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C. Colonies

Les colonies grecques fondées sur les côtes de la mer Egée ou de la mer Ionienne ont leur place marquée dans Thistoire des temps primitifs, et cette place est d'autant plus importante, que la civilisation des temps qui suivent est due surtout aux colonies ; mais aucune d'elles ne constitue une nationalité assez puissante, aucune ne jouit d*abord d'une influence assez étendue, pour nous avoir transmis des annales suivies, et pour se prêter à un développement même sommaire. Plus tard, quelques-unes seulement y parviennent ; ce que leur histoire peut offrir d'intéressant entre naturellement dans la description politique. C'est donc plutôt le mouvement dans son ensemble, la façon dont se groupent ces divers établissements selon les époques ou selon les métropoles, que nous nous proposons d'examiner; nous le ferons en quelques mots, pour éviter d'avoir à nous répéter nous-mêmes.

Parmi les colonies grecques de la région Macédonienne, les plus anciennes sont les colonies Cretoises ^ Botton, chef des Cretois, donne son nom à la Bottiée ; des Athéniens sont mêlés aux Cretois, comme le prouve une tradition conservée jusqu'au temps d'Aristote ; ils se mêlent eux-mêmes aux Piériens, premiers habitants du pays, et c'est là l'origine des Bottiéens, peuple vivace, qui s'est perpétué sous

1 Raoul-Rochette. Col gr. II. 182.

ce nom jusqu'à la ruine de la Macédoine. Il faut rapporter à la même époque et au même peuple trois villes de TEmathie, situées sur TAxius, et dont les noms sont évidemment Cretois, Idomène, Atalante et Gordenia : elles existaient encore au cinquième siècle avant Jésus-Christ, lors de l'expédition de Sitalcès.

Un peu plus d'un siècle après les Cretois, les chefs grecs et troyens, poursuivis par les naufrages et par les malheurs domestiques, se dispersèrent sur toutes les côtes voisines de la Grèce^ et la Macédoine eut sa part dans cette dispersion. Enée fonda Mn'm en Ghalcidice; Pyrrhus fonda Byllis, au confluent de TAoûs avec le Polyanthus ; Penthilus fonda Argos Oresticum ; les Orestes, ses compagnons, bâtirent plus tard Orestias, et les Erétriens revenant de Troie sont les auteurs d'Oricum, d'Amantia, de Bantias et de LebéaouEubéa.

La plupart des colonies grecques de la Ghalcidice ont les habitants de Tîle d'Eubée pour auteurs, mais à des degrés différents : elles ne paraissent pas antérieures au huitième siècle avant Jésus-Christ. On attribue directement à Chalcis Eubéenne les villes de la presqu'île de Sithonie et de la Paraxia : Torone, Singis, Sermylis, Mécyberne, Olynthe, Chalcis Chalcidique, Aréthusa. Erétrie Eubéenne est la métropole d'Aphytis, Néapolis Chalcidique, iEga, Thérambus, Scione, Mendé, Sané, et généralement toutes les villes de la presqu'île de Pallène. Chalcis Chalcidique fonda à son tour Assorus, Elymnium près d'Acanthe. Mendé fonda Eione en Thrace ; les Bottiéens, Piériens mêlés de Cretois, d'Athéniens et de Chalcidiens, fondèrent ApoUonie Chalcidique, ApoUonie Mygdonienne et Apollonic Actéenne, en Thrace ApoUonie Piérienne. Les Andriens, colonie eubéenne, peuplèrent la presqu'île d'Acte, fondèrent Thyssus, Gléone. Acrothoon, Olophyxus, Sané

Acléenne, Dium Actéenne, Charadries, Argilus, Cardylium, Acanthe et Stagire; Stagire fonda peut-être Thérambus **. Cette liste est très-incomplète : parmi les trénle-deux villes détruites par Philippe dans sa guerre contre les Olynthiens, beaucoup ont péri sans laisser même leur nom. Cela suffit cependant à faire ressortir la puissance des Eubéens avant la soumission de leur île au peuple athénien.

Les autres colonies, dont quelques-unes sont très-considérables, ne présentent pas le même ensemble. Les Pariens ont des établissements à Thasos ; les Thasiens couvrent de leurs colonies toute la côte, depuis le Strymon jusqu'à la Chersonnèse ; dans la Parorée Œsyme et Galepsus, Antisara, Scaptésylé, leur appartiennent, et à Test du Nestus Dicéopolis. Les Athéniens bâtissent Amphipolis , Eion du Strymon, Néopolis paroréenne, et sans doute aussi quelques villes de la Bisaltique. Corinthe fonde Potidée, et sur la côte adriatique Apollonie ; Corcyre fonde Epidamne.

Il est encore une autre série de villes anciennes, souvent construites sur remplacement de villes antérieures, et dont les rois de Macédoine sont les créateurs, Perdiccas II bâtit dans la Chalcidice Stratonicéa; Philippe, père d'Alexandre, embellit Pella et Thessalonique, bâtit dans la Lyncestide et dans la Bisaltie deux Héraclées, dans la Piérie un Héracléum, dans la Thrace Philippes et Philippopolis. Alexandre donna à la capitale des Médares ou Médarores le nom d'Alexandropolis, et bâtit en Bisaltie Euporia. Cassandre agrandit Theasalonique^' bâtit sur le cours inférieur de TApsus Antipatrie, dans la Pallène Cassandréa, à la place de Potidée , dans l'Acte Uranopolis, à la place de Sané. Toutes ces villes, comme les suivantes, ont un but défensif : elles pro-

* •Raoul-Hôchetté. Col. gr. III. 209. ont fondé Stagire, si Ton tient compte

* Il serait plus naturel de penser de la position d'Andros, leur raélroqae les Thérârabiens ou Strambéens pôle, par rapport à ces deu» villes.

tégent le royaume à Tintérieur contre les tribus illyriennes, sur les côtes contre une invasion et une tentative de débarquement, et elles commandent les passages difficiles. Antigone de Goni étendit encore ces précautions : il fonda une Antigonée sur le cours de TAoûs, contre les attaques des Epirotes, une seconde sur la frontière des Pélagoniens, une troisième presque aux sources de l'Echédorus, sur la frontière des iEstré^ns et des Maedes, une autre en Ghalcidice. Démétrius II, fils d'Antigone de Goni, bâtit Phila contre les incursions des Magnétos. Philippe, fils de Démétrius, éleva sur TErigon la nouvejle ville de Perséis, et accrut à Tentrée du défilé de Tempe la ville de Gonnocondylon, à qui il donna le nom d'Olympias. Les autres villes, si nombreuses dans la région macédonienne, n'ont pas d'origine certaine, ou sont propres aux tribus illyriennes, thraces ou pélasges, qui occupaient leur territoire.

]^£UPL£S SÉMITIQUES.

(Phéniciens, Egyptiens).

L*influence exercée par les peuples sémitiques, c'est-àdire par les colonies phéniciennes et égyptiennes, sur la civilisation et les institutions des Macédoniens serait minime, si on la rattachait exclusivement aux établissements fondés par ces peuples sur son territoire. En effet, la défaîte de Gigon, roi des Éthiopiens, par Bacchus aux environs du cap Gigonis\ et la colonie phénicienne conduite à Thasos par Cadmus et Thasus^ sont à peu près les seules traces d'occupation directe que nous ayons. Mais il ne faut pas

1 Steph. Byz. v». '^ Scyran. Ch. G. Cr. m. II. 58.

oublier que les Égyptiens ont pénétré de très-bonne heure dans la Colchide, d*où les lUyriens sont partis (peut-être 3,000 ans avant Jésus-Christ) \ que Sésostris a porté ses armes en Asie Mineure, et même en Thrace, et que les Pélasges du nord et du midi n'ont pénétré en Europe qu'imprégnés des idées phéniciennes dans leur religion, leurs institutions, et leur industrie elle-même. Nous n'abordons pas ce sujet, qui ne se rapporte qu'incidemment à notre travail : nous allons seulement indiquer comment, selon nous, les traditions phéniciennes et égyptiennes ont pu se répandre jusqu'en Thrace et jusqu'eu Macédoine, et quelle route à peu près elles ont pu suivre.

Ce sont vraisemblablement les Phéniciens qui ont importé dans la religion primitive des Grecs les dieux Cabires (les forts), qu'ils adoraient au même titre que les Égyptiens, c'est-à-dire comme les sept planètes, auxquelles s'ajoute un pouvoir suprême : ils lui attribuaient aussi une vertu fécondante. C'est parla vallée de TEuphrate, et peutêtre à la suite des armes égyptiennes, que ce culte s'est répandu ^ ; on trouve en effet dans le bassin de l'Euphrate le fleuve Chaboras, qui rappelle leur nom. Ensuite ce culte se propage de proche en proche à travers l'Asie Mineure jusqu'à Samos^ puisa Samothrace, et delà en Thrace et en Macédoine ^. Sous l'empire romain quelques villes avaient l'usage de représenter sur les médailles, avec les attributs des Cabires, tel ou tel personnage de la famille impériale : c'est une basse flatterie de peuples dégénérés, et sans portée aucune. Les mystères cabiriques, dont Samothrace était le centre, étaierit accompagnés d'orgies et de pratiques d'une extrême licence ; cependant ils jouirent d'une grande re-

1 M. Guigniaut. ReU de Vantiq. 2 ji.Guigniaut. fiei.de Tan/tg. t. II. t. III. 3e partie. 1050. Ire partie. 285. 308.

^ rd, ihid. 288. 300.

GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A i/ÉPOQUE PRIMITIVE. 129

nommée longtemps après Tère chrétienne, et le sage Germanicus eut Tintention de s'y faire initier*. Sabazius est un dieu cabire, si on en croit Cicéron^.

On attribue à la Phénicie ou à TÉgypte, outre le culte des Cabires, celui de Saturne (Baal), de Junon (Astarté), le culte d'Hercule, chez lequel on croit voir la personnification de Sem, et qui à Tyr s'appelle Melkhart, celui de Gigon, danseur, ou dieu de la table chez les Égyptiens^; il y a des génies farceurs dans les mystères de Gérés et de Bacchus. L'Adonis des Phéniciens est le même que Priape, et Vénus est toute phénicienne. Les Phéniciens adoraient également Cybèle sous le nom d'Attis ; son culte doit pénétrer en Europe par les Bryges, car c'est en Phrygie, chez les Bérécyntes, et à Pessinunte, qu'elle a ses sanctuaires les plus célèbres. Enfin il y a des emprunts communs avec Textrême Orient : Diane Éphésienne et Apollon Lycien sont les dieux des Mèdes et des Perses, et une véritable personnification des astres *.

Hercule n'est pas le seul héros que les Grecs aient reçu des peuples sémitiques : Typhon chez eux est devenu Antée, Anubis Mercure ;Busiris est une autre forme d'Hercule. Dionysos est devenu Bacchus, le dieu trompeur (Apaturius), dont les fêtes à Athènes s'appellent Apaturies, et le culte des génies ou démons y est mêlé. Le culte des héros est en général d'un caractère funèbre, et n'a point la gaieté et la solennité du culte des dieux ^ C'est avec ces éléments trèsdivers que les Grecs, à l'époque oii cessent leurs migrations, établissent leur théogonie (Hésiode). L'Assyrie, la Perse, la Phénicie, l'Egypte, la Lybie y apportent leur contingent;

^ M. Guigniaut. ReL de Vantiq, t. II. piens ; on retrouve son nom dans celui 1 '^« partie. 525 . du cap Gigonis.

-^ Cic. De nat. Deor, III. 23. * M. GuigniautT, ReUde Vantiq, 1. 1.

3 Gigon est aussi un roi des Ethio- 2» partie. 276 283. 296.

s Id. ibid. 435. 480.

mais la race illyrienne a également sa part. Nous ne parlons pas de Cérès, dont le culte vient des bords du Pont, et dont les fêtes à Eleusis (Eleusinies, Thesmophories,) avaient tant d*éclat, ni de Perses, héros solaire de TArgolide, et tige des Perses; la Colchide, appelée à juste titre une seconde Egypte, peut avoir fourni ces données*. Les véritables dieux illyriens sont simples comme les barbares qui les adorent: c'est Mars, le dieu de la guerre, qu'on trouve chez les Thraces comme chez les Scythes ; Hécate, qui écarte, qui éloigne le péril ; Ilithya, la bonne fîleuse ; Ops, la secourable\ Peut-être faut-il voir dans ces divinités illyriennes une transition aux personnifications, comme Esculape, dieu delà médecine; ses filles Hygie et Panacée; Trophonius le nourricier, Até la nécessité. C'était déjà une sorte de progrès, une source abondante de conceptions élevées et de réflexions utiles, et l'élément d'un haut degré de civilisation.

Dans les sciences et dans les arts, Ilithya, la bonne flleuse , est déjà l'objet d'un culte chez les Illyriens, ou, comme on les désigne plus généralement, chez les peuples hyperboréens. Il y a donc déjà quelque indujstrie, au moins l'industrie nécessaire, et ce n'est que pour les objets de luxe ou de parure qu'on a recours au commerce d'échange avec les colonies grecques, plus avancées et plus habiles. Il n'en est pas de même de l'architecture. Les Égyptiens ont longtemps auparavant montré leur savoir-faire par la construction des pyramides ; on trouve des villes vastes et opulentes en Phénicie, et chez les peuples de l'Asie centrale bien avant l'invasion des Pélasges en Grèce ; c'est Perses qui amène d'Orient en Europe les Gyclopes^ qui bâtissent Mycènes ; Tyrinthe, dont l'existence est antérieure, avait été bâtie par

1 M.Guigniaut. f?e«. de raniig. t. m. 2 m. Quigniaut. ReldeVantiq.t, I. 2e et 3e partie. 1050. 2« partie.

des Lyciens ; tous ces ouvriers sont pélasges, et leurs monuments sont appelés avec plus de vérité pélasgiques que cyclopéens. C'est beaucoup plus tard que Tarchitecture primitive est modifiée : Tart grec en sortira. Toujours cependant la région macédonienne demeurera tributaire des peuples du Midi pour les constructions ; les lettres et les arts n*y pénètrent qu'au cinquième siècle, sous le règne d'Archélaûs, et y sont représentés par des étrangers jusqu'à l'époque de Tasservissementde la Grèce.

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