‹ Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royalChapitre 24 sur 141 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

24 Première Partie.

dère comme le tj^Q du beau , et il se sert admirablement de la gravure sur bois pour expliquer sa pensée. Au surplus, si Tory se trompe, il faut reconnaître qu'il ne l'a pas fait à la légère. Je crois même qu'il eut pour complice son ami Perreal, auquel on peut attribuer la majeure partie des dessins des bois qui figurent dans le deuxième livre, à en juger par celui du troisième, qui lui est formellement attribué par Tor)', comme nous le verrons plus loin. Quoi qu'il en soit , Tory paraît avoir longuement étudié son sujet, non-seulement sur les monuments antiques , mais encore sur les monuments modernes , et dans les auteurs contemporains qui s'étaient occupés de la forme des lettres. Voici de quelle manière il juge ces derniers :

Frère Lucas Paciol , du bourg Sainct Sepulchre, de lordre des reres mineurs et théologien , qui a faict en vulgar italien ung livre intitule Divina proportione i , et quia volu figurer lesdictes lettres attiques , nen a point aussi parle ne baille raison; et ie ne men esbahis point , car iay entendu par aulcuns Italiens quil a desrobe sesdictes lettres, et prinses de feu inessire Léonard Vince, qui est trespasse a Amboise, et estoit tresexcellent philosophe et admirable painctre, et quasi ung aultre Archimedes. Ce dict frère Lucas a faict imprimer ses lettres attiques comme siennes. De vray , elles peuvent bien estre a luy, car il ne les a pas faictes en leur deue proportion , comme ie monstreray cy après au renc desdictes lettres. Sigismunde Fante , noble Ferrarien , qui enseigne escripre maintes sortes de lettres, nen baille aussi point de raison 2. Pareillement ne faict messere Ludovico Vincentino 5. le ne

1. In-fol. (Venise, 1509;, avec 62 planches gravées sur bois.

2. Dans son livre intitulé : Thesauro de' scrittori [Champ fleury, fol. 3jr°). Je n'ai pas vu ce livre, mais bien Theorica et pratica... de modo scribendi fabricandique omnes litterarum species. (Venise, in-4", i^" décembre 1524.) L'ouvrage est divisé en quatre livres ; on y voit des gravures assez semblables à celles du Champ fleury. M. Brunetcite de lui : Liber elementorum litterarum (Venise, 1514, in-40), qui aurait servi de base au Thesauro de' scrittori, publié par Ugo da Carpi.

5. Je ne connais pas l'ouvrage de ce dernier; mais je pense qu'il s'agit ici du

Biographie. 25

scay si Albert Durer en baille bonne raison ' , mais loutesfois si a il erre en la deue proportion des figures de beaucoup de lettres de

son livre de Perspective- le ne vis onc homme qui les feist ne

entendis! myeulx que maistre Simon Hayeneufve, aultrement dict maistre Simon du Mans. Il les faict si bien et de proportion compétente, quil en contente loeuil aussi bien et myeulx que maistre italien qui soit decza ne delà les nions. Il est très excellent en ordonnance darchitecture antique, comme on peult veoir en mille beaulx et bons deseings et pourtraictz quil a faitz en la noble cite du Mans et a maintz estrangiers. Il est digne du quel on face bonne mémoire tant pour son honneste vie que pour sa noble science. Et pour ce, ne faignons de consecrer et dédier son nom a immortalité, en le disant estre ung segond Vitruve, sainct homme et bon crestien. lescrips cecy voluntiers pour les vertus et grans biens que iay ouy reciter de luy par plusieurs grans et moyens hommes de bien et vrayz amateurs de toutes bonnes choses et honnestes 3.

La façon élogieuse dont Tory parle ici et ailleurs 4 de Simon Haieneuve a fait penser à M. Renouvier! que notre artiste pourrait bien avoir appris l'artdedessiner les lettres

livre décrit ainsi dans le catalogue Libri de 1859 : « La Operina da imparare di scrivere littera cancellarescha. Roma, par invenzione dl Lodovico Vicentino, in-4" (1523). » Quant à la différence d'orthographe da nom propre de l'auteur de ce livre, que Tory appelle Vincentino, elle peut se justifier, car nous voyons dans le catalogue Libri de 1857 : « Ragola da imparare scrivere varii caratteri di lettere , di L. Vincendno. Venetia, Zoppino, 1533, in-40. »

J'ai vu aussi mentionné un ouvrage du même genre intitulé : « Régula occulte scribendi seu componendi cipharam itaque nemo litteras interpretari possit communes omnibus, inventa et composita a domino Jacobo Silvestro sive Florentine. (In-40, Rome, 1526.) »

1 . Le doute exprimé par Tory provient de ce qu'il n'avait pu lire le texte de l'ouvrage de Durer, publié en allemand en 1525. La traduction ladne ne fut publiée qu'en 1532, et la française encore plus tard.

Page 1