‹ Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royalChapitre 21 sur 141 · Champ fleury, fol. 12 rt- et v · texte numérisé non relu

Champ fleury, fol. 12 rt- et v

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Babou, comme la plupart de ses autres livres, ne fut publié que le i5 février i523 (1524 nouveau style).

On trouve dans cet opuscule, qui forme deux feuilles in-4°, des détails très -intéressants sur la vie de Tory. On y apprend, par exemple, qu'il avait initié sa fille Agnès, quoique bien jeune, à la langue latine et aux beaux-arts :

Imbutam ausonia cupiens me reddere lingua

Artibus et pariter me decorare bonis , Nocte dieque docens pater ut charissimus , ipse

Fundamenta mihi dulcia et ampla dabat.

Plus loin, il fait ainsi parler cette dernière, du fond de l'urne où elle est censée reposer :

MONITOR

Hanc tibi quis struxit gemmis insignibus urnam ?

AGNES

Quis? Meus in tali nobilis arte pater.

MONITOR

Excellens certe est figulus genitor tuus.

AGNES

Artes Quottidie tractât sedulus ingenuas.

MONITOR

An ne etiam scribit modulos etcarmina?

AGNES

Scribit.

Dulcibus et verbis hase mea fata beat.

MONITOR

[psius est nimirum tiominis solertia mira .''

AGNES

Tarn celebrem regio vix tulit ulla virum.

i8 Première Partie.

Nous apprenons là que Tory était non -seulement un érudit, ce que nous savions déjà, mais encore un artiste de grand mérite. Qui sait? nous avions peut-être en lui l'étoffe d'un Benvenuto Gellini. A quoi a-t-il tenu qu'il se produisît comme tel ? A peu de chose peut-être, à la rencontre d'un riche Mécène. Voici ce qu'on lit, en effet, dans une autre pièce de vers du même recueil :

VIATOR

Mecenate aliquo certe dignissimus ille est.

GENIUS

Mecenas franco rarus in orbe viget.

Nemo hodie ingenuas donis conformibus artes • •

Aut fovet, aut ulla sorte fovere parât. Non est in pretio probitas, nec candida virtus.

Infelix adeo régnât Avaricia.

Fraus, dolus et vitium praestant; virtutibus omne

Postpositis miserum serpit ubique nephas.

VIATOR

Quid facit ille igitur Musis excultus amœnis ?

GENIUS

In propria gaudet vivere posse domo.

VIATOR

Ad reges alacri deberet tendere passu.

GENIUS

Non curât, quoniam libéra corda gerit.

Isti nonnunquam gaudent spectare potentes

Carmina , sed quid tum ? nictibus illa béant. Deberent gemmis auroque rependere puro

Aurea de superis carmina ducta polis.

Sed potius fatuis, nebulonibus atque prophanis

Contribuunt stulti grandia dona levés.

Hélas! cette peinture des vices de la société n'est pas particulière au seizième siècle. Le monde est bien vieux,

Biographie. 19

et il ne change guère. Si Tory vivait de nos jours, peutêtre noircirait-il encore davantage sa palette; car enfin, de son temps, il fut apprécié, et peut-être aujourd'hui mourrait-il de faim. 11 n'aimait pas , comme on voit, à faire le pied de grue chez les grands, et vivait en paix chez lui; mais les honneurs vinrent l'y chercher. Malheureusement, ce fut un peu tard, comme on verra.

A la fin du poëme se trouve la gravure que nous donnons ici , et où on voit paraître pour la première fois le fameux pot cassé que Tory adopta dès lors comme marque de sa librairie, et la devise non pins, qui remplaça désormais pour lui le mot civis.

20 Première Partie.

Tory a donné plus tard, dans le Champ flcury, une explication fort embrouillée de son pot cassé, s'etîorçant de le rattacher aux événements de la vie générale; mais tout porte à croire qu'il dut son origine à la mort même d'Agnès. Ce vase antique brisé représente la fille de Tory, dont la carrière fut brisée par le destin à l'âge de dix ans. Le livre fermé à cadenas rappelle les études littéraires d'Agnès; la petite figure ailée placée dans les nuages, c'est son âme s'envolant au ciel. La devise non plus rappelle le chagrin extrême de Tory, qui semble dire : « Je ne tiens plus à rien : :» ou , plus laconiquement : « Rien ne m'est plus, y> à l'exemple de Valentine de Milan se trouvant dans une situation analogue i .

Heureusement, le temps, qui amortit tous les chagrins, même ceux qui paraissaient devoir être éternels , vint calmer celui de Tory. Avant que son poëme funèbre eût vu le jour, il était retourné à ses chères études, et elles avaient ramené le calme dans son esprit. C'est ce que démontre le passage suivant de son Champ fleury, où il nous raconte comment lui vint l'idée de ce livre curieux, le 6 janvier i523, ou mieux 1524, suivant notre manière de supputer le temps, c'est-à-dire dix-huit mois après la perte de sa fille. Nous sommes heureux de retrouver là le patriote berrichon qui avait pris pour devise le mot civis.

(c 2 Le matin du iour de la feste aux Roys, » dit-il, «que Ion comptoit m.d.xxiii, me prins a fantasier en mon lict, et mouvoir la roue de ma mémoire, pensant a mille petites fantasies, tant sérieuses que ioyeuses, entre lesquelles me souvint de quelque lettre antique que iavoys nagueres faicte pour la maison de mon seigneur le trésorier des

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