‹ Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royalChapitre 33 sur 141 · Première Partie · texte numérisé non relu

Première Partie

La première série, celle qui est suspendue à la première arabesque, nous offre un compas, une règle, une équerre : ce sont là les instruments fondamentaux de l'art et de la géométrie. A la seconde arabesque , si je ne me trompe, on trouve une échoppe et un burin, instruments du graveur; à la troisième, une écritoire (ou galimart), un crayon et un canif au-dessus d'un livre : ce sont les instruments du calligraphe et du dessinateur. A la quatrième, on voit un objet que je crois être une petite boîte de couleurs , suspendue à un étui à pinceaux : ceci appartient au peintre. Tory fut , en effet , dessinateur , peintre et graveur.

J'ai dit précédemment que Tory avait probablement été initié dans l'art du dessin par le célèbre Jean Perreal. Il était lié, en effet, de la plus étroite amitié avec cet artiste, qui dessina plusieurs des vignettes du Champ fleary, si l'on en juge par celle qui lui est positivement attribuée, et qui est imprimée au folio 46 verso. Geofroy nous apprend que cette planche, assez insignifiante par elle-même (elle représente deux cercles dans lesquels sont figurées , d'après le corps humain, les lettres I et K), a été gravée d'après le

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dessin de son ami , « après celle que ung myen seigneur et bon amy, lehan Perreal, autrement dict lehan de Paris, varlet de chambre et excellent paintre des roys Charles huitiesme, Loys douziesme et François premier de ce nom, ma communiquée et baillée moulte bien pourtraicte de sa main. ->■> Or cette figure est tout à fait semblable à celles qu'on voit dans le second livre du Champ fleury, et diffère complètement par la forme et le sujet de celles du troisième, où Tory l'a placée. Sans doute Perreal était mort durant l'impression de cet ouvrage; et Tory, qui n'avait pas songé à le nommer de son vivant, pour les premiers dessins, s'empressa de le faire après sa mort, en publiant la dernière relique en ce genre qui lui restât de son ami , quoiqu'elle ne cadrât pas parfaitement avec le sujet : ce fut comme une fleur jetée sur la tombe du défunt '.

Nous donnons aussi ce dessin comme la seule œuvre qu'on puisse avec certitude attribuer à Jean Perreal, et comme un spécimen des gravures qui servent de base à la

I . Cet éminent artiste, qui n'a point d'article dans la Biographie universelle, et qui n'est pas même mentionné dans les desiderata de la Notice des tableaux du Louvre de l'école française , publiée par M. Villot, n'est mort que vers 1528, si mon appréciation est exacte. On peut, en effet, constater son existence jusqu'en 1522 avec les documents publiés par M. de Laborde dans son livre sur la Renaissance. Je possédais naguère encoie de Perreal une lettre originale qui le montre plein de vigueur en 1 5 1 1. Cette lettre, dont j'ai fait cadeau à M. Alexandre Sirand, juge à Bourg, a été publiée par lui dans ses Courses archéologiques, t. III, p. 5, à propos de l'église de Brou, dont Perreal s'occupa beaucoup. La lettre dont je viens de parler est du 1 5 novembre (i 5 1')) ^^ ^^^ adressée à Marguerite d'Autriche (veuve du duc de Savoie), à laquelle Perreal offre ses services pour la direction des travaux. Cette princesse agréa sa proposition, comme on le voit par sa réponse de février 151 1 (15 12 nouveau style), portant : « Puisque « Jehan Le Maire nous alaysse, nous [ne] voulons avoir autre contreroleur

« en nos édifices de Brou que vous-mesme » (Voyez l'ouvrage cité plus

haut.)

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réforme des caractères romains proposée par Tory dans le second livre de son Champ fleury.

Biographie. 39

D'après ce que je viens de dire , on voit que le livre de Tory demanda plusieurs années de travail. On n'en est pas surpris quand on considère le grand nombre de gravures qu'il renferme. Mais même sans parler des gravures, on comprend qu'un ouvrage qui demandait tant d'observations exigeait de grandes pertes de temps. Commencé, ainsi que nous l'avons vu, en i523 (i524 nouveau style), il ne fut complètement terminé qu'en iSag, c'est-à-dire au bout de six ans de labeur. Toutefois, Tory ne voulut pas que ce temps fût perdu pour Part. Désirant prêcher d'exemple encore plus que de paroles, il résolut de publier, en attendant, des livres où il donnerait carrière à son goût artistique. Il fît, en effet, imprimer des Heures d'une exécution admirable, et qui, quoique d'une forme différente, peuvent être comparées à celles de Simon Vostre, lequel s'était acquis une si grande réputation dans cette spécialité typographique. Tory reçut pour cela de François I"" un privilège de six ans , daté d'Avignon , le 2 3 septembre 1524 I.

Ce privilège ^ nous apprend que Tory avait fait et fait faire « certaines histoires et vignettes a lantique et pareillement unes autres a la moderne, pour icelles faire imprimer et servir a plusieurs usages dheures, » et que pour cela il avait (c vacqué certain long temps et faict plusieurs grans fraiz, mises et despens. «

Le premier livre de ce genre qu'il ait publié , à ma connaissance, est une édition in-4° des Heures de la Vierge selon l'usage de Rome, en latin. C'est un magnifique volume imprimé par Simon de Colines , avec des encadrements et des sujets à l'antique d'un goût et d'une exécu-

1. La Caille, Hist. de l'Imprimerie, p. 98, a imprimé par erreur 28 septembre 1 584.

2. Voyez-en un extrait dans la 2^ partie, Bibliographie, § 2, n» 1*^.

^0 Première Partie.

tion de gravure parfaits. Ce livre fut sans doute imprimé de compte à demi entre Tor}' et Colines, car on en connaît des exemplaires au nom de l'un et de l'autre. Ceux au nom de Colines portent sur le titre la date de 024, et à la fin celle du 17 des calendes de février (16 janvier) i525; ceux au nom de Tory (il y en a de deux sortes) ne portent qu'une date à la fin : i525. Je parlerai de ce livre plus loin en détail ' .

Deux ans après , Tony' publia une nouvelle édition de ces Heures en un volume petit in-8°, imprimé encore chez Simon de Colines, en caractères romains, avec des encadrements et des sujets du même genre , mais beaucoup plus petits 2. Le livre fut achevé le 21 octobre 1527. Il est précédé d'un nouveau privilège de François P'' qui étend à dix ans les droits de Tory, non-seulement pour ce livre, mais encore pour le précédent, « pour aucunes histoires et vignettes a lantique par luy cy devant faict imprimer, » et en considération des grands frais que lui avaient occasionnés ses gravures. Ce privilège est daté de Chenonceaux, le 5 septembre i526, et comprend le Champ fleury, dont l'impression était commencée , mais qui toutefois n'avait pas reçu ce titre poétique , car il est encore indiqué sous celui de : « Lart et science de la deue et vraye proportion des lettres. y>

La même année, Tory fit exécuter chez Simon Dubois (Silvius) une édition in-4° de ces mêmes Heures, suivant l'usage de Paris. Ce livre, où l'on trouve encore le privilège du 5 septembre i526, est imprimé en caractères gothiques , avec des encadrements et des sujets d'un goût particulier, dit à la moderne. Les cadres sont des arabesques

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