‹ Géographie ancienne de la MacédoineChapitre 11 sur 36 · PELASGES · texte numérisé non relu

PELASGES

Les Pélasges sont la seconde grande famille des peuples japhétiques à Touest ; les Grecs leur ont donné ce nom parce qu'ils sont venus par mer dans la Grèce méridionale, ou, selon une autre étymologie, parce qu'ils sont errants de pays en pays (TxoXu7t>.av7\Tov ^évoç— Hésychius), toujours à la recherche d'une patrie qu'ils ne trouvent jamais. Il y a bien encore un troisième sens possible, qui rappelle la tradition de Deucalion et de Pyrrha : selon Ulpien, cité par Fréret ^, iriXa; veut dire pierre, en langage macédonien.

Inde homines nati, durum genus...

Le nom de Pélasges n'est qu'une épithète, quelque sens qu'on lui donne d'ailleurs; il s'applique, selon nous, à tous les peuples venus d'AsieMineure, qui ne sont ni Thraces ni lUyriens. Mais dans les migrations si nombreuses, et

1 Diod.XII. 47. — Thucyd. II. 100. * Scymn. Ch. G. Gr. min. IL 36. î Liv, XLV. 30. 5 Fl-éret. Âcad. insc. XLVII. 106.

3 Strab. Abr. VIL

parfois si confuses, des tribus pélasgiques, il est utile d'essayer d'établir une certaine classification d'après l'époque où elles s'accomplissent, d'après les contrées d'où elles proviennent, et surtout d'après les contrées qu'elles envahissent. Nous appelons Pélasges septentrionaux tous les peuples qui s'établissent au-dessous des Thraces et des lUyriens, et qui viennent du nord-est ou de l'est ; Pélasges méridionaux, tous ceux qui s'établissent au-dessous des Pélasges septentrionaux, et qui viennent du sud-est. A la suite, nous indiquons les colonies fondées par eux aux différentes époques sur les côtes égéenne ouadriatique ; enfin, distinguant avec soin des Pélasges les Phéniciens et les Egyptiens, qui leur sont complètement étrangers, nous les étudions à part sous le nom de peuples sémitiques.

Pélasges septentrionauiL.

Les Pélasges septentrionaux ont commencé leurs migrations quelque temps après les Thraces, et les ont terminées soixante ans avant la guerre de Troie ; les expéditions qui partent plus tard des mêmes contrées de l'Asie sont nécessitées par quelque révolution politique, comme la migration des Troyens, ou émanent de villes fondées en Asie par les Pélasges d'Europe, comme les colonies de Milet. Nous rapportons les Pélasges septentrionaux à trois lîiigrations principales : la première et la plus ancienne, celle des Tyrrhéniens, comprend les Crestoniens, les Bisaltes, les Phlégréens, les Bryges et les Mosches , les Perrhèbes , les iEnianes, les Lapithes, les Tyrrhéniens. Nous comprenons dans la seconde migration, celle des Péoniens, les Mygdoniens, les Gréées, les Lééens, les Agrianes, les Orbéliens,

les lores, les Deuriopiens, les Péoniens, les Pélagoniens, les Almopes, les Emathiens, les iEstréens, qui ont peuplé la grande Péonie ( Macédoine proprement ditej. La troisième migration, celle des Teucriens, comprend lesMysiens, les Dardaniens, les Teucriens, les Paroréens, les Dobères, les Péoples, les Sirropéoniens, les Péoniens du Pangée, les Edoniens et les Péoniens du lac Prasias. Toutes ces tribus sont répandues entre leNestus et le Pénée, dans les limites de la région macédonienne, et déjà quelques-unes étaient épuisées et presque détruites, quand la guerre de Troie éclata.

À» Première migration s Tyrrhéniens.

a. Crestonleiis, BIsatteft.

Les Bisaltes, ces hommes courageux \ chez lesquels, selon Théopompe, les lièvres ont deux foies % sont Pélasges , et le disent eux-mêmes ; mais ils ne sont pas Péoniens, et on est certain que les Grestoniens, leurs voisins, avec lesquels ils sont unis dès Torigine, sont des Pélasges tyrrhéniens : ils habitent la rive droite du Strymon, au sud du lac Gercinitis; un affluent du Strymon, le Bisaltes ^^ arrose leur pays. Les Grestoniens occupent à Touest des Bisaltes le bassin de la rivière de Lahana *, afQuent de TEchédorus, et obéissent au même roi ^. Lorsque les Perses envahissent leur pays, le roi des Bisaltes et des Grestoniens, Thrace de nation (ce qu'on ne ferait pas remarquer si les Bisaltes Tétaient eux-mêmes), se retire sur le mont Bhodope, (c'està-^dire dans les montagnes au nord de Sirris), refuse de se

1 Liv. XLV. 30. il sinte ; cela expliquerait à la fois la

' Steph. p. 168. fusion des Bisaltes avec l,es Sintes,

3 Steph. Byz. p. 168. avant la guerre médique, et Témigra-

* Lapie. Carte de Turquie, 1847. tien d'une partie des Bisaltes dans

» P«ut-ètf«ceroi des Biialtet était- l'Acte (Hérodote. VIIl. 116).

GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 91

soumettre, et fait crever les yeux à ses six fils, qui, contre ses ordres, ont suivi Xerxès. Cinquante ans après, les Macédoniens, maîtres de la Mygdonie, se trouvent en contact avec eux* Les Crestoniens, ou, comme Hérodote les appelle encore à cette époque, les Pélasges tyrrhéniens établis dans Crestone, et au-dessous d'elle, jusqu'au lac de Bolbé, sont les plus exposés; ils sont chassés de leur pays, et se réfu* gient en Ghalcidice, dans les presqu'îles d'Acte et de Sithonie * : quelques Bisaltes les y suivent. Ils y portent avec eux leurs mœurs barbares, leurs coutumes, leur langue, semblable à celle qu'on parle à Placie et à Scylacé sur la côte de Propontide ^ et ils n'apprennent de la langue bel-* lénique que ce qu'il leur en faut pour rechange de leurs produits avec les colonies grecques du littoral : de là le nom dediglossefi qui leur est attribué^ A Test du montCercine, les Bisaltes résistent mieux ; ils ne sont subjugués qu'incomplètement, et conservent une sorte d'autonomie, même sous le règne d'Alexandre. La colonie de mille hommes envoyée dans leur pays par Périclès * leur a fait faire quelques progrès dans la civilisation, mais sans affaiblir leur courage. Alexandre a toute une flotte dans ces parages «Ur le lacCercinitis ^, et descend avec elle le Strymon. Après la défaite de Pydna, Persée ne désespère de la fortune que quand les Bisaltes l'abandonnent ^. Aux derniers siècleâ, ils sont puissants, et quand Pline les fait toucher aux Mœdes '', cela prouve qu'ils se sont étendus le long du moût Cercine (Sultanitza) jusqu'au confluent du Pontus^ par leur fusion avec les Sintes, leurs vainqueurs.

^ Thuc\d. IV. 109. » Arrien. I, 4.

». Hérod. I. 57. « Liv. XLIV. 45.

3 Fréret. Acad. inscr. XLVII. 89. ^ Plin. IV. 18, * Thucyd. II. 99. — Plat. Pericl.

b. Phlégréens.

Les Plilégréens habitent tout d'abord la presqu'île de Pallène : ce sont des géants, hommes sans foi ni loi, qui combattent contre les dieux \ Ils sont dévorés par le feu du ciel, ce qui vaut à la presqu'île le surnom de Phlégra % ou, selon une autre tradition, ils sont détruits par Hercule, le héros hellène : c'est une trace sur le sol chalcidien de cette lutte soutenue dans toute la Grèce contre les Pélasges par les tribus helléniques.

c. Bryg^es ou Byrses , Illosches.

Ce peuple est le même que les Phrygiens d*Asie, et, par une vanité commune chez les Grecs, Hérodote veut que les Bryges soient les auteurs des Phrygiens ^ : ils occupèrent les premiers les pays entre le lac Lychnitis et le Strymon, lorsque les Thraces dominaient en Grèce jusqu'à Tisthme, et aucune tribu connue ne les précéda dans le bassin de TAxius. On constate leur présence sur beaucoup de points éloignés les uns des autres, et ce sont comme les indices révélateurs de leur puissance. Les anciens signalent des Bryges dans le pays des Sapéens *, dans la Chalcidice, près du promontoire Canastréen ^ , ce qui les rapproche des Tyrrhéniens de Phlégra ; dans l'Emathie, sur le versant oriental du Bermius ^, où Ton place les jardins de Midas et le séjour de Silène ; dans TEordée; sur le cours moyen de TApsus, à Test d'Antipatrie ; au delà du Drilo, près d'Enchélies ; enfin, dans le pays des Dassarètes ou Enchéléens,

i Scymn. Ch. G. Gr, min. II. 36. * Plin. IV. 18.

2 Dionys. Perieg. v. 327. — Strab, ^ pHn. IV. 10.

Abr. VII. — Sleph. Byz. p. 522. e strab. Vil. — llérod. VIII. 138.

3 Hérodote. VIL 73. ~ Steph. 185. 373.

près du lac Lychnitis \ La prépondérance des Bryges était déjà détruite, quand Pélops s'établit dans le Péloponnèse, et les peuples de la seconde migration les avaient en partie remplacés; cependant, ils fournissent leur contingent à Tarmée de Xerxès % et ils se perpétuent jusqu'alors sous leurs rois propres dans le petit canton du lac de Kaïlari, qui a conservé jusqu'aux temps actuels le nom de Brygie \ On peut aussi rapporter à la première migration les Mosches, établis à Touest des Dassarètes dans le bassin de i'Apsus; on retrouve aujourd'hui leur nom dans le canton de Musaché, dont Bérat (Ântipatrie ) est le chef-lieu, et dans la ville de Moschopolis, située sur TEordéus, àVestde Ghéortcha*. "

d. PcrrhèbeS) ^Knlanes, Lapithes, l*élasg;lotes.

Les Perrhèbes occupent originairemont tout ce qui avoisine la mer et le Pénée, jusqu'à Tembouchure de ce fleuve. Les iEnianes, leurs proches voisins ^, occupent la plaine de Dotium, près du lac Bébéis et du Pélion, mais renfermée dans une enceinte particulière de collines. Le canton situé entre le Pénée et TOlympe a toujours été appelé Pélasgiotide, et les Pélasges de ce canton étaient les Lapithes et les Perrhèbes ^. Dans le commencement de leur occupation; le centre du pays était sous Teau : ils devaient donc être concentrés dans le plateau élevé de la Perrhébie proprement dite, et dans cette plaine de Dotium préservée de Tinondation par une enceinte particulière. Cette induction légitime nous permet d'attribuer aux Perrhèbes les deux versants du haut et du bas Olympe, depuis le mont Cercétius jusqu'à la côte Egéenne ; aux Lapithes, les deux versants

^ Scymn. Ch. G. Gr, min. II. 25. * Pouqueville. Voy, en Grèce, II.

M^érod. VII.185. 518.

» Pouqueville. Voy. en Grèce. II. ^ Strab;lX.

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