In-fol., p. 14 de la préface non chiffrée
par les exemples des illustres de ma profession. . . Ce n'est point non plus l'exemple de ceux de ma famille qui ont donné des ouvrages au public : Geofroy Tory, professeur en l'Université de Paris, et marchand imprimeur-libraire en la même ville , qui étoit si fécond, que, pour donner un livre qui enseignât le compas et la proportion de ces belles lettres romaines dont nous nous servons présentement dans l'imprimerie, il n'a pu s'empêcher d'en faire un livre rempli d'érudition, qui a été suivi de quantité d'autres de doctrine, qui sont si connus qu'il n'est pas besoin d'en faire icy un inventaire, outre que M. de la Thaumassière luy donne un chapitre entier dans notre histoire... »
On voit bien par ce passage que Toubeau tenait à Tory, mais on ne voit pas à quel titre, et la Thaumassière n'a pas dit un mot de ce dernier dans son Histoire du Berry, imprimée quelques années après par François Toubeau, fils de Jean, malgré les promesses qu'il paraît avoir faites à ce dernier, qui s'était déchargé sur lui du soin de faire connaître cet illustre Berrichon.
Le seul auteur qui puisse nous aider un peu dans notre recherche est Moréri, qui, dans l'article de son grand Dictionnaire historique consacré à Jean Toubeau, dit cet imprimeur arrièrepetit-petit-fds de Tory du côté maternel. Cette indication doit être exacte, et l'article semble fait sur des renseignements fournis par la famille Toubeau ; mais tout ce qu'on en peut conclure, c'est que Toubeau était descendant au quatrième degré de Tory. Descendait-il d'un fils ou d'une fille même de Geofroy, c'est ce qu'il m'a été impossible de découvrir. Pour éclaircir ce fait, j'ai écrit à M. Auguste Toubeau, juge au tribunal civil de Bourges; voici la réponse qu'il m'a faite le $ mars 1S56 : « J'aurais désiré vous donner les renseignements que vous me demandez sur Tory... Mais je ne possède aucuns titres ni papiers domestiques qui établissent son alliance avec Jean et Hilaire Toubeau. J'ignore par quel lien ces derniers tenaient à Tory, et je ne l'ai su que par la mention qu'en fait Moréri... « Privé des documents de famille.
368 Appendice.
j'ai fait de vains efforts pour arriver à établir la parenté des Toubeau avec Tory. Dans l'impossibilité d'arriver à un résultat certain, j'ai abandonné cette recherche, qui ne touche en rien l'histoire de notre illustre typographe. Les Toubeau seuls sont intéressés à la solution de cette question; je leur laisse le soin de prouver leur parenté,
Post-scriptum. — On peut croire que Bonaventure Torinus, libraire de Bourges, qui fit imprimer dans cette ville, en 1595, chez la veuve de Nicolas Levez, l'Epiîomejuris civilis, d'un auteur inconnu, et Julii Pauli receptarum sententiarum libri K', était le fils de Tory, car il écrivait en latin son nom de la même manière que celui-ci; mais est-ce d'une fille de Tory ou d'une fille de ce Bonaventure que descendait Toubeau ? c'est ce qu'il m'est impossible de dire. L'époque tardive où nous voyons figurer ce Bonaventure me porte à croire que Tory ne lui avait donné le jour qu'à un âge fort avancé. En effet, si nous rapprochons les dates, nous trouvons que ce fils de Tory ne pouvait être venu au monde avant 1550, car, en partant de cette année, il aurait déjà eu soixante -cinq ans en 159$, date de l'impression de son Epitome juris, et rien ne prouve qu'il soit mort bientôt après. Pour moi, je pense que cet enfant n'est venu au monde qu'après la publication du Champ fleury, et que le prénom qu'il portait faisait allusion
I. In-i2. On lit sur tous deux, à la première page : « Biturigis, apud Bonaventuram Thorinum, sub signo Anchorae, vico Maiore, 1 59 j . » Et à la fin : « Excusus fuit hic liber typis viduae Nicolai Levez, Avarici Biturigum , juxta scholas utriusque juris.» (Bibliothèque impériale, F. 3521-1). Le premier porte seul un privilège (daté du 29 août 1 595). L'éditeur y est appelé en français Thorin, traduction naturelle du nom latin qu'on trouve dans l'avis au lecteur, où on lit quatre fois Torinus et une fois seulement Thorinus , ce qui vient confiimer mon hypothèse relativement à la descendance de ce libraire de Bourges. On a vu, en effet , que Tory écrivait son nom en latin Torinus. Je ne dois pas cacher une objection qui m'a été faite à ce sujet par un de mes amis de Bourges, c'est que notre personnage est appelé Bonjvcniure Thorin dans un livre de tailles pour l'an 1588. Mais on sait combien l'orthographe des noms était irrégulière autrefois.
APE'ENDICE. 369
à sa naissance tardive ' . On comprend alors pourquoi Bonaventure n'hérita pas de l'atelier paternel ; il n'avait que deux ou trois ans à la mort de Geofroy, et ne pouvait songer à le remplacer : ce soin incomba donc aux élèves de ce dernier, quels qu'ils fussent. Quant à Bonaventure, les traditions de famille le ramenèrent naturellement à Bourges , et la profession qu'il adopta le rapprochait encore de son père.
VERS EN l'honneur DE GEOFROY TORY IMPRIMÉS EN TÊTE DE LA GRAMMAIRE DE PALSGRAVE^.
Ejusdem [Leonardi] Coxi ad eruditum virumGefridumTROY ? de Burges4 Gallum, Campi tloridi authorem, quemillesua lingua Champ fleury vocat, nomine omnium Anglorum, phaleutium.
Campe quod loties, Gefride docte, In florente tue cupisti habemus.
Nam sub legibus hic bene approbatis Sermo gallicus ecce perdocetur.
Non rem grammaticam Palaemon ante
1. Le fils de Tory aurait-il eu pour parrain Bonaventure des Perriers, qui se suicida en 1 544, afin de se soustraire à un procès pour cause de religion?
2. Ce livre, qui porte un titre français, Lesclarcissement de la langue française, quoique écrit en anglais et pour les Anglais, fut imprimé à Londres peu de temps après la publication du Champ fleury de Tory. M. Génin en a donné une seconde édition en i8j2 (Paris, Imprimerie nationale, in-^»}.
}. Lisez Tory : il y a ici transposition de lettres.
4. Lisez Bourges. L'erreur provient de ce que les imprimeurs de Londres connaissaient beaucoup mieux Bruges, où Caxton, leur premier maître, avait résidé longtemps, avant d'importer la typographie en Angleterre, que la ville de Bourges en Berry. (Voyez mon livre sur l'Origine de l'imprimerie, t. II, p. 347 et suiv.)
370 Appendice.
Tractarat melius suis latinis, Quotquot floruerant ve posterorum, Nec Graecis ' melius putato Gazam Instruxisse suos libris politis, Seu quotquot praetioï prius fuere, Quam nunc gallica iste noster tradit.
Est doctus, facilis, brevisque quantum Res permittit, et inde nos ovamus, Campo quod toties, Gefride docte, In florente tuo cupisti, habentes.
Observations sur la pièce précédente.
Les nombreuses fautes de tous genres qui déparent le livre, d'ailleurs fort intéressant, de Palsgrave (et dont les quelques lignes qui précèdent nous offrent divers spécimens), auraient dû rabattre un peu la vanité nationale de ce dernier, qui ne cesse de déclamer contre l'ignorance des imprimeurs français dans tout le cours de son gros volume. Il aurait dû se rappeler, en tout cas, que la typographie anglaise était la très-humble fille de la typographie française, qui avait formé non -seulement le premier artiste de l'Angleterre (Caxton), mais encore lui avait donné les deux plus célèbres de ses successeurs (Wynkyn de Worde et Pinson), le dernier desquels imprima même une partie du livre de Palsgrave.
Un moderne Anglais, David Baker, est allé plus loin encore que Palsgrave ; en parlant de la grammaire de ce dernier, il dit « que la nation française, aujourd'hui si orgueilleuse de l'universalité de sa langue, paraît en avoir l'obligation à l'Angleterre. » A quoi M. Génin répond : <( Baker raisonne à rebours. La langue française n'est pas devenue universelle parce qu'il a plu à l'Anglais