e Hesych. Ap. Strab. IX
de l'Homolus et de TOssa et le Pélion supérieur ; aux centaures, le Pélion inférieur, en face du rivage eubéen, et aux iEnianes, la plaine intermédiaire entre le Pélion et la vallée submergée du Pénée. A une époque très-reculée, un tremblement de terre sépare l'Ossa de TOlympe, avec lequel il était uni jusqu'alors, et ouvre au Pénée un nouveau lit* : la région centrale sort des eaux. Un Inachide, Pélasgus, averti par Pélorus, habitant du pays, arrive directement d'Argos % s'établit dans la plaine devenue libre, et lui donne le nom de Pélasgiolide ; ses descendants sont les pères des Achéens, des Phtiotes et des Dolopes ^ Mais les tribus préexistantes, venues du nord, se maintiennent vis-à-vis de ces tribus méridionales, et luttent avec elles pour la possession de la contrée fertile que les eaux ont abandonnée. Les Lapithes entrent les premiers en lice : Ixion et Pirithous^ leurs rois, forcent les Perrhèbes de reculer dans rintérieur des terres ; Pirilhoûs chasse du Pélion les centaures ( aiguillonneurs de bœufs), peuple sauvage, probablement Thrace, et les rejette dans les plaines au delà du Pénée supérieur, jusque vers les iEthices. La plupart des Perrhèbes et des ^Enianes se retirent dans les montagnes du Pinde, du côté des Athamanes et des Dolopes ; quelques Perrhèbes continuent d'occuper le pied de l'Olympe ; quelques iËnianes demeurent autour du Cyphus^ montagne perrhébique, et on les y trouve à l'époque de la guerre de Troie ^. Ensuite les Lapithes nettoient et élargissent le nouveau canal du Pénée, obstrué par des éboulements ^ ; ils rejettent aussi les Achéens et les Phtiotes au delà du mont Othrys, et c'est alors, sans doute, qu'ils possèdent au centre du pays un royaume de trois mille stades de circuit (555
1 Athénée. Deipnosoph. XIV. 639. * Strab. IX.
2 Apoll. Schol. I. 580. K Hom. II. Il, 751.754.
» Raoul -Rochelle. Col. gr. I. 168. « préret. Acad, inscr. XLVII. 11.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 95
kilomètres) \ C'est à peu près la circonférence de toute la Thessalie, entre les Cambuniens, le Pinde, TCEta et la mer Egée; et si on admet ce témoignage de Strabon, il faut admettre aussi que les Pélasges méridionaux, les Perrhèbes et les ^nianes leur obéissent. Pirithoûs descend aux enfers avecThésée et y trouve la mort, tandis que Thésée est délivré par Hercule : cela fixe la domination des Lapithes en Thessalie au quatorzième siècle avant Jésus-Christ. Il nous paraît très-difficile de concilier un royaume de trois mille stades avec les colonies éoliennes fondées au sud, à lolcos et à Phères, avec Texpédition des Pélasges-Argonautes en Colchide sous Jason, et avec cette invasion des Teucriens qui s'opère par le golfe pélasgique, et pénètre jusqu*à la mer Ionienne et jusqu'au Pénée : nous nous bornons à exprimer nos doutes, sans essayer de résoudre la question. Enveloppés de tous côtés parles colonies éoliennes et doriennes, les Lapithes perdent rapidement leur puissance. Quand les Eoliens, pressés par l'invasion des ThessaUens, émigrent en Asie Mineure, ils s'obstinent à demeurer dans le pays , mais c'est pour s'y confondre avec les Perrhèbes et les ^Enianes, et pour se perpétuer misérablement, sans importance politique, en perdant jusqu'à leur nom *. Alors ils sont les mêmes que les Pélasgiotes, et alors seulement.
Aux derniers temps, dit Fréret (sans doute au temps de la guerre de Troie), les iEnianes et les Perrhèbes faisaient partie des peuples amphictyoniques ^ Probablement cela se rapporte à ceux des Perrhèbes et des ^Enianes qui ont été refoulés par les Lapithes en Epire et en Dolopie, dans le voisinage des Hellènes. Jamais ceux de l'Olympe n'invoquent ce souvenir, et, se rappelant beaucoup mieux leur parenté avec les tribus septentrionales, on les voit au contraire tou-
* Strab. IX. » Fréret. Acad, tnscr, XVfll 73.
« Fréret. Acad. inscr. XLVII. 12.
96 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE LA MACF.DOINE.
jours alliés des Perses et des Macédoniens contre les Grecs et contre les Romains. Dans l'invasion des Perses, ils se soumettent à Xerxès \ lorsque la résistance est encore possible, et que la vallée de Tempe est encore gardée ; c'est surtout par leurs défilés que les Perses entrent en Tliessalie ^ Ils embrassent aussi le parti de Philippe, père d'Alexandre, contre les Phocidiens \ Mécontents contre Philippe, fils deDémétrius, qui, pour se ménager en Thessalie un passage plus facile, leur a enlevé une partie de leur territoire, ils s'unissent d'abord aux Romains contre lui, et Flamininus les déclare libres à la paix *; leurs ambassadeurs se joignent à ceux des autres peuples auprès de Q. Cécilieus à Tempe, et à Rome devant le sénat ^ Mais ils se repentent bientôt de cette conduite inconsidérée; si les Romains de Scipion Nasica sont guidés par deux Perrhèbes dans le défilé de Pétra , ces Perrhèbes sont deux marchands ^ mus par leurs intérêts privés ; la nation est hostile: Plus d'un chef, resté neutre, est suspect d'être favorable à Persée, et examiné de près après la victoire. Ils ont eu soin du reste de ne se compromettre ni en paroles, ni par écrit, ni par envoi de messagers^ et ils ne peuvent être convaincus par les députés du sénat \
e. Tyrrhéntens.
Nous avons déjà signalé sur trois points la présence des Tyrrhéniens : T sur les bords de la Propontide, d'où ils sont originaires, etd'oiiils furent probablement déplacés parla grande invasion des Thraces; S'' près du mont Cercine autour de Grestone, et, par une seconde migration,
1 Hérod. VII. 132. » Polyb. XXIII. 4. XXIY. i.
2 Diod. XI. 3. 6 Liv. XLIV. 35.
3 Diod. XVI. 29. ^ Polyb. XXX. 7.
^ Polyb. XVIII. 29.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 97
dans les presquHes de Sithonie et d'Acte ; 3° à Phlégra dans la presqu'île de Paliène, Il en existait encore à Lemnos un siècle après la prise de Troie, et on retrouvait chez eux le génie farouche des Bisaltes. Chassés par les Ioniens de TAttique, ils avaient enlevé des Athéniennes, et en avaient fait leurs concubines. Irrités contre elles, il les égorgèrent avec leurs enfants \
Mais ces tribus isolées ne font point toute Tinvasion tyrrhénienne : sa voie est tracée par toute la Péninsule hellénique jusqu'au cap Sunium ; on la retrouve en Elimiotide, en Epire; une partie de la nation émigré en Italie, et y fonde un état appelé Tyrrhénie; une seconde migration, venue de la Lydie deux siècles plus tard, complète la première, et s'approprie le nom des Tyrrhéniens. Cette origine grecque des Toscans est vraisemblable dans une certaine mesure ; toutefois il ne faut pas confondre, comme on Ta fait, les Tyrrhéniens de Cortone, en Italie, avec ceux de Crestone % ni même voir absolument en eux les pères des Etrusques.
B. iBieconde migration s Péoniens.
On ne rencontre pas en Asie Mineure le nom des Péoniens, mais seulement celui des Méoniens, qui habitaient en Lydie les bords du Méandre, et qui sont indiqués par Homère. L'invasion en Europe de cette branche féconde de la grande famille Pélasgique est postérieure à la migration des Tyrrhéniens, car les tribus dont elle se compose n'ont jamais été confondues avec les tribus tyrrhéniennes, de même qu'on n'a jamais dit que les Bisaltes ou les Bryges fussent des Péoniens. D'un autre côté, elle doit être anté-
1 Larcher. Chronol. d*Hérod. * Raoul-Rochette. Col. gr. I. 352-
rieure à celle dcKS Teucriens, avec lesquels on ne la cojifond pas davantage, et dont plusieurs tribus s'établissent presque dans les mêmes contrées. C'est donc après les uns, et avant les autres, qu'il convient de placer l'établissement des Péoniens dans le bassin de TAxius, au cœur de la région macédonienne.
a. Mygdonlens.
Par un contraste singulier, la Mygdonie est une des contrées de la Macédoine qui renferment le plus de villes, et peut-être une de celles qui ont le moins de traditions propres* Les Mygdoniens S aussi appelés Mardes, feont une peuplade péonienne, située à Touest des Bisaltes,au nord de laChalcidice^au sud des Mœdes et des Agrianes^ àTesldesAlmopes et des Emathiens. Ils touchent à la rive gauche de TAxius, possèdent presque tout le bassin de i'Echédorus % s'étendent au sud-est jusqu'au golfe Strymonique j et une partie de leur pays porte le nom de Crusis ^ (peut-être cette partie de laChalcidice appelée Grosséa, et dans Hérodote Gruséa ''). Une de leurs villes, Parthénopolis, fui fondée par Géreste, fils de Mygdon, pour servir d'asile à ses filles, qui avaient horreur du mariage, et cette tradition est assez conforme à ce qu'on dit des Amazones. Ils paraissent avoir été privés d'une partie de leur pays par les Edoniens ^, qui appartiennent à la troisième migration, car les Téménides ne parviennent à soumettre toute la Mygdonie qu'en rejetant les Edoniens au delà du Strymon». Plus tard, quand les Macédoniens firent la conquête de l'Asie, ils donnèrent le nom de Mygdonie à une partie de la Mésopotamie arrosée par
1 Plin. IV. 17. — Ptol. m. 13. - * Hérod. VIL 123.
Stepb. Byz. 473. s Steph. Byz. p. 529.
8 Strab. VII. 6 Thucyd. IL 99.
5 Steph. Byz. p. 390.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 99
le GhaboraSj affluent de l'Euphrate, et qui avait quelque ressemblance avec la Mygdonie macédonienQfi '.
b. Gréées, liééens.
Le Strymon part du mont Scomius ^ et coule dans le pays des Gréées et des Lééens* Ces deux peuples sont alliés et voisins, et ne peuvent être séparés Tun de l'autre. Si on suit Tordre donné par Thucydide, les Gréées sont au nord des Lééens; nous les plaçons dans le petit bassin de Radomir, et les Lééens immédiatement au-dessous d'eux, dans le bassin de Kustendil, jusqu'aux frontières des Digères et des Msedes. Ils figurent dans Tarmée de Sitalcès parmi les Péoniens soumis à ce prince, servent de limite à son royaume a l'ouest, et il y a de leur pays à Byzance treize jours de route pour un homme qui marche bien (avSpi eùt;a)V(|)) ^ Ils sont appelés Aalvot par Etienne de Byzance *.
Les Agriaties paraissent avoir occupé, dans Toriginei une partie de la Mygdonie, au sUd du mont Tchengel. Ils figui'ent, avec les Péoniens du Pangée et du lac Prasias^ parmi les peuples que Darius ne peut réduire^, et il pourrait bien se faire que ces peuples qui enlèvent dans les pâturages (des Sirro-Péoniens peut-être) les cavales attelées au char du Soleil, et qui les emmènent dans leur pays aux sources du Stryttion, soient des Agrianes. Comme les Lééens, ils obéissent à Sitalcès^, qui s'étend par eux, ail sud-ouest, jusqu'à l'Axius; mais ce doit être en qualité d'auxiliaires seulement, car les Lééens servent de limite au
1 Strab. XVI. — Plin. VI. 16. * Sleph. Byz. p. 412.
2 Thucyd. II. 96. » Hérod. V. 16.
■■^ Thucyd. ibid, « Hérod. VIII. 115.
royaume desOdryses^ Belliqueux % ils subissent tard Tascendant des Macédoniens; ils excellent dans la cavalerie, et figurent avec honneur dans les armées de Philippe et d'Alexandre. Langarus, leur roi, cher à ces deux princes, fait pour le compte des Macédoniens la guerre aux Autariates\ Philippe, père de Persée, et Persée lui-même emploient également leurs services; mais depuis la conquête romaine ils demeurent obscurs. Tout en continuant à penser qu ils se sont étendus, au moins momentanément, au sud-est du mont Tchengel, nous croyons que le bassin de TEgri-Déré convient surtout à ce que nous savons d'eux, et il rappelle très-bien leur nom*, ils touchaient aux Triballes par le Kurbetska, dont les Triballes occupaient l'autre versant.
d. OrbélleuS) lores.
Ces deux peuplades n ont de commun que leur origine péonienne et leur obscurité ; elles sont séparées l'une de Tautre par les Agrianes , qui, de ce côté, touchent aux Dardanes^ comme de l'autre ils touchent aux Triballes. Les Orbéliens (Péoniens de l'Orbélus) habitent, entre le Kara- Dagh et le col de Stratsin, le bassin inférieur de TEgri- Déré. Les lores ou lorores sont peut-être les mêmes que les Médarores^, et, dans ce cas, ils seraient Thraces; s'ils sont Péoniens, comme il est loisible de le croire en l'absence de preuves suffisantes, il faut les placer sur la Brégalnitza, aux environs d'Istib, entre Radomir et Stobi (Polotsko). L'étroit bassin de la Brégalnitza inférieure , bien limité par des contre-forts qui se prolongent jusqu'à TAxius, est la position qui leur convient.
1 Thucyd. II. 96. * Viquesnel. Carte de la Thrace.
» Liv. XXVIII. 5. -^ Ptol. m. 13.
3 Arrien. 1. 12. — Q. Curt. stuppL
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQLE PRIMITIVE, 101 «• Deuriopiens.
La DeuriopeS partie de la grande Péonie, a eu anciennement ses rois propres ; elle est située sur les bords de l'Erigon, entre ce fleuve et TAxius ; TErigon en reçoit toutes les rivières et en arrose toutes les villes. Protégé à Tintérieur par le Babouna, au midi par le mont Bora (Nidsche), ce pays est une position militaire très-importante, et les rois de Macédoine y rassemblaient leurs armées, quand ils combattaient les Maedes ou les Dardanes. Philippe et Persée campèrent souvent dans la Deuriope, ou s'y reposèrent au retour de leurs expéditions \
U PéoiileoM.
Le nom de Péonie, commun dans le principe à toute la région macédonienne, restreint ensuite, sous le nom de grande Péonie, au bassin supérieur de l'Axius, ne fut plus appliqué, dans les derniers siècles, qu'à une peuplade qui occupait sur les deux rives du haut Erigon un territoire assez vaste, depuis la frontière des Dassarètes jusqu'au delà de TAxins. Encore libres sous leurs rois à Tavénement de Philippe, père d'Alexandre, ils sont soumis par ce prince à la mort de leur roi Agis ^, et suivent Alexandre en Asie ; mais ils redeviennent libres à la mort de ce conquérant. Un de leurs rois, Autoléon^,a pour gendre Pyrrhus, etlesAntigonides sont encore obligés de les combattre. La possession de leur pays était indispensable pour arrêter les Dardaniens : Philippe, père de Persée^ qui s'en rendait parfaitement compte, s'empara de Bylazora comme de Scupi», et
1 Strab. VII. - Liv. XXXIX. 53. * OuOdoléon.
« Liv. XXXI. 39. XLIIl. 18. » Polyb. V. 97.
3 Diod. XVI. 4.
se trouva par ce moyen le maître des avenues. qui conduisaient dans son royaume ; mais ce fut en se tenant perpétuellement sur ses gardes, et en occupant les villes soumises par de fortes garnisons.
Il ne faut pas appliquer indistinctement et sans examen à la Péonie qui nous occupe tous les passages des anciens auteurs où il est question des Péoniens : le nom de Péoniens fut donnée, jusqu'à la conquête de la Macédoine, à tous les peuples de la grande Péonie en général. Peut-être aussi ce même nom de Péoniens, employé dans les siècles postérieurs en même temps que celui dePannoniens *,a-t-il pour origine quelque migration des Péoniens au delà de l'Hémus, et leur mélange avec les tribus subdanubiennes. A partir des Antigonides, et de la prise de Bylazora par Philippe, il n'est plus fait mention en Macédoine quedesPélagoniens,et c'est assez longtemps après que le nom des Pannonien^ se produit chez les historiens et chez les géographes. Si donc les deux noms deviennent plus tard synonymes et sont usités concurremment, c'est qu'il n*y a plus de Péonie en Macédoine, que les Péoniens ont passé l'Hémus, et sont devenus Pannoniens ; nous ne croyons pas que ce soient deux formes d'un même nom . On peut se rappeler à ce propos ce que nous avons dit des Lyncesles et de la ville d'Arrhibantiun^ ; si notre conjecture est exacte, les Péoniens n'auraient pas s^uls opéré cette émigration.
g. Péla^oniens.
Les Pélagoniens, peuplade péonienne% s'étendent au nord-est des Lyncestes, au delà des Almopes, sur les deux rives de TAxius, entre les Péoniens, les Agrianes et les
1 Pœanii metaph. Eutrop. 116. « Plin. IV. 17. 118. 135. etc.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUB PRIMITIVE. 103
Msedes. La Pélagotiie comprend encore le cours inférieur del'Erigon jusqu'à une faible distance au-dessus deStobi*, le bassin de Trojak, et le pied oriental du Babouna jusqu'aux Dardaniens , auxquels elle touche^. Elle a sous la domination romaine une certaine importance territoriale, et sa ville principale, Pélagonia, devient dans la division instituée par Paul-Emile ^ le chef-lieu d'un district. Cependant les Pélagoniens sont sans valeur politique, et disparaissent de la scène complètement. Le bassin del'Axius portait encore le nom de Pélagonie au onzième siècle après Jésus-Christ, et ce nom s'était étendu jusqu'à son embouchure.
h. Almopes.
L'Almopie, habitée par une peuplade péonienne, est placée par Strabon* à la suite de la Lyncestide et de laDeuriope, avant l'Eordée, qui cependant est plus à l'ouest. C'est la Pélagonie tripolitide, (aujourd'hui Moglena, pays des brouillards), arrosée par plusieurs affluents duVodena, et entourée de hautes montagnes qui ne laissent que deux passages, au nord-est et au midi ; c'est, à proprement parler, le bassin supérieur du Rhédias. Les ancêtres d'Alexandre V^ chassèrent de l'Almopie jeiB Almopes^ et depuis lors il n'est plus fait mention de cette tribu obscure ^ Les Bulgares, qui occupent actuellement le même canton, ont aussi la vie misérable et isolée que Ton prête aux Almopes dans l'antiquité \
1 Liv. XXXIX, 53. 8 Thucyd. II. 99.
> Liv. XXXI. 35. • Plin. IV. 17.
3 Uv. XLY. 3Q. 7 M. ^e la Coulonche. Rev, des Soc,
* Strab. VIT. 8. sav. IV.
t. Eniathiens.
L'Emathie, belle plaine de 15 lieues sur 11 *, entre THaliacmon et TAxius, est arrosée par le Vodena, qui forme le lac Ludias ou Borboros limen. Elle porta d'abord, comme le reste de la Macédoine, le nom général de Péonie, fut appelée ensuite du nom particulier d'Emathie, et enfin du nom de Macédoine. On retrouve le nom d'Emathie en Asie, dans la vallée de TOronte, à Hamath; les Macédoniens y ont aussi transporté la Cyrrhestide, la Mygdonie, TAnthémonte, qu'ils ont appelée Anthémusiade, et quelques noms de villes, comme Cyrrhus, Edesse et Pella. Les Macednes, les Bryges, les Emathiens, occupaient l'Emathie avant Tarrivée des Téménides^ ; les Piériens et les Bottiéens s'en partageaient le littoral. Ce petit canton, heureusement situé au centre de la région macédonienne, parvint à réduire tous les autres ; les Macednes soumirent tous leurs voisins, se transformèrent en Macédoniens 3, conquirent encore la Grèce et FAsie^ et luttèrent glorieusement pendant plus de soixante ans contre les Romains , qui les asservirent. De nos jours encore, la situation de FEmathie frappe les yeux par sa beauté et semble unique; le golfe et le port de Saloniki y créent à la navigation des facilités qui pourraient facilement être accrues, et ce serait le centre nécessaire, si la région macédonienne, affranchie du joug ottoman, était appelée à former un nouvel empire*.
Maintenant que les peuples de migration péonienne ont été passés en revue, les Pélasges qui donnent à la Macédoine ces tribus florissantes sont-ils bien les mêmes que ces peuplBs industrieux et déjà civilisés qui occupent long-
1 M.delaCoulonche. Rev, des Soc, s pomp. Mêla. sav IV. * M. de la Coulonche. Bev. des Soc.
« Hérod. VIII. 137. 138. sav, IV.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQLE PRIMITIVE. 105
temps auparavant le Péloponnèse, TÉpire, la Thqssalie, qui remplissent la Grèce et les îles de monuments cyclopéens, qui dessèchent les marais, déblayent le lit des rivières, assainissent des contrées tout entières, et entourent leurs cités, sorte de camps retranchés, de remparts indestructibles, encore debout? Faut-il dire, avec M. Raoul-Rochette, que cette civilisation exceptionnelle, incomparable pour son temps, est due à ce que la migration s*arrête, et que, si les Pélasges ne fondent rien ailleurs, ou tout au moins rien de pareil, c'est qu'ils ne s'arrêtent pas? Nous ne pouvons admettre cette opinion. Les Pélasges s'ariêtent aussi en Macédoine ; presque tous y arrivent plus tard qu'en Grèce, beaucoup plus tard, par conséquent plus civilisés, et, une fois établis, ils ne bougent plus. Que fondent-ils cependant? Où sont les ruines qui attestent leur puissance et leur civilisation? Oii sont les canaux qu'ils ont creusés, les ouvrages d'utilité générale qu'ils ont entrepris ? Évidemment ces tribus ne sont pas les mêmes que celles de la Grèce : ce ne sont pas ces populations laborieuses et précoces qui répandent sur tous les rivages leur activité^ et laissent partout des traces de leur génie, qui écrivent sur les rochers leurs enseignements et leurs exploits plutôt que de s'en taire, et pour qui les vastes mers, les îles sans nombre, les rivages inconnus, les golfes profonds ne sauraient être des obstacles. Ceux-là sont des géants, que Jupiter est obligé de foudroyer pour les vaincre, ou qu'Hercule seul sait dompter ; il y a chez eux une influence sémitique ; nous retrouvons là les frères de ceux qui ont bâti la tour de Babel et les pyramides, creusé le lac Mœris et le lac Pallacopas. Nous n'y reconnaissons pas les Péoniens; nous voyons chez ces peuples braves et intelligents, mais barbares, beaucoup moins des Pélasges septentrionaux que desillyriensdu midi.
(J. Trolflléme migration t Tencrlens.
Il y a une grande affinité entre les Péoniens et les Teucriens : ils sont Pélasges les uns et les autres; ils sont voisins en Asie ; les Mysiens se mêlent aux uns et aux autres, et le nom de Péoniens du Pangée, de Péoniens du lacPrasias, donné huit siècles plus tard à des tribus qui se disaient encore troyennes, prouve suffisamment cette consanguinité. Mais les Teucriens n'en ont que nominalement le bénéfice, et une autre race se cache sous cette désignation erronée, que cependant nous laissons subsister par déférence pour Tusage. Il est évident, en effet, que les compagnons de Teucer et de Dardanus, Pélasges méridionaux venus dans le même temps de Tîle de Crète et de l'Arcadie, ne sont point la souche subite et immédiate de tribus aussi nombreuses, et que les Méoniens, établis depuis longtemps dans la partie la plus fertile de l'Asie occidentale, entre THermus et le Méandre, ont pu seuls suffire à ces migrations. Ce sont ces Méoniens, appelés Péoniens, peuples de la seconde migration, qui viennent au secours des Troyens des payséloignés, de la ville d'Amydon, des bords du large Axius *. Après leur invasion commence la troisième migration, celle des Teucriens; les Dardaniens et les Mysiens s'y associent, et elle se continue pendant deux siècles, pour ne s'arrêter qu'à l'époque de la guerre de Troie, devant la ligue des Pélasges méridionaux, sous les ordres d'Agamemnon.
a. MysleiiA.
Les Mysieps, frères des Cariens et des Lydiens, se confapdent d'abord avec les Pélasges méridionaux, et habiteAt
1 Hom. IL II. 849.
avec eux au-dessous des Bryges, mais ils ne tardent pas à remonter vers le nord et à s^y fixer. Ils s'étendent le long de THelIespont et de la Propontide, depuis le Rhyndacus jusqu'à THermus, et donnent leur nom à tout le pays. Ils envahissent l'Europe avec les Teucriens, auxquels ils sont mêlés, se frayent un passage à travers les Thraces, s'établissent au nord de l'Hémus, et c'est d'eux que le bassin inférieur du Danube (rive droite) tire son nom ancien de Maesie. Ils se perpétuent jusqu'au moyen âge sous le nom de Mysi le long de THémus, entre les sources de l'^scus (Isker) et celles de l'Iatrus (Iantra),et disparaissent quelque tepips après sous les coups des barbares. Comme ils sont en dehors de la région macédonienne, nous nous bornons à ces détails; cependant ajoutons que certain nombre deMysieps ont suivi les Teucriens en Macédoine, et jusque dans h Péloponnèse, oii leur présence est constatée par le témoignage d'Hérodote \
6> Dardanlens (ThMnates, Galabre«).
Les Dardaniens ont pour auteur Dardanus, venu d'Arcadie àSamothrace, de cette île en Troade, et fondateur de la ville de Dardanum. Presque aussitôt après leur arrivée, ils traversent THellespont à la suite des Mysiens^ franchissent comme eux, en courant, le bassin de l'Hèbre, passent rilémus, et s'établissent à Touest des Mysiens. Ils occupent entre les Pirustes et les Triballes les deux versants de ^^émus depuis TOrbélus, jusqu'au Scardus, et sont 1^9 maîtres des trois cols de Komanova, de Katschanik, et du Kobélitza. On connaît deux de leurs tribus, lesGalabres et les Thunates. Très-redoutés de leurs voisins, ils enva-
1 Uérod. VIL 20.
hissaient ordinairement la Macédoine par les vallées de TAxius et de TÉrigon. M. Poinsignon, d'accord avec Strabon S pense que les solitudes créées dans la vallée du Drin blanc, au sud du Scordus (Baba-Dagh) ont pour auteurs les Scordisques ^, et il ne trouve pas vraisemblable que Philippe, père dePersée, les ait produites pour arrêter les Dardanes. Il est vrai que ces peuples se sont étendus sur les deux versants deTHémus^au moins jusqu'à la Drenska, que Scupi (Uskiup) était une de leurs villes, la seule du versant méridional 3, et que leur route naturelle était la vallée de TAxius. Mais quand Philippe les a prévenus à Scupi et à Bylazora, ils savent très-bien faire le tour parles vallées du Drin blanc et du Drilo, descendre par elles dans rOrestide, et se répandre dans la plaine Argestéenne. Il faut donc s'en tenir au récit de Polybe *, que Tite-Live a traduit, et dire que les Dardaniens ont aussi opéré leurs ravages par le nord-ouest. Les solitudes créées complétaient les moyens de défense, et c'est en faisant du nord-ouest un désert que Philippe, déjà maître des passages du nord, arrêtait les Dardaniens le plus sûrement.
Dans l'invasion gauloise (280 avant Jésus-Christ), Belgius et Brennus ont suivi les mêmes routes, entrahiant avec eux jusqu'à Delphes les Autariates, qui y éprouvèrent de grandes pertes. Les Dardaniens souffrirent peu de cette expédition : leur position intermédiaire entre les passages du nord-ouest et ceux du nord-est, en avant de la chaîne élevée de l'Hémus, les préserva. Ils échappèrent aussi à la domination des Scordisques, et le siècle des Antigonides est leur époque la plus prospère. Ils conservent leur nom, et une certaine organisation intérieure sous les Romains, et s'étendent peut-être
i Strab. VII. 8 Liv. XXVI. 25. XXVII. 33.
« M. Poinsignon. Quid fuerit îllyr. '* Polyb. XXVIII. 3.
aux derniers temps jusqu'à Kuslendil (Tauresium, ou Justiniana prima). Ils conservent jusqu'au bout le souvenir de leur origine troyenne, et s'en enorgueillissent, auprès des Romains, qui avaient la même prétention, peut-être avec moins de fondement. Claude le Gothique^ et Constance Chlore ^ sortent des rangs de la noblesse dardanienne ; Justinien P'' est aussi Dardanien, maisd'une naissance obscure.
c. Teueriens.
Les Teucriens ont pour auteur Teucer, venu de Tîle de Crète en Troade; ils se mêlent aux Mysiens et aux Dardaniens, et passent avec eux en Europe. Ils soumettent les Thraces ^, c'est-à-dire qu'ils exercent sur leurs tribus éparpillées une prépondérance temporaire, qui leur rend le passage libre, de même quà leurs compagnons; ils restent étrangers aux établissements formés dans le nord et dans le nord-ouest, au delà de l'Hémus, mais ils ont la part principale dans ceux fondés à l'ouest, entre le Nestus et le lac Prasias, et les Mysiens seuls y concourent avec eux. Ce sont bien des Mysiens et des Teucriens, qui, descendant vers la mer Ionienne, s'avancent jusqu'au Pénée, coulant vers le midi*, mais nous ne croyons pas que cette dernière invasion se soit opérée par terre. En effet c'e^t vers la même époque que le royaume des Lapithes est le plus florissant, et qu'il embrasSiC presque toute la Thessalie. Les historiens qui ont mentionné le refoulement des Perrhèbes et des iEnianes en Dolopie et en Épire n^'eussent pas manqué de signaler dans le même temps et dans le même pays le passage des Teucriens et des Mysiens, et le fils du riche Tantale peut bien traverser la mer Egée depuis les côtes de Lydie
1 Treb. Poil. Claud. 3 Hérod. VII. 20. 75.
^ Eutrop. Brev. IX. 22. ^ Ibid, VII. 20.
jusqu'à l'Euripe, quand Jes Pélasges Argonautes vont euxmêmes d'iolcos en Golchide* C'est donc par mer quePélops fait son émjgrationj mais jusqu'en Thessalie seulement. Il aborde dans le golfe pélasgique avec de grandes richesses, y lève une armée nombreuse^ principalement parmi les Achéens et les Phtiotes, et pénètre avec ces recrues dans la Grèce péninsulaire^ qu'il soumet presque entièretnent *. Aucun peuple étranger ne traversa la région macédonienne depuis cette époque jusqu'à Tinvasion des Perses.
d. Paroréeos, Dobères, Péoples, Siiirropéoniens.
Les Paroréens, ou Péoniens des montagnes, habitent une étroite lisière entre le Symbolum et la mer depuis la frontière des Piériens jusqu'à celle des Sapéens: leur canton s'appelle Parorée. LesDobères^, ou Dobéro-Péoniens, situés au nord-ouest des Paroréens, sont enclavés au milieu desPiériens et desÉdoniens du Strymon, et semblent n'être que les citoyens d'une ville. Les Péoples habitent au-dessous d'eux, entre la montagne et le fleuve, et occupent une partie de la région appelée Phyllis, répondant au Pangée lui-même ». Les Sirropéoniens s'étendent au delà de FAngitas, autour de Sirris, qui leur donne leur nom. Avant la première guerre médique (507), les Perses sont appelés sur le Strymon par des Péoniens, qui se disent Teucriens d'origine, et colonie de Troie. Les Sirropéoniens, les Péoples, et ceux qui s'étendent jusqu'au lac Prasias sont enlevés par Mégabyse, qui les transporte en Asie, et ils n'en reviennent plus. Les Dobères, les Péoniens du Pangée et du lac Prasias^ les Agrianes et les Odomantes ne peuvent être
» Strab. VII. c. vu. VIIÏ. c. ▼. § 5. « Plin. IV. 18. ^ Tacite. Ann. IV. 56. "^ » Hérod. VII. H3. — Steph. p. 706.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l' ÉPOQUE PRIMITIVE. 111
domptés \ Il semble que ces petites tribus aient été attirées autour du Pangée par la richesse de ses mines, dont elles partageaient l'exploitation avec les Piériens et les Satres\
e. Edonienfii (Panéens, Péonleiis dil K*angée).
Les Édoniens occupaient la rive gauche du Strymon à l'ouest du Pangée, et au nord le pays entre le Pangée et le mont Ménikion, répondant à la vallée de l'Angitas, jusqu'à la frontière des Satres et des Besses ; lesPanéens étaient une de leurs tribus ^, comme les Péoniens du Pangée. Peut-être même ici faut-il lire Pangéens, au lieu de Panéens*, et ne voir dans les Panéens et les Péoniens du Pangée qu'un synonyme du nom d'Édoniens. Ils avaient occupé sur la rive droite du Strymon une partie de la Mygdonie, que les Macédoniens leur enlevèrent^; ils s'étaient aussi répandus dans l'Acte. Ils avaient encore leurs rois lors de la guerre du Péloponnèse, et ils luttèrent opiniâtrement pendant quarante ans contre les Athéniens fondateurs d'Amphipolis *. Depuis le règne de Philippe, père d'Alexandre, ils n'ont plus qu'une valeur géographique, et Amphipolis, macédonienne ou romaine, fait toute leur importance. Les destinées de cette ville se rattachent à la géographie politique.
f. I*éoiileo8 du lae Pruàila».
Les Péoniens du lac Prasias ont eu aussi la gloire de résister aux Perses '. Ils bâtissent leurs maisons sur le lac même, à l'aide de pilotis qui viennent du mont Orbélus. Leurs maisons s'accèdent par un pont étroit, formé par une
^ Hérod. V. 15. 16. » Thucyd. II. 99.
2 Ibid, VII. 112. 6 /6irf. IV. 102. 107. 109.
3 Stepb. 323. 1 Hérod. VII. l24.
^ nà-y-^aioi, au lieu de Havaioi.
trappe bien jointe, et le lac est si poissonneux, qu'il suffit d*y descendre par la trappe un panier, pour le retirer plein de papraces et de tillonsK Le mont Orbélus, dont il s'agit ici, n'est pas le mont Spatz, mais un autre Orbélus mentionné par Arriea *, et qu'Alexandre laisse à sa gauche ainsi que la ville de Philippes, quand il part d'Amphipolis pour franchir le Nestus, et châtier les Thraces autonomes. Ce pourrait être la partie septentrionale du Symbole, répondant aux sources du Kourou-Déré. Par cette rivière, affluent de l'Angitas, les pilotis pouvaient être conduits facilement jusqu'au lac Prasias, qui était leur destination. Le lac Prasias, voisin du Dysorum (Koitiasch), est le lac Cercinitis, il est encore renommé aujourd'hui par sa pêche abondante.
Pélasg^es méridionaax.
Nous appelons Pélasges méridionaux toutes les tribus pélasgiques qui viennent du sud-est, et qui s'établissent dans la presqu'île hellénique, au sud des précédentes. Sans rechercher spécialement Torigine de chacune d'elles, ce qui nous entraînerait hors de notresujet, sans profit pour notre sujet lui-même, nous les rangeons sous trois groupes principaux : les Pélasges méridionaux de la région macédonienne , les peuples conligus, et les colonies pélasgiques. Nous parlerons ensuite très-brièvement des Phéniciens et des Egyptiens, qui ne sont point Pélasges, et qui appartiennent à la race sémitique.
1 Hérod. V. 16. 18. « Arrien. Expéd. d'Alex, I. c. i. § 5.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l/ÉPOQUE PRIMITIVE. 113
A. Pélaisgefl mérldlonaui: de la région macédonienne.
(Chalcidice, Thessalie, Illyrie grecque.)
a. Clialcldiens.
Il n'y a pas de canton dans la région macédonienne qui ait une population plus mélangée que la Chalcidice; toute les invasions ont contribué à sa formation : Tinvasion thrace a donné les Bottiéens, les Bryges ; l'invasion tyrrhénienne lesPhlégréens, les Crestoniens, lesBisaltes; l'invasion teucrienne, les Péoniens du lac Prasias, les Edoniens; enfin les colonies pélasgiques fournissent Enée, et la ville d'iEnia. Nous désignons sous le nom général de Chalcidiens, ou habitants de la Chalcidice, tous les peuples de provenance quelconque qui habitent cette péninsule, quel que soit le nom particulier à chacune des colonies grecques dont son territoire est rempli.
^' Hestiéens.
Les Doriens, tribu hellénique, ont d'abord occupé les cantons occidentaux situés entre le Pinde et la haute Macédoine, et leur ont donné le nom de Doride, qui s'est étendu à cette époque à toute la partie occidentale de la Thessalie, depuis la source du Pénée jusqu'à l'^Eta. Mais les Perrhèbos ayant ruiné par leurs ravages le nord de TEubée, probablement entre l'époque de la guerre de Troie et celle de l'invasion dosThessaliens, et transporté ses habitants sur la terre ferme, établirent dans la Doride septentrionale les Hestiéens, qui lui donnèrent le nom d'Hestiéotide \ Ils florissaient
1 Strab.IX.
au temps d'Homère, et plusieurs villes de cette contrée prirent part à la guerre de Troie, sans qu'on puisse prouver, ou même qu'on soit en droit de supposer qu elles fussent déjà hestiéennes à cette époque. Longtemps après, ceux qui étaient restés en Eubée furent vaincus par Périclès ; obligés d'émigrer, ils se retirèrent en Macédoine \ c'est-à-dire dans rHestiéotide, qui lui est contiguë, auprès de leurs frères, que les Perrhèbes y avaient transportés. Ils occupaient à l'ouest du mont Gercétius la vallée de Pamisus et celle du Pénée, au-dessous des ^Ethices et des Tymphéens, qui s'en disputaient les sources.
Les ^thices, peuplade thessalienne, habitent aux environs du mont Pœura et du Pinde, dans le voisinage de la Macédoine ; leur pays sépare les Tymphéens des Athamanes\ Macédoniens selon les uns, Perrhèbes selon les autres ^ ils n'existent plus au temps de Strabon, de même que leurs voisins les Talares, ou du moins ils ne forment plus un corps de nation. Ils profitent de leur position au milieu des montagnes pour exploiter les routes, et sont adonnés au brigandage*.
d. Tymphéens (iStyiiipliéens, fStymphales).
Les Tymphéens habitaient, sur les deux versants du Pinde et du mont Tymphé, le pays situé entre le haut Aoûs et le Vénético inférieur, et touchaient à l'est aux Eliméen|, à l'ouest aux Atintanes , au sud aux Paravéens et aux iEthices. Leur territoire, renommé pour ses pâturages
1 Thucyd. 1. 114. — Strab. X. 3 Eustath. in II. IL 744.
2 Strab. VII. 8. - Steph. p. 47. * Steph. p. 40.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 115
et pour la beauté de ses bœufs, s'appelait Tymphéide, ou Stymphalide, ou encore Stymphalie * ; Plutarque le nomme Tymphée; il fut soumis assez promptement par les Macédoniens. Alexandre le traversa pour se rendre de Pélion à Pellène en Thessalie ^ Polysperchon commandait les Tymphéens à la bataille d'Arbelles^ La Tymphée, qui ouvrait la route au cœur de la Macédoine, fut donnée à Pyrrhus par Alexandre, fils de Cassandre^ pour le récompenser d'être intervenu contre son frère Antipater *. Pouqueville place à tort la Tymphéide aux sources opposées du Célydnus et du Thyamis autour de Saracovista; Strabon la met formellement au pied du Pinde, et près du Pénée, dont les Tymphéens disputent les sources aux tribus thessaliennes \ iEginium (Kalabaka), située sur le Pénée, est une de leurs villes.
e- Paravéens, Paroréens.
Les Paravéens et les Paroréens sont le même peuple, ainsi appelé soit à cause de son Voisinage de FAoûs, comme Tite-Live ^ appelle quelque part une partie de l'Athamanie Parachéloïde , soit à cause du Pinde, qui en est proche ; ils habitent un pays rude, attenant aux montagnes de llUyrie \ Dans la guerre du Péloponnèse, Orédus, leur chef, conduisit une expédition contre les Acarnanes, alliés d'Athènes ^. Voisins des Tymphéens, ils furent abandonnés avec eux à Pyrrhus par Alexandre, fils de Cassandre ^. La rive gauche de VAous supérieur est la position qui leur convient ; le mont Lingus était sttr leur territoire.
^ Callim.ap. Strab.VII. 8. — Steph. s strab. VIL 8. 671.— Liv. Polyb. — Plut, in Pyrrh. s lW. XXXIX. 26.
* Arricn. 1. 12. 7 strab. VII. 8.
3 Diod. XVII. 57. » Thucyd. II. 80.
* Plut, pyrrh. » Plut. Pyrrh.
f. Atintanes.
Scylax (le Garyanda, dans un texte très-corrompu, place les Atintanes au delà d'Oricum et de la Cliaonic, et les étend jusqu'à TiEmonie (ancien nom de la Thessalie) et jusqu'aux Hestiéens, contigus à tous ces peuples ^ Ils étaient au moins séparés des Hestiéens par les iEtliices, qui sont situés entre les Tymphéens et les Athamanes. Selon la plupart des auteurs ^ c'est une tribu Epirote ; ils combattent avec les Paravéens contre les Acarnanes, alliés d'Athènes. Ils ne paraissent avoir eu que des bourgades : « Je ne pus découvrir, dit Pouqueville, aucunes ruines dans un pays qui probablement ne posséda jamais de villes considérables;, s'il est vrai que cette contrée (vallon de Conitza) fut celle des Atintanes, peuplade isolée dans des villages, dont la barbarie formait le caractère distinctif. ^ »
g- Chaones (Dexares).
Après les lUyriens on trouve les Chaones, tribu thesprote, qui habite un petit espace \ D'abord en partie maritime, la Ghaonie s'étendait sur la mer Ionienne, en avant des Thesprotes et au nord de Gorcyre, sur un espace d'une demi-journée de navigation ^ Mais les Ghaones furent, en même temps que les Thessaliens, rejetés à l'intérieur par les Thesprotes ^, et depuis ils demeurèrent exposés aux insultes des Macédoniens et des barbares de TlUyrie \ Les Dexares, une de leurs tribus, étaient voisins des Enché-
^ Scyl. Cary. G. Gr. min. I. 10. ^ Scyl. Carv. G. Gr. min, I. 11.
2 Strab. Polyb. Thucyd. II. 80. « Sain le-C roi x. Acad. inscr, XLII.
•^ Pouqueville. Voy. en Gr. 1. 179. 550.
'' Scymn. Ch. G. Gr. min. 11.25. ' Plut. Pyrrh. éd. Didot. 1.465.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQLE PRIMITIVE. 117
léens (sans doute dans une haute antiquité), et habitaient au pied du mont Amerus (sans doute Tomarus) \ Les défilés d'Antigonée étaient situés dans la Chaonie (col de Clisoura).
h. Bylllones, Byllidieas, Ainantlns, Oricins.
Ces quatre peuples appartiennent à un même canton, compris entre TAoûs inférieur, le Célydnus et le golfe d'Aulon. Nous avons déjà reconnu parmi les peuples illyriens, au delà du Drilo, les Buliméens, appelés aussi Byllins ou Hyllins^ de race illyrienne, mais tirant leur nom, selon les Grecs, d'Hyllus, fils d'Hercule^. Nous trouvons, dans le bassin inférieur de TAoûs, deux Byllis*: l'une appelée aussi Byline, est intérieure et barbare: Ptolémée la donne sans preuve aux Elimiotes'\ qui ne peuvent pas s'être étendus jusque-là; ses habitants sont appelés Bylliones. L'autre, appelée aussi Balliace ^ est maritime ( iiapaÔaXào-o-i.a ) ; elle a été fondée par les Pélasges Myrmidons de la suite de Pyrrhus, ou Néoptolème, fils d'Achille ^ et elle est mêlée à r histoire des colonies voisines, principalement à celle d'Apollonie. Déclarée libre par les Romains, elle reçut les troupes de César ^ et ses habitants sont appelés Byllidiens par Pline ^
La ville d'Amantia fut fondée sur la côte illyrienne, près d'Oricum et de Corcyre, par les Abantes, partis de Troie ^\ Ce nom d'Amantia n'est pas une forme corrompue introduite par les barbares ; les Grecs disaient indifféremment Abantes et Amantes. Libre comme Byllis, Amantia accueillit
1 Steph. p. 230. '6 Chrest. Strab.
2 Steph. Byz. 179. 387. ' Steph. 188.
3 Steph. verho. » Caesar. Civ. III.
* Plin. III.23. 26. 9 Plin. III. 26.
^ Ptol. III. 13. 10 Sieph. p. 71.-Strah. X.
comme elle les Césariens\ Pline distingue des Amantins libres les Amantins barbares^ : peut-être faut-il voir dans ces derniers les habitants de la ville de Bantias (Abantia), que Ton trouve chez les Dassarètes, dans le pays des Cali^ céniens. Les Abantes, originaires de TEubée et voisins des Hestiéens, ppt pauplé la partie de la côte chaonienne, qui a reçu d'eux le nom d'Abantide, et ont fondé des établissements jusque dans la Macédoine^ (Bantias chez les Calicéniens; en Emathie Eubéa ou Lebéa).
Oricum, située au fond du golfe d'Aulon, dans le paysd'Amantia, et à 60 stades (H kilomètres) * de cette ville, fut fondée, selon les uns, par les Eubéens revenant de Troie*; selon d^autres, par Jes Golchiens ^ Elle était, comme les villes qui précèdent, bâtie sur le territoire des Chaoniens ; elle fut longtemps le point de débarquement des Romains en Grèce, jusqu'à la conquête de la Macédoine; ensuite Dyrrachiura lui fut préférée, mais sans lui ôter toute sop importance, et César l'occupa dans sa lutte contre Pompée.
>. Orestiades.
L'Orestiade s'étend à 80 [stades (14^800) sur le littoraP. Selon Topinion la plus vraisemblable, la ville d'Orestias^ dont elle formait le territoire, fut bâtie par un petitfils d'Oreste, qui, après avoir conquis tout le pays jusqu'à 1^ mer Ionienne, lui donna le nom d'Orestide^ Sans doute elle dut son origine à une émigration des Orestes de la Macédoine, dirigée vers l'ouest, tandis qu'une autre émigration, également partielle, dirigée vers l'est, et conduite par
1 Plin. IV.IO. — Caes. Civ. III. ? Cic. Plin. 10.
2 Plin. IV. 17. III. 26. 8 Scyl. Cary. G. Qr. min. ï, 10.
3 Polyb. V. 108. 9 Strab. VII. — Solin Polyb. c.ix. * Scyl. Cary. G. Gr, min. 1. 10. — Eusthat. ad Dion. V. 682.r^ Steph. K Scymn.. Ch. G. Gr. min. 11.25. vo. — Tzetzës. Ghil. V. hist. 247.
6 Plin. III. 26.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 119
Archélaùs, fils de Penthilus, traversait l'Hellespont et s'établissait près du Rhyndacus, autour de Dascylium ^ . Il est certain qu'Orestias n'eut jamais qu'une importance municipale. Elle était autonome du temps de Philippe^ fils de Démétrius, et fut déclarée libre pour avoir trahi Philippe et s'être alliée aux Romains ^ On ignore ce qu'elle devint sous les empereurs, à partir du siècle de Pline l'Ancien.
fi. Peuples contigus.
a. Thesprotetu, lllolosses.
Les Thesprotes habitaient au-dessus des Chaoniens, en face de Corcyre^ Les Chaoniens et les Thessaliens étaient deux de leurs tribus, et c'est en se répandant à l'ouest, sur le littoral ionien, qu'ils refoulèrent les Chaoniens au nord, sur les deux rives du Célydnus, et les Thessaliens à l'est, jusqu'au Pinde, qu'ils franchirent. A côté des Thesprotes, et au sud des Atintanes et des Paravéens, les Molosses, qui, comme les Thesprotes et les Chaones, avaient pour auteurs lesPélasges de TArcadie, occupaient le bassin supérieur du Thyamis et du Charadra. Ils furent gouvernés du douzième au troisième siècle avant Jésus-Christ par la dynastie grecque des iEacides, dont Pyrrhus, fils d'Achille, est le fondateur, et leurs rois furent unis aux rois Téménides de Macédoine par des alliances de famille. L'Epire obéissait aux Molosses quand la dynastie des iEacides s'éteignit ; ils ne dissimulèrent pas alors leurs dispositions favorables pour les rois de Macédoine, et attirèrent sur eux la vengeance du sénat, qui détruisit du même coup soixante et dix de leurs villes. On trouve encore dans leur pays, principalement à
i Raoul-Rochette. Col. gr, III. 54. 3 Scymn. Ch. G. Gr. min. II. 26. 2 Liv. XXXIIÏ. 34.
Butrinlo et à Konispoli, des ruines qui attestent leur ancienne splendeur.
b. Hellopco, Uelles ou Selles, Hellènes.
Les Hellopes, appelés aussi Belles ou Selles \ habitaient à l'ouest du mont Tomarus, autour du temple de Jupiter Dodonéen, et leur pays s'appelait Hellopie ^ La ruine cyclopéenne de Gardiki est Tenceinte des Selles, qu'Hésiode appelle la demeure des Pélasges (ueXào-Ywv eSpavov), et le temple de Jupiter Dodonéen est situé à 400 pieds au-dessus de Gardiki ; Tacropole de Gastritza est la ville de Dodone, que Favorin appelle la capitale des Hellopes, riches en troupeaux \ C'est de ce pays que sont venus les Hellènes. Chassés des bords de i'Achéloûs et du lac Pambotis par une inondation qui pourrait bien être le déluge de Deucalion \ ils se réfugièrent dans le bassin du Sperchius (Hellada), et sur le mont (Eta, entre le Sperchius et le Parnasse; ils partirent de là pour couvrir de leurs établissements la Grèce tout entière.
c. Athanianes.
Le pays des Athamanes touche à la Thessalie ^; il répond à la vallée supérieure de PAchélous, et s'est étendu un moment jusqu'au golfe Actiaque. Voisins du Pinde, dont ils possédaient les passages, les Athamanes n'étaient séparés de la Macédoine que parles Paravéens et les ^Ethices, et leur pays fut ravagé plusieurs fois par les Antigonides. Tite-Live donne à une partie de l'Athamanie le nom de Pa-
1 Steph. 260. 593. * Aristot. Meteorol,
5 Hom. //. XVI. 234. s Scymn. Ch. G. Gr. min. H. 35.
3 Pouqueville. I. 91. 97.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 121
rachéloïdeS qui lui convient très-bien ; ce n'est pas l'Athamanie proprement dite, mais le pays qui se trouve au-dessous, un peu au sud-est, comme en Macédoine la Paraxia par rapport à TAxius, et c'est probablement l'Apérantie, gagnant la frontière des Etoliens. Amynander, roi des Athamanes, chassé par Philippe^ fils de Démétrius, puis rétabli, dut à la faveur de Flamininus de remonter sur son trône, et il se montra l'instrument docile de la politique du sénat *. Lorsque la lutte fut terminée avec les Macédoniens et les Etoliens, il ne fut plus question des Athamanes, placés par les uns en Epire, par les autres en lUyrie, et ils ne conservent leur nom que che^ les géographes.
d. Dolopes.
La Dolopie était située au sud des Hestiéens, au pied du mont Othrys. LesDolopes, qui lui avaient donné leur nom, appartiennent aux premières migrations pélasgiques dans TiEmonie, comme les Myrmidons et les Phthiotes. Les Myrmidons, venus de l'île d'Egine, émigrent en Epire, à la suite du fils d'Achille , et y perdent leur nom : Byllis (TrapaQaXào-o-ia) est leur ville. Les Phthiotes et les Dolopes demeurent en ^Emonie, et y laissent leur nom à deux cantons contigus, la Phthiotide et la Dolopie. C'est par la Dolopie que les Antigonides envahissent le territoire des Etoliens, et leurs armes y pénètrent souvent, principalement aux derniers temps ; mais ils n'y font guère que des incursions, sans durée ni conquête certaine. Cette occupation, de date récente et tout à fait précaire, n'a pas empêché les Romains de comprendre la Dolopie dans la province d'A-
1 Liv. XXXIX. 26. 2 poiyb. XVIl. 10. - Steph. Byz.
chaïe ; c'est pourquoi nous l'excluons nous-mêmes de la région macédonienne.
Les Tbessaliens sont les Thesprotes du littoral, et font, comme les Chaones, partie de cette puissante nation qui se rattache aux Pélasges par les migrations arcadiennes. Chassés de la côte par les Thesprotes, ils se portèrent à Test, franchirent le Pinde, traversèrent la Dolopie, et remplacèrent dans l'ancienne ^Emonie les Eoliens, tribu hellène, qui avaient eux-mêmes succédé aux Lapithes. Le pays occupé par eux est le bassin central, appelé de leur nom Thessaliotide ; les Phthiotes se maintinrent au midi, les Magnètes à Test , les Hestiéens au nord-ouest , où les Perrhèbes les avaient établis. A l'ouest, les Dolopes recouvrèrent leur autonomie par l'émigration des Doriens dans la Hellade et le Péloponnèse; les Perrhèbes et les iEnianes furent rejetés au delà du Pinde et de TOthrys, ou refoulés au pied de TOlympe, et la contrée s'organisa régulièrement, sous la prépondérance de la tribu victorieuse, dont le nom lui est toujours resté depuis cette époque. Quoique les peuples de cette contrée portent le nom général de Tbessaliens, et que ce soit toujours sous ce nom qu'ils figurent dans leurs rapports avec les rois de Macédoine, il faut cependant remarquer que géographiquement le nom est spécial aux habitants de la Thessaliotide, et que les limites de la Thessaliotide sont en dehors de la région macédonienne. C'est pour cela que nous rangeons les Tbessaliens parmi les peuples contigus, tout en conservant à la partie thessalienne de la région macédonienne, jusqu'à la rive gauche du Pénée, le nom de Thessalie épictète.
GÉOGBAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE PRIMITIVE. 123 U If Asnète(i.
M. Raoul-Roche tte * fait observer avec raison, à propos des PhÉhiotes et des Achéens, que ces noms, appliqués postérieurement à des tribus helléniques qui habitaient en effet la Phthiotide et TAchéotide (Ày^aitoTiç), avaient été portés dans Torigine par des tribus pélasgiques fixées sur le même territoire. Cette remarque convient aussi à la Magnésie, oii régnait Philoctète avant la guerre de Troie, et le nom de Magnètes, qui se retrouve en Asie près du Méandre et du mont Sipyle, paraît se rattacher à la grande migration teucrienne, dont l'expédition de Pélops est au midi le principal épisode. Ainsi, la dynastie qui régnait à Mélibée aurait avec celles de Mycènes et de Sparte une origine commune, et elles seraient^ sinon contemporaines et issues de la même souche, au moins parties des mêmes contrées. Mais quand Philoctète, après la guerre de Troie, fut jeté par un naufrage sur la côte d'Italie, où il fonda Pétilie, des colonies hellènes s'établirent sur la côte Magnésienne. C'est alors que, délivrés de crainte par la dispersion ou l'affaiblissement des Perrhèbes, les Hellènes, mêlés aux anciens Magnètes dont ils prirent le nom, s'étendirent au dalà du Pénée jusqu'à Dium. On sait, en effet, qu'à une certaine époque le .littoral a porté le nom de Magnésie jusqu'à ce point, et cette époque doit se placer après la guerre de Troie, entre la domination des Perrhèbes et celle des Macédoniens.
Grâce à leur position entre la mer Egée et les chaînes du Pélion et de l'Ossa, les Magnètes n'avaient pas à souffrir des invasions, et ils pouvaient se défendre aisément contre
1 Raoul-Rochette. CoU gr. II. 7.
leurs voisins. Ils firent eux-mêmes de fréquentes invasions dans le nord, et on voit aux différentes époques les maîtres de la Piérie construire des places fortes, comme Phila, Héracléum et Lycostomion, sur la frontière, pour les tenir en bride. ^