face. Elle représente ce triomphe d'amour avec assez de désordre et des détails un peu licencieux. Le G se remarque sur le terrain du premier plan, au milieu de la composition.

Page 1