Champ fleury, fol. 7} r
4. Plusieurs bibliographes, trompés sans doute par la date du privilège, mentionnent une édition du Champ fleury de 1526; mais elle n'existe pas. Il en a
42 Première Partie.
de la souscription finale, c'est-à-dire qu'il demanda près de six ans de travail. Voici le titre exact qu'il porte sur la première édition :
CHAMP FLEVRY, Au quel est contenu Lart et Science delà deue et vraye Proportion des Lettres Attiques, quon dit autrement Lettres Antiques, et vulgairement Lettres Romaines, proportionnées selon le Corps et Visage humain. — Ce Livre est Privilégie pour Dix Ans Par Le Roy notre Sire , et est a vendre a Paris sus Petit Pont a Lenseigne du Pot Casse par Maistre Geofroy Tory de Bourges, Libraire, et Autheur du dict Livre. Et par Giles Gourmont aussi Libraire demourant en la Rue saint laques a Lenseigne des Trois Couronnes.
On est heureux de voir figurer là le nom du premier imprimeur en caractères grecs de Paris, C'est Gourmont lui-même qui a imprimé ce livre savant, oti on trouve des détails très-curieux sur les lettres des alphabets hébreu , grec et latin , dont il offre des modèles qui n'ont pas varié depuis I. L'atelier de Gilles de Gourmont était rue Saint- Jean-de-Latran; mais on voit qu'il avait en iSap un magasin de librairie rue Saint-Jacques , à l'enseigne des Trois-Couronnes , faisant allusion sans doute aux trois roses qui décoraient le chef de son écu. Ce magasin touchait à l'église Saint-Benoît, au nord 2.
Quant à Torv, on voit qu'il demeurait alors sur le Petit- Pont, « joignant IHostel-Dieu. » C'est là qu'il a écrit son livre, car il date ainsi son épître au lecteur : « En Paris, ce XXVIII. jour dapvril sus Petit Pont, a lenseigne du Pot
seulement été fait une édition in-S" en 1549, pour le libraire Vivant Gautherot. J'en parlerai plus loin.
1 . Voyez la description du Champ fleiiry dans la 2^ partie, Bibliographie, § l<^'', no X.
2. Sur Gourmont, voyez la Notice historique qui suit mon travail intitulé : Les Estienne et les types grecs de François /<'''.
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casse. » Il avait, du reste, un autre domicile dans la rue Saint-Jacques, en face de l'Ëcu de Bâle, enseigne de Chrétien Wechel.
En tête du Champ fleury se trouve le privilège du 5 septembre i526, déjà publié dans les deux éditions des Heures de iSay, et qui concédait à Tory un droit de dix années , tant pour ces Heures que pour le Champ fleury même, qu'il imprimait alors, mais qui, comme je l'ai dit, n'avait pas encore reçu ce titre gracieux.
On voit dans ce privilège que Tory songeait déjà , en 1 526, à se faire recevoir imprimeur. Il le devint en effet bientôt après la publication de son livre, et imprima alors plusieurs ouvrages de sa composition.
Voici , par ordre de date , l'indication de ces diverses publications :
I. « La Table de lancien philosophe Cebes.... avec trente dialogues moraulx de Lucian. . . . translate de latin en vulgaire francois par maistre Geofroy Tory de Bourges ' . « Le privilège est du 18 septembre 1529, pour dix ans. Le livre fut achevé d'imprimerie 5 octobre 029. Il forme un volume petit in-8° en deux parties, avec encadrements assez grossiers à chaque page. Le tout se compose de douze feuillets préliminaires, contenant un long errata, et de deux séries de signatures, la première de A à T, la seconde de a à. v. Le livre était en vente chez l'auteur, « rueSainct lacques, devant lescu de Basle2, a lenseigne du Pot casse, » et chez
1 . Gilles de Gourmont venait de publier les Dialogues de Lucien en grec (in-40, 1528); mais la traduction de Tory est faite d'après une traduction latine. Quoiqu'il connût le grec, Geofroy ne s'en servait pas volontiers. C'est généralement d'après le latin qu'il a rendu les auteurs grecs dont il s'est occupé.
2. C'était, comme nous venons de le voir, l'enseigne du célèbre imprimeur Chrétien Wechel ; elle était située à droite en montant dans la rue Saint-Jacques, près de l'église Saint-Benoît. La maison du Pot cassé était en face.
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Jean Petit, « rue Sainct laques, a lenseigne de la Fleur de lys. )) Rien n'indique où le livre a été imprimé; mais comme il est exécuté avec le caractère qui a servi à imprimer les Epitaphes de Louise de Savoie, je pense qu'il sort de l'atelier de Tory. Dans ce cas, c'est le premier qu'il ait imprimé ' . Le long errata qu'il renferme semblerait en effet indiquer un début, et expliquerait pourquoi on s'est abstenu de nommer l'imprimeur.
Dans l'avis au lecteur placé en tête de ce livre , Tory revient à la charge contre les ruficnts qui altéraient le français sous prétexte de le perfectionner. Il y a quelques tirades bien dignes de figurer dans le Champ fleury. Il finit son préambule par un passage curieux , qui nous donne une idée de ses goûts : « le crois que si lancien et noble painctre Zeusis Herodeote , si Raphaël durbin, Michel lange, Léonard vince ou Albert durer vouloient paindre philosophes et leurs diverses contenances, quils ne les porroient si bien ne si au naturel paindre que notre Lucian les vous y painct. « Enfin, il annonce au lecteur qu'il lui fera bientôt « quelque autre présent nouveau », et tint sa parole en publiant l'ouvrage suivant,
II. K Summaire de chroniques contenans les vies, gestes et cas fortuitz de tous les empereurs Deurope, depuis Iules César iusques a Maximilien dernier decede... par... lehan Baptiste Egnace, Venicien... et translate de ladicte langue latine en langaige francoys par maistre Geofroy Tory de Bourges. » — Vol. in-8° de i6 feuillets de préambule, 99 feuillets de texte et i3 feuillets de table, en tout 128 feuillets, — On lit à la fin : « Ce présent livre fust achevé dimprimer a Paris, le xiii. iour dapvril m.d.xxix.
I. Voyez-en la description dans la z'' partie, Bibliographie, § i^", n^XI.
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pour maistre Geofroy Tory de Bourges, qui le vend audit Paris, a lenseigne du Pot casse. »
Dans l'avis de Tory « a tous studieux et vrays amateurs dhonneste lecture », il leur dit : « le vous avois promis nagueres au préface de la Table de Cebes que en bref ie vous ferois quelque autre nouveau livre... » C'est pour accomplir sa promesse qu'il publia ce Sommaire de chroniques d'Egnasio.
La date d'impression donnée plus haut correspond au i3 avril i53o, nouveau style; car Pâques tomba cette année-là le i5 avril. Quelques bibliographes citent une édition de ce livre de 1 520 , mais c'est à tort , car le privilège est seulement de 1 5 2 9 . La Caille 1 dit que l'édition de 029 fut imprimée par Tory : c'est possible, mais non pas certain. Il se pourrait même qu'elle eût été imprimée par Gourmont, car elle nous offre le caractère du Champ fleury^. Il y a trois éditions de ce livre , imprimées par Charles l'Angelier, in-8°, 1541 , 1542, 1544; nous en parlerons plus loin. Quant à l'édition de 1529, je ne l'ai trouvée que dans la bibliothèque de M. Ambroise Firmin Didot, qui a bien voulu me permettre de la décrire. Cet exemplaire est encore dans son ancienne reliure au Pot cassé.
Mais tous ces travaux ne faisaient pas perdre de vue à Tory sa grande pensée patriotique. Il ne s'en tint pas à de simples vœux en faveur de la langue française. A défaut des autres nobles cœurs qu'il conviait « a mettre et ordonner par reigle nostre langage 3 », il entreprit lui-même ce tra-