GODEFROY, PEINTRE DE FRANÇOIS I
Godefroy nous a laissé dans quatre petits volumes, les trois premiers intitulés : Commentaires de César, le quatrième : Triomphes de Pétrarque,
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les preuves d'une imagination féconde, d'un talent aussi souple que varié, et d'une supériorité toute particulière, toute française, dans le portrait : association bien rare des qualités propres à notre école, antérieurement à la formation de l'école de Fontainebleau, et des qualités, ou pour mieux dire des défauts, que cette colonie d'artistes étrangers allait importer au milieu de nous.
Ces quatre volumes, après des fortunes diverses, sont enfin à bout de voyages et à l'abri de la destruction, le premier au Musée Britannique de Londres, le second à la Bibliothèque impériale de Paris, le troisième dans la collection de S. A. R. le duc d'Aumale , le quatrième à la Bibliothèque de l'Arsenal.
Je décrirai d'abord les Commentaires de César, joli manuscrit dont j'ai eu successivement les trois volumes sous les yeux. Il y a dans cet ouvrage trois choses dignes de remarque, et sur lesquelles j'appellerai pendant quelques moments l'attention du lecteur. C'est d'abord la composition de l'ouvrage, ensuite la peinture des ornements et des scènes historiques , enfin les portraits.
L'auteur de l'ouvrage, quelque habitant de la Flandre ou de l'Artois, transporté à la cour de France, ne fait abus d'esprit ni d'imagination. Il suppose que le roi François I^r, dans ses promenades ou à la chasse, rencontre Jules César, et qu'une conversation s'établit entre eux. Le sujet du dialogue est la guerre des Gaules; c'est une sorte de commentaire des Commentaires de César, avec des allusions transparentes aux événements du règne de François I^"". C'est dans ces rapprochements que perce la prédilection de l'auteur pour les Belges i , dont il connaît le pays, et particulièrement pour la ville de Tournay 2, qui pourrait bien avoir été sa ville natale. Je ne veux rien induire de sa haine contre les Anglais»; quoique plus violent dans nos provinces du nord qu'ailleurs, ce sentiment était alors général en France. Il semblerait, au moins pour les dessins de machines de guerre, que le peintre chargé d'orner ce manuscrit travaillait sous sa direction. On lit en
1. Voyez au fol. 86 du second volume : les Aduatiques , c'est-à-dire ceux de Bas le Duc sont en Brabant à XII lieues d'Envers, voysins de monsieur de Gueldres.