CHAPITRE III
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE.
Les Téménides.
a. Orig;lne des Macédonieun t les Macednes.
Le nom de Grecs était plus ancien que celui d'Hellènes, et la Grèce, ou pays des Grecs , répondait dans les premiers temps au bassin moyen de l'Achéloûs. Les Helles ou Selles étaient une tribu des Grecs, ou, comme les Grecs leurs \oisins, une tribu pélasgique d'Epire, lorsque le déluge de Deucalion (débordement de l'Arachtlius et de TAchéloûs) les obligea d'émigrer dans la région inférieure du Pinde, entre le Sperchius et le Parnasse. Nous ne voyons pas que dans les parties inondées le nom de Grecs ait survécu à cette émigration ; les Epirotes ne Tout pas porté, et il n'a été remis en vigueur, pour exprimer la nation entière, que par les écrivains romains, qui sans doute l'avaient reçu des colonies de l'Italie méridionale (Grande Grèce). Il faut donc, ou que cette tribu des Grecs ait péri dans l'inondation, ou qu'elle se soit fondue avec les tribus voisines, ou, ce qui est plus vraisemblable, qu'elle ait fait corps avec les Helles, émigré comme eux, et adopté comme eux le nom d'Hellènes. On comprend alors facilement que dans l'invasion des Enehéléens ou Cadméens^postérieure de ^lus d'un siècle, une
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partie des Doriens de THestiéotide, alors comprise entre le Pinde et l'Olympe, aient été chassés par les Enchéléens qui les trouvaient sur leur route, qu'ils se soient jetés, non pas dans Pindus, ville de Pliocide, beaucoup trop éloignée de rHestiéotide,mais dans le Pinde lui-même, qui se trouvait à proximité, et qu'ils y aient pris le nom de Macednes , emprunté au canton qu'ils occupaient ^ Ainsi Macednum est le canton du Pinde dans lequel se réfugient les Doriens appelés plus tard Macednes, lorsqu'ils sont coupés des autres Doriens par l'invasion enchéléenne. C'est de Macednum qu'ils ont, en suivant le Pinde et les Cambuniens, descendu le long de THaliacmon jusqu'en Emathie ; on les y retrouve, au pied duBermius, à l'arrivée des Téménides.
D'après cette migration vraisemblable % qui a pour analogues celles des Perrhèbes et des Hestiéens, et plus tard en sens inverse, celles des Perrhèbes et des iEnianes, et que Strabon semble indiquer en étendant la Thessalie au nord jusqu'à la Macédoine supérieure^ (ou libre; au moins l'Elimiotide; x-riç àvw MaxeSovLaç) et jusqu'aux Péoniens ([jLiy^pi IlawvLaç) *, les Macednes ne sont pas seulement Grecs, ils sont encore Hellènes. Mais c'est une peuplade faible et obscure, établie de bonne heure dans lesjardinsde Midas au-dessous du Bermius, et soumise aux Emathiens, puisque le roi d'Emathie la donne à Caranus S- il faut qu'elle soit ravivée par une migration nouvelle pour songer à quelque agrandissement.
b. i.es Téniénldes t Carauus^ Perdlccas.
Nous abandonnons le récit de Justin qui se rapporte à
i Hérod. I. 56. * Id. ibid. § 1. p. 368.
2 Fréret. Acad. insc, XLVII. 133. » M. Poirson. Hist. anc. p. 341.
3 Sirab. IX. c. v.' § 3. p. 3G9.
Caranus* ; M. de la Coulonche l'a réduit à sa juste valeur, et sans chercher plus que lui à le concilier avec le récit d'Hérodote, nous prenons l'histoire desTéménides au règne de Perdiccas P^ Cependant nous ne voyons pas dans le roi de Lebœa, dont [parle Hérodote, un roi des Labéates, et nous ne croyons pas impossible qu'un établissement téménide ait précédé Perdiccas ^
Perdiccas vit au commencement du septième siècle avant Jésus-Christ; il règne sur les Macednes, qu'il a soumis, ou qui lui ont été abandonnés à la suite d'une guerre contre les Orestes par le roi des Emathiens ou des Eordéens ; il possède autour du Bermius le pays des Bryges (jardins de Midas), et il s'étend dans la plaine jusqu'à Edesse, dont il fait sa capitale, et où il veut être enterré. Dès le commencement la succession au trône n'est point stable, et il y a rivalité entre les branches collatérales. Thucydide, lors de l'expédition de Sitalcès contre Perdiccas II, nous parle de Philippe, fils d'iEropus , et d'Amyntas, fils de Philippe, qui disputent la royauté aux descendants d'Alcétas et d'Amyntas P^ C'est le même spectacle quelque temps cyprès, à la mort d'Archélaûs, et le même encore à la mort d'Amyntas IV. Il n'est pas inutile de le faire observer dès le commencement; c'est dans les mœurs de la nation, et cela se reproduit encore à Tavénement de Philippe, père d'Alexandre.
Depuis Perdiccas P"" jusqu'au règne d'Amyntas P% pendant environ cent soixante ans, les Téménides, maîtres d 'Edesse, ont soutenu certainement une guerre active contre leurs voisins. Déjà on les voit exposés aux attaques des Illyriens et luttant difficilement contre eux ; ils avaient obtenu des résultats importants, soumis l'Eordée, et ils possédaient
1 Justin. VIL 1. 2 Hérodote, VIII, 137.
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probablement une partie de la Piérie, dont ils avaient chassé les habitants (Piériens de Phagrès, dans la Piérie de Thrace) S lorsque Tinvasion des Perses sous Darius P^ fils d*Hystaspe, vint tout remettre en question.
c. Invasion des Perses; Darius.
Les Perses paraissent pour la première fois en Europe à la fin du sixième siècle ; leurs expéditions, qui se succèdent pendant trente ans (508-478), nous donnent les premières notions détaillées sur la partie méridionale de la région macédonienne, et à ce titre elles méritent de nous arrêter un moment. Néanmoins, la géographie du pays est le sujet qui nous occupe, nous ne l'oublierons pas, et nous nous garderons bien de refaire hors de propos Fhistoire de la Macédoine.
Quand Darius envahit TEurope, c'est surtout pour se venger des Scythes ; il ne songe auxThraces que parce qu'ils se trouvent sur sa route, et il est prpbable qu'il eût laissé en paix les Macédoniens, encore faibles, et assez éloignés, si les Péoniens du Pangée, en demandant son appui, ne lui avaient suggéré des idées plus ambitieuses. Mégabyse, un de ses lieutenants, soumet la vallée du Strymon, et transporte en Asie les Sirropéoniens et les Péoples^; mais il échoue contre les autres Péoniens, défendus par un lac ou par des montagnes. Cette première expédition n'a pas d'autre résultat, et la tranquillité subsiste pendant un intervalle de quatorze ans (507-493). Mais, après la réduction des Ioniens et des villes grecques d'Asie, Darius entreprend de se venger des Athéniens, qui leur ont donné des secours, et alors il renouvelle ses projets contre la Macédoine. Méga-
1 Thucyd. U. 99. 2 Hérodote. V. 15. 16.
byse est encore envoyé pour demander la terre et l'eau ; c'est un ambassadeur, ce n'est plus un général. Alexandre, fils d'Amyntas, trop faible pour engager une lutte ouverte, a recours à la ruse : les chefs ennemis sont égorgés dans un festin avec leur suites Bubarès, chargé par Darius de rechercher les coupables, est gagné, et épouse Gygée, sœur d'Alexandre. Amyntas l'Asiatique, issu de celle union , reçut plus tard de Xerxès la grande ville phrygienne d'Alabanda *.
d. ULer&és.
Jusqu'alors on n'avait pu juger de la puissance du grand roi que par ouï-dire ; la flotte de Darius avait été dispersée par la tempête aux abords de TAthos, et la défaite des Perses à Marathon avait inspiré aux Grecs un grand courage. Mais l'invasion de Xerxès, si supérieure à toutes les précédentes, répandit dans la Macédoine et dans toute la Grèce une terreur profonde; la plupart des peuples jusqu'aux Thermopyles se soumirent sans combat. Dans cette expédition remarquable, qui se continua pendant à peu près quatre ans, nous n'avons pas à signaler ce que fait Xerxès en Thrace ou en Thessalie; suivons-le seulement dans sa marche à travers la Macédoine.
Xerxès attend en Thrace que le canal de TAthos soit achevé; lorsqu'il en est averti, il passe le Nestus, traverse an lac poissonneux et salé de 30 stades de circuit (S'"'-, 50), laisse à gauche les villes grecques et maritimes, dont Pistyre fait partie, et, gagnant Tintérieur des terres par le territoire des Sapéens, des Derséens, des Edoniens et des Satres, il reçoit la soumission de tous ces peuples, excepté
1 Hérod. V. 20. 21. « Hérod. VIII. 136.
des Satres. Il passe auprès de Pergame et de Phagrès, petites forteresses possédées par les Piériens, et, laissant le Pangée adroite, il traverse le pays des Péoniens, du Pangée, des Dobères, des Péoples, qui habitent sur les plateaux moyens du Pangée, au vent de nord-est, la région appelée Phyllis ( UTcepoixIovTaç 8è to UàyycLioy Tzpàq Bopéeto àvi[Jioi>). C'est ainsi qu'il poursuit sa route vers roccident jusqu'au Strymon, et jusqu'à la ville d'Eion. Il retrouve à Eion le Perse Bogès; les Mages y immolent au fleuve des chevaux blancs; à Neuf-Voies, neuf garçons et neuf filles du pays sont enterrés vifs, selon la coutume des Perses, et des ponts, préparés à l'avance, permettent à l'armée de passer le Strymon \
Il faut chercher le lac de Pistyre au sud-est, entre Acontisma, relais de la voie Egnatia, et la baie de Kalamouti. M. Viquesnel y indique seulement des marais, mais Kiepert y marque un lac, une lagune assez étendue, en communication avec la mer, salé par conséquent, ce qui se rapporte au texte d'Hérodote, Un autre motif nous oblige de nous en tenir à cette opinion : c'est qu'il n'existe pas de lac à l'intérieur. On voit encore que les Perses, au lieu de passer les gorges sapéennes, remontèrent la vallée du Nestus, et qu'ils franchirent la chaîne du Symbole à peu près dans les mêmes parages que plus tard l'armée de Brutus, entre l'emplacement de Grénides, qui n'existait pas encore, et celui de Drabescus. C'est ainsi qu'ils traversent en effet le pays des Derséens et celui des Satres. Ils ont dû ensuite contourner le bassin du Gangitès et franchir les contre-forts du Pangée, au sud de Trogilus (Pravista). L'indication du nord-est est fort bien donnée, et convient à là direction du Pangée, et de sa principale ramification, le Bounar-Dagh,
1 Hérod. VII. 109. 114.
qui aboutit au Strymon, entre Neuf-Voies et Eion. Il résulte de cet itinéraire que Xerxès n'a pas dépassé au nord le territoire de Neuf-Voies, mais il ne s'ensuit pas que tout le pays situé au delà de cette limite ait été préservé ; il n'en est rien, puisque dans sa retraite Xerxès laisse des malades à Sirris. Seulement on peut dire que Xerxès lui-même n'alla pas plus loin, et les détails donnés par Hérodote s'appliquent à la portion de l'armée où se trouvait le roi. La flotte suivait le littoral avec des provisions.
Ensuite l'armée, partant des bords du Strymon, traverse au sud-ouest la Bisaltie, le long du rivage où est la ville grecque d'Argilus ; puis, ayant à gauche le golfe que domine le temple de Neptune (y.okTzoy xov eitl noo-iSYiiou), elle traverse la plaine syléenne, laisse encore à gauche la ville grecque de Stagire, et parvient à Acanthe. Les Acanthiens avaient favorisé les travaux des Perses et furent récompensés par le grand roi Ml y a du Strymon à TAulon trois heures de route sur un sable brûlant, entre la mer et les bruyères ; ce n'est pas là qu'il faut chercher la plaine syléenne, mais dans l'Amphaxitide , entre l'Aulon et le golfe d'Acanthe. Ce golfe, que domine le temple de Neptune, est le petit golfe de Cermorum ; le temple de Neptune était situé sur un petit promontoire, entre TAulon et Tîle Caprullon (Cancana), et Stagire répondait à Lybiada.
Le canal entrepris pour percer l'Athos avait environ 12 stades (S'''' V, 220), et s'étendait de la merdesAcanthiens à celle de Torone jusqu'à Sané ; il était assez large pour laisser passer deux galères de front; une prairie servait de Hïarché pour les blés apportés d'Asie. Ce travail était inspiré par l'orgueil ([jLeYa>.ocfpo(Tuv7i(; eïvsxsv), car on pouvait trèsfacilement ((jL7\8iva Tcivov Xaêévcaç) faire passer les vaisseaux
1 Hérod. Vil. 115. 116.
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à travers risttime*. Hérodote n'indique pas quel moyen il eût fallu employer ; toutefois, ce moyen devait n'exiger aucune peine, et il est curieux de rapprocher cette réflexion de l'historien grec du stratagème employé par Mahomet II au siège de Constantinople^.
La route suivie par la flotte persane de Sané à Therma nous donne le nom de beaucoup de villes dans la Ghalcidice et ses trois presqu'îles ; malheureusement ces noms ne sont pas accompagnés de détails précis sur leur position^ Nous pouvons seulement en conclure que, l'Athos évité, il semblait ne plus y avoir de péril, qu'il y avait dans la Pallène une ville de Sana, autre que celle de Sané située dans T Acte, et que toutes les petites villes des côtes de Sithonie, de Pallène et de la Crusaea fournirent aux Perses des contingents. Nous retrouvons aux frontières de la Ghalcidice deux renseignements utiles : Hérodote nous apprend que Cbalestra, située sur l'Axius, sépare la Mygdonie de la Bottiée^ et qu'il existe une ville de Sindus entre Chalestra et Therma. La flotte se tint à l'ancre aux bouches de TAxins, pour y attendre le roi.
Cependant Xerxès, partant d'Acanthe, prit sa route à l'intérieur, et, évitant le centre de la Ghalcidice, occupé par une chaîne de montagnes élevées (et incommodes : Suo-topov) , il se rend à Therma par la Péonique, (c'est-à-dire le territoire des Péoniens du lac Prasias ;) par la Grestonie, (c'est-àdire le pays occupé au nord-ouest des Péoniens du lac Prasias par les Pélasges tyrrhéniens de Grestone,) et par la vallée de TEchédorus, qui arrose la Mygdonie, et se perd au milieu des marais, dans le golfe Thermaïque. G'est dans ce trajet que les lions, qui existaient encore en Europe entre le Nés-
* Hérod. VII. 23. 24. dance. [Les Turcs et la Turq, con-
2 M. Nicolaïdy rapporte la même temp. IL 28.)
opération effectuée par des pirates 3 Hérod. VII. 122. 125. grecs lors de la guerï'e de rindépen-
tus et TAchéloûs, se jetèrent sur ses chameaux. Arrivé à Therma, il fit halte, et étendit son camp jusqu'au Lydias et jusqu'à i'Haliacmon, qui séparent la Bottiée de la Macédoine. Ce dernier détail prouve que le Lydias se jetait alors dans I'Haliacmon, et de nos jours on voit encore son ancien lit. De tous les fleuves traversés jusque-là, l'Echédorus seul ne put suffire aux besoins de l'armée \ La promenade de Xerxès dans le golfe Thermaïque jusqu'au Pénée à bord d'un bâtiment sidonien, la reconnaissance de la vallée de Tempe, et le projet, si les Thessaliens avaient opposé de la résistance, de fermer le défilé par une digue pour inonder de nouveau leur pays, méritent d'être signalés^ : cette dernière idée n*est pas d'un barbare. Quand Tarmée se remit en marche, le grand roi l'employa par tiers ^ à se frayer une route à travers les monts Piériens, et pendant que toute la flotte cinglait vers Sciathos, il entra en Thessalie par les défilés desPerrhèbes. Les Grecs de Tempe, craignant d'être tournés, avaient abandonné leur poste, et leur retraite entraîna la soumission des Thessaliens \
On voit, par ce court exposé, tout ce que nous révèle une seule expédition, mais on voit aussi tout ce qu'elle laisse dans Tombre. Si nous ne savions pas qu'il y a dans l'armée du grand roi des Péoniens, des Eordéens, des Piériens et des Bryges, nous continuerions d'ignorer ce qui existe à l'intérieur de la Macédoine. Dans sa retraite après Salamine, retraite rapide dont les détails manquent, Xerxès laisse des malades en Thessalie, en Macédoine, et à Sirris en Péonie ^ Sirris est dite en Péonie à cause du souvenir récent des Sirropéoniens qui l'avaient habitée, et que Darius avaient transportés en Asie, et c'est sans doute après l'in-
1 Hérod. VII. 124. 128. p * Hérod. 173. 179.
2 Hérod. VII. 128. 130. » Hérod. VIII. 115.
3Hérod#131.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A L^ÉPOQUE MACÉDONIENNE. l4l
vasion des Perses que les Besses Odomantes se substituèrent aux Sirropéoniens. Selon les uns, Xerxès aurait passé d'Eion en Asie sur un vaisseau phénicien ; selon les autres, il aurait opéré son voyage par terre. Ce n'est qu'à Abdère qu'il songea à délier sa ceinture, comme un homme délivré de crainte (JkùacL'zo tt^v î^wvt^v çpeûywv,.».» ^^ ev kZdy^ siv^. Le char du soleil, laissé par lui en Macédoine, avait été volé par lesThraces, et emmené jusqu'aux sources du Strymon.
e. ilardonlas et Artabaze.
Cependant tout n'était pas désespéré. Malgré l'effroyable quantité d'hommes dévorés par la guerre et par la maladie, Mardonius occupait encore avec trois cent mille hommes d'élite la Piérie et la Chalcidice, depuis le golfe Strymoliique jusqu'à Tempe. Thorax de Larisse ouvrit la campagne nouvelle en lui livrant les défilés^ Artabaze, son lieutenant, avait essayé de réprimer la révolte des villes grecques de la Chalcidice; il avait pris Olynthe, occupée alors par les Bottiéens, égorgé ses habitants dans un marais voisin (probablement le Bolyca palus), et leur avait substitué des Chalcidiens. Mais une trahison méditée contre Scione avait avorté; Potidée, située à l'entrée de la Pallène, comme le fort Penthièvre au milieu des sables de la presqu'île' de Quiberon, avait été sauvée par une forte marée, qui couvrit l'islhme, et noya les Perses^. Après la défaite de Mardonius à Platées, Artabaze, qui s'était distingué dans la bataille, n'eut plus d'autre souci que de sauver les débris de son armée ; il parcourut la Thessalie, la Macédoine et laThrace en homme véritablement pressé (wç aLky\Uiù<; s'7î£i.y6[ji£vo<;, xal ty^v [k^(76ycf.ioLy Tépcov Tr\<; oSou) jusqu'à Byzance*, d'où il
1 Hérod. VIII. 118. 120, 3 Hérod. VIII. 126. 129.
'^ Hérod. IX. 1. '^ Hérod. IX. 88.
passa en Asie. Le souvenir de la puissance extraordinaire que Xerxès avait déployée survécut à ce grand désastre, et pendant longtemps les Thraces laissèrent sans culture le pays par lequel il avait passé avec ses soldats.
A Ale/kandre 1er PUiHiellène.
Pendant cette redoutable invasion, qu'était devenu le roi de Macédoine Alexandre P^? Il subit certainement comme les Thraces la domination de Xerxès, et ses sujets combattirent dans les rangs des Perses avec les Péoniens, les Bryges et les Piériens; lui-même était avec eux à Platées. Mais le joug ne lui fut pas onéreux : Bubarès, son beau-frère, le lui rendit plus léger. Il n^oublia pas qu'il était Grec, et, sans se compromettre par une résistance infructueuse, il donna aux Grecs d'utiles conseils. C'est probablement pour obéir à Xerxès qu'il entreprit le voyage d'Athènes, et qu'il engagea les Athéniens à la soumission ; on connaît leur fière réponse*. Il est plus dans son rôle quand, la veille de la bataille de Platées, il avertit secrètement Aristide du plan des barbares. r4'est donc avec justice qu'on le surnomma Philhellène, et que plus tard les Grecs l'admirent aux jeux Olympiques en qualité d'Hellène et d'Héraclide. Après la mort de Màrdonius, il jeta le masque, poursuivit les Perses dans leur retraite désordonnée^ et fit faire de leurs dépouilles une statue d'or, qu'il consacra à Apollon 2.
Les possessions des Téménides s'étaient arrondies ; elles sont ébranlées par l'invasion des Perses^ comme celles de Rome le furent un siècle plus tard^ par l'invasion des Gaulois, mais elles sont aussi recouvrées très-promptement. A la mort d'Alexandre P', les Bottiéens sont refoulés
1 Hérod. VIII. 143. '^ Olivier. Hist. de Phil I. 53.
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en Chalcidice, les Téménides occupent à droite de l'Axius une étroite lisière, depuis l'origine de la région montagneuse (mont Bora : Nidsché) jusqu'à Pella et jusqu'à la mer, et à gauche de TAxius, jusqu'au Strymon, toute la Mygdonie, qu'ils ont enlevée aux Édoniens. Ils ont chassé de TEordée (orientale) les Eordéens, dont la plupart ont péri : une faible partie s'est établie aux alentours de Physca; ils ont aussi chassé de TAlmopie les Almopes. Enfin c'est encore dans cette période, et avant la guerre du Péloponnèse, qu'ils ont ajouté à leur domination beaucoup d'autres contrées, comme l'Anlhémonte, la Crestonie, la Bisaltie, et une grande partie de la Macédoine proprement dite; Thucydide en effet en parle comme d'un fait accomplie Pydna était une ville du domaine d'Alexandre, quand Thémistocle, obligé de quitter l'Epire, s'y embarqua pour l'Asie. Toutes ces acquisitions portaient le nom général de Macédoine, et Perdiccas 11, fils d'Alexandre 1", en était le roi, quand les Thraces, conduits par Sitalcès, envahirent le pays 2.
y.JlPerdlccas II : expédition de i^ltalcès.
Par l'habile politique d 'Alexandre P'^, la Macédoine avait acquis une certaine renommée en Grè(7e, mais autour d'elle les périls étaientencore très-grands. Sitalcès, roi desOdryses, régnait sur la Tlirace tout entière, depuis l'Hellespont jusqu'au Strymon; les Agrianes lui obéissaient. Les Péoniens, les Lyncestes, les Orestes, les Elimiotes, les Taulantiens, les Paravéens, les Atintanes avaient encore leurs rois ^; les Athéniens, craignant pourleurscolonies delà Thrace et de la Chalcidice, excitaient les Odryses contre les Macédoniens. Perdiccas II fit bonne résistance : Phihppe etDerdas, qui lui
* Thucyd. 11.99. » Thucyd. H. 81. 95. 97.
2 Thucyd. ihid.
disputaient le trône^ furent vaincus ; il lutta seul contre les Thraces, favorisa la révolte des colonies athéniennes contre leur métropole, appela à son secours les Spartiates, qui le protégèrent à la fois contre les Lyncestes au nord et contre les Athéniens au midi, et obligea les Athéniens de lui rendre Bérée, dont ils étaient les maîtres. Deux faits principaux remplissent ce règne, et tous les autres événements s'y rapportent: l'expédition deSitalcès, etcelledeBrasidas. Sitalcès, roi des Odryses, avait une certaine perspicacité politique : il comprenait bien que les colonies grecques, dont le littoral était couvert en Thitice comme en Chalcidice, étaient des rivales qui lui fermaient la mer, et qui s'attribuaient le monopole du commerce, et quand les Athéniens eurent à réprimer la révolte desPotidéens, il sejoignitàeux pour accabler du même coup les villes rebelles en les prenant à dos, et le roi de Macédoine, leur allié; son expédition eut tous les caractères des invasions précédentes, sans produire rien de durable ; il entraîna avec lui à travers les pays des Besses et des Mœdes tous ceux qu'il trouva sur sa route, franchit le mont Gercine, limite commune ([xeOéptov) des Sintes et desPéoniens, et suivit à travers les forêts la route qu'il avait frayée lui-même dans une guerre antérieure contre la Péonie. L'appât du butifl lui avait donné cent cinquante mille soldats, dont un tiers de cavalerie. Il avait avec lui Amyntas, fils de Philippe, et petit-fils d'iEropus, d'une autre branche que Perdiccas, et il lui dut une partie de ses progrès. Doberus fut occupé; Idomène prise d'assaut; Gortyne et Atalante se rendirent volontairement par affection pour Amyntas, mais Europus ne put être soumise. Ensuite, laissant à droite Gyrrhus, Pella, la Bottiée et la Piérie, qui demeurèrent intactes, les Thraces pillèrent la Mygdonie, la Crestonie et l'Anthémonte. Les Macédoniens recrutèrent des cavaliers chez leurs alliés de l'intérieur, et firent quel-
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ques courses de partisans, qu'ils furent obligés de cesser à cause de l'infériorité du nombre. Les Athéniens avaient promis leur concours, et n'arrivaient pas. En attendant ses alliés, Sitalcès lança une partie de ses troupes contre les Chalcidiens et les Botliéens, et les obligea de se renfermer dans leurs villes. Cependant au midi les peuples remuaient, et aussi à l'est les tribus duStrymon inférieur : la mauvaise saison approchait ; la disette pouvait se faire sentir. Sur l'avis de Seuthès, son cousin, après lui le premier chez les Odryses, Sitalcès se décida à effectuer sa retraite. Seuthès était gagné, et Perdiccas lui avait promis en mariage sa sœur Stratonice avec une bonne dot.
L'expédition avait duré trente jours, dont huit en Chalcidice *■ ; c'est la seule que les Thraces aient entreprise aussi loin de leur pays depuis les premières migrations. Elle n'avait pas dépassé le Pontus au nord, et l'Axius à Touest, mais la Macédoine entre l'Axius et le Strymon avait été ravagée tout entière ^
h. Expéditions de Brasidas.
C'était pour la Macédoine un moment critique plutôt qu'un grave péril : les colonies grecques, et Athènes, leur métropole, créaient à Perdiccas des embarras plus sérieux. Quand les Bottiéens et les Chalcidiens furent, après la prise de Potidée, chassés par les Athéniens des abords de la Pallène, Perdiccas II les recueillit, et leur donna des terres démembrées de ses domaines autour du lac de Bolbé ^. Ensuite il racheta aux Athéniens Bérée, qu'ils avaient occupée par surprise, et qu'ils auraient volontiers gardée. Mais c'est surtout quand Brasidas, envoyé par les Spartiates au secours d'Amphipolis, arriva en Macédoine, que Perdiccas, qui Ta-
1 Thucyd. II. 99. 101. ^ Apollonie de Mygdonie.
« Diod. Sic. XIl. 50.
vait appelé, et qui avait promis aux Spartiates l'alliance de plusieurs rois barbares, saisit avidement Toccasion d'utiliser ses services et se venger des Athéniens. On sait quelle activité, quelle énergie, et aussi quelle prudence montra Brasidas dans la Chalcidice, à Torone, à Acanthe, et dans toute l'Acte*; comment il mérita par sa victoire sur Cléon la reconnaissance des Amphipolitains, et quelles furent à Amphipolis ses glorieuses funérailles. Nous n'entrons pas dans le détail de ces opérations, quelque curieux qu'il soit, parce que nous les retrouverons dans la description des villes. Nous disons seulement que Brasidas détruisit pour longtemps en Chalcidice et en Thrace l'empire colonial des Athéniens. Perdiccas, son allié, demanda aussi son appui contre les Lyncestes ; cette expédition est remarquable à plus d'un titre , c'est la seule qui nous donne quelques détails sur les peuples illyriens depuis les temps primitifs.
Arrhibée, fils de Bromerus, régnait alors sur les Lyncestes, tribu macédonienne contiguë au royaume de Perdiccas (ojjLopov). Aussitôt que Brasidas fut arrivé en Macédoine, Perdiccas l'entraîna avec lui dans une expédition contre ce prince (424). Mais le général Spartiate, parvenu à Lyncus, oii commençait l'expédition, déclara qu'il voulait avant tout conférer avec Arrhibée, et lui faire conclure avec sa patrie Talliance qui était le but de son voyage. Arrhibée lui-même cherchait à traîner en longueur, et acceptait Brasidas comme arbitre du débat. De leur côté, les députés des Chalcidiens, qui l'avaient suivi, l'engageaient à ne pas délivrer Perdiccas de ses craintes, et à s'occuper de préférence des villes grecques, qui avaient demandé son appui. Perdiccas ne l'entendait pas ainsi : il avait appelé Brasidas pour l'aider à vaincre, et non pour négocier. Brasidas passa outre, eut
1 Thucycl. IV. 10.84.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. l47
malgré le roi une entrevue avec Arrhibée, goûta seâ raisons et se retira avec les troupes qu'il avait amenées, sans avoir rien fait. Perdiccas, offensé, au lieu de là demi-solde qu'il avait promise, n'en paya qu'uti tiers^ et ce fut Tunique résultat de cette première campagne.
L'année suivante, sans que Thistorien nous instruise des motifs qui survinrent, Perdiccas réussit à engager Brasidas dans une seconde expédition (423) jusqu'à Lyncus. Le roi avait sous ses ordres les Macédoniens, et les contingents fournis par les Grecs qui habitaifent la Macédoine. Brasidas commandait trois mille hoplites, et à peu près mille cavaliers. Il y eut plusieurs combats de cavalerie, et un engagement sérieux, oii lesLyncestes eurent le dessous; mais Perdiccas attendait pour agir plus activement le secours des Illyriens. Quand les barbares furent arrivés, ils trompèrent cruellement ses espérances, et se joignirent aux Lyncestes. Lès Macédoniens, pris d'une terreur panique, comme cela arrive dans les grandes armées, s'enfuirent, et Perdiccas avec eux. Brasidas, demeuré seul dans son camp, situé à une assez grande distance, dut opérer une retraite des plus difficiles. Il organisa sa petite troupe en carré, se plaçant lui-même à Tarrière-garde, prêt à faire se repentir quiconque oserait l'attaquer, et il commença lentement son mouvement rétrograde. Les barbares essayèrent de l'ébranler en poussant de grands cris : voyant leurs efforts inutiles, ils parurent l'abandonner pour se jeter sur les fuyards macédoniens, dont ils tuèrent un grand nombre, mais en réalité ils voulaient occuper avant les Spartiates une gorge étroite entre deux collines, qui donne seule accès dans les États d'Arrhibée, et par laquelle Brasidas devait passer nécessairement. Déjà un certain nombre y étaient arrivés,
1 Thucyd. IV. 83.
quand Brasidas, comprenant le péril, choisit trois cents hommes d'éUte, et leur ordonna de gravir au pas de course celle des collines qui paraissait offrir le moins de difficultés. Ils obéirent avec une vigueur qui étonna les barbares, et on cessa de les poursuivre. Le même jour Brasidas arriva à Arnissa, ville du royaume de Perdiccas^ et se vengea de l'abandon des Macédoniens en faisant main basse sur le bétail et sur les provisions. A partir de ce moment Perdiccas ne vit plus dans les Spartiates que des ennemis, et résolut de rompre avec eux à la première occasion *.
Ce passage très-important, que nous avons abrégé en conservant ses traits caractéristiques, nous montre que l'influence des Macédoniens au nord du mont Bora était nulle au temps de Perdiccas II, que les lUyriens (Thucydide emploie cette expression très-vague; ) faisaient plus volontiers cause commune avec les Lyncestes, leurs frères, qu'avec les Macédoniens, et que, pour la manière de combattre, les uns et les autres étaient encore barbares. La supériorité de Brasidas et de sa petite troupe en face de ses alliés et de ses ennemis éclate dans tout son jour, et la tactique qu^il déploie, dont les Dix mille useront encore à Cunaxa, fait honneur à ses talents militaires. Mais quel est ce col étroit, seul passage entre le royaume de Perdiccas et celui d'Arrhibée? Si Ton fait attention que déjà TEordée orientale est soumise, que dès lors les plus proches voisins des Macédoniens sont les Orestes, qui s'étendent autour du lac Gélétréen, il semble évident que ce ne peut être un autre col que celui de Banja, et cela peut servir à déterminer la position d'Arnissa, que Brasidas atteint le même jour. Plus près d'Édesse, au nord des lacs d'Ostrowo et de Telowo par exemple, les Deuriopiens et les Pélagoniens, encore intacts, occupaient le versant septentrional du mont Bora.
1 Thucyd. IV. 124. 128.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. 149 >. Arehélaîis 1er.
Avant le règne d'Archélaûs P% la Macédoine n'avait d'autre défense que les lieux fortifiés par la nature, et ils étaient en petit nombre: Tinvasion de Sitalcès avait démontré leur insuffisance. C'est Archélaûs,fllsde Perdiccas, qui le premier bâtit des villes, créa les routes dont le pays est couvert, et pourvut ses troupes d'armes et de chevaux, laissant loin derrière lui par sa prévoyance les huit rois auxquels il succédait *. Thucydide, par ce passage, nous montre qu'il commence aussi la série des rois de Macédoine à Perdiccas P^ On sent vivre dans Archélaûs Tinfluence des Grecs : il fortifie Édesse et l'embeUit; Xeuxis orne de peintures son palais 2; des jeux olympiques sont institués à Édesse et à Dium ; les fêtes en l'honneur des Muses deviennent plus solennelles ; le roi téménide a une cour de ,* poètes : Agathon et Euripide écrivent leurs œuvres dramatiques sous ses yeux. Malheureusement Archélaûs ne règne que douze ans ; il périt assassiné, et ime nouvelle période anarchique arrête la fortune croissante des Macédoniens.
j. Amyntas IV et ses flls.
Les quarante années qui s'écoulent depuis la mort d'Archélaûs jusqu'à l'avènement de Philippe, principalement sous Amyntas IV et ses fils, sont le triste tableau de ce que serait devenue la Macédoine sous des princes médiocres, si elle n'avait pas rencontré deux rois comme Philippe et comme Alexandre. Après une longue période d'usurpations et de meurtres, Amyntas IV, de race royale, mais d'une autre branche (c'est la troisième en trois siècles), se main-
1 Thucyd. II. 100. 2 ,Elian. XIV. 17.
tient contre Bardyllis, roi des Illyriens,parles secours d'Olynthe et de la Thessalie, et transporte probablement sa capitale à Pella, où son fils Philippe est nourri \ Quelques faits révèlent sa faiblesse. Agésilas, revenant d'Asie, lui demande le passage ; le roi répond qu'il en délibérera. Soit, dit Agésilas; moi, je continue ma route. Le roi, étonné de sa hardiesse et craignant pour lui-même, lui dit qu'il pouvait venir en ami ^. L'épouse d'Amyntas IV, Eurydice, joue un grand rôle sous ce prince et ses fils ; elle est par sa mère Sirra petite-fille d'Arrhibée, roi des Lyncestes ^, et probablement elle fait périr son mari. Quand Iphicrate, général athénien, vient en Macédoine, elle lui met sur les genoux ses fils encore enfants, et s'en fait un appui contre Ptolémée d'Alorus, leur frère naturel*, et contre Pausanias, autre prétendant. Alexandre II et Perdiccas III se maintiennent péniblement entre ces compétiteurs et les Illyriens, qui les fatiguent de perpétuelles incursions, et l'intervention de Pélopidas n'est pas plus efficace que celle d'Iphicrate. Enfin on voit s'introduire une coutume qui est encore une cause d'afTaiblissement. Les princes de la race royale ont des domaines particuliers, des districts qu'ils gouvernent, des apanages; ainsi Derdas gouverne les Élimiotes, Ptolémée possède Alorus; Perdiccas III, à l'instigation de Platon, donne aussi à Philippe, le plus jeune de ses frères, une province à conduire ^ C'est au milieu de ce désordre que Perdiccas est tué dans un ^combat contre les Illyriens, laissant un fils au berceau, appelé Amyntas comme son aïeul. Outre cet enfant, Philippe avait pour rivaux Pausanias, soutenu par un prince thrace, Argée, soutenu par les Athéniens, et trois frères naturels.
1 Strab. VII. fragm. 20. vol. I. 3 strab. VII. c. vn. §8. p. 271. p. 277. * Corn. Nep. Iphicr.
2 Plut. Agesil. éd. Didot. II. 721 . » Grote. HisL of Greece. XI. 2£
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. 151
Aucun progrès n'avait été obtenu depuis la mort d'Archélaûs P% et la sécurité intérieure était compromise gravement.
k. Pbllippe, fils d'Amyotas.
Philippe; roi à vingt-quatre ans, est tout préparé à la tâche difficile qui lui échoit. Très-supérieur à ceux.de sa nation, il a vu de près et à loisir la civilisation des Grecs : il sait comment on manie les esprits, quel secours on peut tirer de la parole; Épaminondas lui a enseigné Tart delà guerre, et le petit district que Perdiccas lui a confié Ta initié à la pratique du gouvernement. Il en saisit les rênes d une main ferme, et, par un acte qui révèle déjà le politique consommé, il divise ses ennemis, accordant satisfaction aux uns pour venir plus aisément à bout des autres. C'est ainsi qu'Amphipolis, qu'il ne veut pas rendre aux Athéniens, et qu'il n'ose pas encore prendre, devient libre, qu'Argée échoue auprès de ceux d'Édesse, et est abandonné par les Athéniens, ses alliés. En même temps il pourvoit aux premières nécessités, venge la mort de Perdiccas par une grande victoire sur les lUyriens, tue leur roi BardylUs, épouse Olympias, fille de Néoptolème, roi des Molosses, et assure par ses exploits et par son mariage la sécurité de ses frontières à l'ouest * .
Il n'entre pas dans notre cadre de suivre Philippe dans' ses guerres contre les Phocidiens et les Locriens, dans sa lutte contre les Spartiates, les Béotiens et les Athéniens, et de montrer, une fois de plus après tant d'autres, comment il sut gagner Eschine, et annuler les efforts de Démosthène^. Les événements qui s'accomphssent au sud du Pénée con-
* Grote. Hist. of Greece. XI. 337. « Vatry. Jtfi^m. sur Eschine {Acad. 338. inscr. 1" série. XIV. 90-33Q).
tribuent sans doute à la splendeur de la région macédonienne, mais ils ne contribuent guère à éclaircir sa géographie, et nous les omettons sans regret, tant ils nous semblent' aujourd'hui connus et appréciés. Constatons seulement qu en moins de vingt-trois ans un homme élevé à Pella, cette ville obscure et sans gloire*, a conçu le projet d'asservir la Grèce, et que ce projet, il Ta exécuté avec des forces cent fois moindres que celles que Xerxès avait amenées. Quand il meurt, la Thessalie tout entière subit sa suprématie, et les ports de Thessalie sont ouverts aux Macédoniens; Héracléum, fondée près des bouches du Pénée, tient en respect les Magnètes ; quelques villes grecques dont la position est avantageuse, comme Élatée, ont des garnisons macédoniennes ; les Thermopyles sont gardées ; le nouveau royaume touche par TAmphilochie, TAmbracie et TAcarnanie à la mer Ionienne ; les Phocidiens et les Locriens sont détruits ; l'évacuation de l'Eubée est toute récente ; Thèbes est humiliée et affaiblie ; Athènes est ménagée sans doute, mais contenue, et obligée d'accepter les faits accomplis ; une flotte macédonienne, pénétrant jusqu'en Laconie, a montré aux Spartiates qu'on pouvait les atteindre ; tout le Péloponnèse, affranchi du joug de Sparte, est gouverné au gré de Phihppe par des chefs qu'il a nommés ^ ; la confédération des Grecs, qui depuis la guerre de Troie n'avait existé qu'un moment en face de Xerxès, est reconstituée au profit d'un barbare, et une armée de deux cent mille hommes est décrétée pour opérer la conquête de la Perse sous un chef macédonien.
Comment Philippe a-t-il trouvé dans son faible royaume des ressources suffisantes pour opérer ces prodiges? Par quelles institutions, par quelle organisation nouvelle a-t-il
1 Démoslh. Disc, sur la cour, ^ Olivier Hist. de Phil. I. 257.260.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A L*£POQU£ MAGÉDONIET^NE. 153
montré à ses sujets qu'il avait profité des leçons des Grecs? Quelles acquisitions a-t-il faites dans la région macédonienne, et comment les a-t-il faites? Quelles étaient à sa mort les limites réelles de sa domination?
Il n'y avait pas en Macédoine de lois propres et d'institutions écrites, mais seulement quelques anciennes coutumes, dont on peut déduire l'existence des exemples donnés par les historiens. Ainsi les Macédoniens choisissaient volontiers leurs souverains parmi les princes de la famille royale, sans tenir compte autrement du principe d'hérédité, et cette liberté entraînait de fréquentes usurpations. Les affaires capitales, comme la trahison, la conspiration contre la vie des rois, étaient jugées dans les assemblées de la nation. En dehors de ces usages, le roi paraît absolu, mais ils suffisaient dans bien des cas pour corrompre l'obéissance, et Philippe ne pouvait rien sans elle. Sous prétexte de remettre sa personne aux mains de sa noblesse, il créa le corps des hétaïres, ou compagnons, choisis parmi les plus illustres, et il les plaça autour de lui dans les combats : leur dévouement fut souvent précieux à Philippe et à son fils. Un autre corps de Macédoniens, les doryphores, eut la garde du prince, et la nation, tenue en otage par ces créations, qui flattaient son orgueil, suivit docilement l'impulsion donnée par son roi. Le même esprit de prévoyance et le même bon sens présidèrent à l'institution de la phalange : la plupart des ennemis de Philippe (lUyriens, Thraces, Thessaliens,) excellaient dans la cavalerie ; un corps pesant de seize mille hommes d'élite, hérissé de fer sur les quatre côtés, opposa un rempart invincible aux attaques de l'ennemi. C'est le redoutable instrument des victoires de Philippe et d'Alexandre sur les Grecs et sur les barbares.
Il ne suffisait pas de créer des soldats; il fallait encore les entretenir, et la Macédoine, privée des profits du commerce,
n'y spffîsait pas. Les mines du Pangée étaient exploitées depuis bien des siècles, mais grossièrement sans doute, et comme les Indiens du Pérou avaient exploité dans le principe celles de Potosi, Philippe s'en empara, les mit à l'abri d'une insulte par la prise d'Amphipolis, et par la fondation de Philippes sur l'emplacement de Crénides, et les travaux devinrent si fructueux, qu'il en tira plus d'or qu'on n'en avait vu jusque-là. D'autres mines exploitées par lui ou par son fils dans la Ghalcidice aux environs du Dysorum, et déjà fouillées par Alexandre I", 'donnèrent aussi de bons produits. La Macédoine, tributaire jusque-là des colonies grecques de la côte, s'affranchit alors de leur monopole. En Piérie, Pydna et Méthone, demeurées libres, subirent le joug macédonien *; en Ghalcidice, Olynthe fut ruinée, ses habitants furent vendus, et beaucoup de ses trente-deux villes furent si bien détruites, que le nom s'en est perdu ^ Philippe n'avait pas de raison pour la conserver, parce que déjà il possédait Therma. Potidée, et les villes delà Pallène, de Sithonie et d'Acte furent occupées successivement. Stagire avait résisté ; elle fut détruite comme Olynthe, et quand Aristote obtint de la rebâtir, ce fut probablement à l'intérieur, et sur un autre emplacement. Aucun point de la côte depuis le Pénéejusqu'auNestusne fut à l'abri d'entreprises semblables, et la domination de Philippe sur cette partie du littoral égéen ne souffrit pas d'interruption. Cependant il faut remarquer qu'à l'exception des mines du Pangée et de la ville d'Amphipolis, qui furent occupées presque immédiatement, les conquêtes furent consécutives, et Philippe régnait déjà depuis onze ou douze ans, quand Olynthe succomba.
Ce n'était pas seulement pour quelques ports de mer que Philippe soutenait la lutte : ces villes, opprimées ou mal
1 Diod. Sic. XVI. 4. 2 Diod. XVI. 8.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MAGÉD0NIENT9E. 155
secourues par leurs métropoles, rivales Tune de l'autre , étaient, sauf Olynthe, presque sans territoire ; elles devaient tomber inévitablement au pouvoir des Macédoniens lorsqu'ils viendraient à étendre leur empire. Mais Philippe acquérait avec elles un grand nombre de nouveaux sujets, plus intelligents, et habitués à la navigation ; il pouvait s'étendre à son gré par mer, avoir des flottes, cette condition nécessaire à sa grandeur et aux vastes projets qu'il avait formés. En quelques années , la Macédoine devint une puissance maritime du premier ordre, et balança les forces d'Athènes et celles des Rhodiens. Des vaisseaux furent équipés à Pella, à Therma, à Amphipolis ; un amiral macédonien, Amyntas, transporta Philippe et ses troupes jusqu'en Laconie. Proippt à reconnaître et à ambitionner les véritables éléments de la domination, Phihppe, qui a vaincu les Athéniens sans combat en les obligeant à reconnaître l'autonomie de leurs colonies rebelles (Cos, Chio, Rhodes et Ryzance), et en leur enlevant Amphipolis et Potidée, leur succède encore dans la Chersonnèse de Thrace, et essaye de prendre Byzance ^ Byzance est sauvée par Phocion , mais par la Chersonnèse et Sélembrie, dont il reste le maître, Philippe garde Tentrée duPont-Euxin ; il a le monopole du commerce des blés ^, que les florissantes colonies de Milet ont développé principalement sur la côte occidentale, entre le Bosphore et le Danube. Véritablement sans voisins jusqu au Nestus, il ne possède à l'est de ce fleuve que des villes isolées, mais elles suffisent à la sûreté de son commerce, et les villes grecques de la Chalcidice héritent sous son joug de la prospérité des Athéniens.
Les agrandissements obtenus à l'intérieur répondent à ce développement colonial et maritime. Après la mort de Bar-
1 Diod. XVI. 71. 2 Olivier. Hist, de P^H. II. 228.
dyllis, les lUyriens sont battus encore une fois par Parménion *; aussitôt après la mort de leur roi Agis, les Péoniens sont attaqués dans leur pays et se soumettent ^. Longtemps après, un autre roi illyrien, Pleurias, donne asile à Alexandre, alors en disgrâce, et est battu par Philippe, qui doit à Pausanias son salut. Les Pélagoniens sont aussi soumis. Philippe a des relations amicales avec les Agrianes, dont le roi, Langarus, est son allié ^ Il se présente ici plusieurs questions intéressantes, que nous ne pouvons résoudre d'une manière certaine. Les Bacchiades de la Lynceslide, issus d'Arrhibée, existaient encore sans doute ; mais leur royauté n'était plus indépendante, et lorsque Philippe étendit ses conquêtes jusqu'au lac Lychnitis, il dut réduire les Lyncestes *. Alexandre le Lynceste, complice de Pausanias dans le meurtre de Philippe, est de la famille des Bacchiades, et peut-être ne conspire-t-il que parce qu'on Ta dépouillé. Il est le premier à saluer Alexandre du titre de roi, et doit à cette circonstance, très-importante en effet dans un pays où la succession au trône était mal établie ^, d'échapper au supplice de ses compagnons. Il conspire encore plus tard contre Alexandre en Asie, et subit la mort, qu'il avait méritée *. On voit figurer dans l'armée d'Alexandre sous des chefs nationaux les Orestes et les Lyncestes \ les Tymphéens, les Elimiotes ; mais il n'est pas dit que ces chefs soient des rois, ni que des rois gouvernent ceux qui sont restés dans le pays. Philippe avait une souveraineté réelle sur tous ces peuples, un protectorat qui entraînait l'obligation du service militaire ; on ne peut pas dire néanmoins que leur asservissement fût complet, ni qu'ils obéissent directement, comme les Mygdoniens, par exemple, ou les Piériens, et il
1 Diod. XVI. 22., s Groote. XI. 714.
2 Diod. XVI. 4. 6 Q. Curt. VII. 1.
3 Olivier. II. 409. 7 Diod. XVII. 57.
* Diod. XVI. 4.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. 157
serait très - difficile de constater Tépoque précise où les Orestes, les Tymphéens et les Elimiotes ont cessé d'avoir leurs rois particuliers. La fondation dHéraclée au débouché du col du Néretschka assurait la soumission de la Pélagonie, de la Deuriopie et de la Lyncestide.
Si de cette zone intermédiaire on passe aux tribus illyriennes proprement dites, on peut voir qu'elles ne sont pas même entamées, et que les Taulantiens et les Illyriens proprement dits n'ont avec Philippe que des rapports de voisinage, presque toujours hostiles. Sauf un petit district autour de Lychnidus, la ligne du mont Bercétésius paraît être de ce côté la limite probable ; de même au nord-ouest, les sources de TErigon, la chaîne du Babouna jusqu'au col de Derbend, le Raetz et ensuite TAxius. Les Agrianes sont alliés seulement, et leur service est volontaire ; au nord, les possessions réelles de Philippe ne dépassent pas le bassin du Pontus, et ne l'atteignent même pas partout. De même, il ne faut pas regarder comme réelle, et surtout comme continue, cette limite du Nestus réglée par Philippe et par Alexandre selon les auteurs anciens \ On sait que Philippe a combattu les Triballes et les Gètes ; que cette invasion, opérée par le pays des Agrianes, aurait pu lui devenir funeste sans la bravoure de son fils, et que, le premier des Macédoniens, il porta ses armes au delà de THémus. On sait encore que les Maedes furent attaqués par Alexandre du vivant de son père, et que les Médarores, une de leurs tribus, qui avaient subi depuis quelque temps le protectorat des Macédoniens, perdirent leur ville, réorganisée par le prince victorieux sous le nom d'Alexandropolis *. Enfin, l'île de Thasos, aux bouches du Nestus, fut occupée, et des colons, pris parmi les criminels, peuplèrent presque aux
^ Strab.VII c.vn. §4et fragm. 35. « Plut. Aleœ,
sources de FHèbre et au milieu des Besses la nouvelle ville de Philippopolis *. Mais il est certain que Philippe ne fit aucun établissement entre l'Hémus et le Danube, que même une partie de son butin lui fut enlevée, qu'Alexandre ne combattit que les Médarores sans vaincre les Maedes euxmêmes (peut-être n'atteignit-il pas le mont Piantza), et que la colonie de Philippopolis, isolée parmi des tribus barbares, se maintint difficilement. On trouve des traces nombreuses de l'influence macédonienne chez les Bisaltes : Philippe y fonda vraisemblablement Héraclée Sintique ; Alexandre y fonda Euporia, et nulle part le culte d'Alexandre ne fut plus répandu qu'en Bisaltie. Toutefois, la véritable limite du royaume de Macédoine à cette époque paraît être le Strymon depuis les derniers sojnmets du Sultanitza jusqu'à Sirris, et de Sirris au cours de TAngitas la ligne de montagnes occupée par les Satres. C'est aussi par mesure de précaution, pour ne pas être rappelé en Macédoine par une coalition dangereuse, qu'Alexandre emmène avec lui jusqu'en Asie les rois des Odryses. Xerxès avait emmené pour la même raison les Thraces et les Péoniens en Grèce ; dans l'un comme dans l'autre cas ce n'est pas là une véritable souveraineté.
Selon nous^ il ressort des observations qui précèdent un fait capital et d'une grande conséquence pour Tépoque suivante : Philippe et Alexandre se sont trop occupés des Grecs et des Perses, et pas assez de leur pays. Si, avant d'attaquer la Grèce, ou de se répandre dans le vaste empire des Achéménides, les rois de Macédoine avaient conquis laborieusement les tribus de l'ouest, du nord et de l'est, qu'ils en eussent fait une nation compacte et guerrière, ils n'auraient pas succombé sitôt sous le poids de leur grandeur, et leur
i Plin. IV. 18.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. 159
puissance, établie sur des bases solides, aurait peut-être arrêté les Romains. Il n'y aurait pas eu de déserts jusque dans TEmathie, et Philippe, fils de Démétrius, n'aurait pas eu besoin de la repeupler de barbares. Quoi qu'il en soit, l'œuvre de Philippe suffit à sa gloire, et, malgré l'éclat sans pareil du règne de son fils, de nos jours encore il est permis de penser comme Parménion.
l' Alexandre.
Dès son avènement Alexandre se montra digne du trône, et, par une activité qui égalait le péril, nous le voyons parcourir en moins de deux ans toutes les frontières, ravager le pays des Triballes et des Gètes, passer le Danube le premier des Grecs \ effrayer par cette promenade militaire les barbares qui auraient pu déranger ses plans, battre Clitus, roi des lUyriens % et Glaucias, roi des Taulantiens, son allié, apprendre sans s'émouvoir la révolte des Thébains, traverser avec ses troupes les montagnes de TOrestide, de la Tymphée et de FHestiéotide depuis Pélion jusqu'à Pellène, en se frayant un chemin à travers les rochers et les précipices, et arriver aux Thermopyles quand on le croit en Thrace \ A ce trait, Démosthène dut reconnaître un homme, et un homme capable de commander. La ruine de Thèbes suivit de près, et ce grand châtiment, infligé par un prince de vingt et un ans , fut senti par les Grecs aussi vivement que la défaite de Chéronée *.
Mais ce n'est pas assez pour Alexandre de refaire et d'affermir l'œuvre de Philippe; il veut conquérir l'Asie, et reproduire avec ses Macédoniens dans l'empire des Perses les exploits de Bacchus et de Sésostris. Trente mille hommes
i Plut. Alex. éd. Didot. II. 799. » Arrien. I. 19. 20.
* Arrien. I. 12. * Q. Curt. Suppl. Freinsh.
de pied et quatre mille cinq cents chevaux lui suffisent pour cette longue guerre : jamais Philippe n'avait eu autant de soldats. Tous les peuples soumis ou alliés y coopérèrent; sept mille barbares y ajoutèrent leur contingent S et la nation, laissant à Antipater le soin de défendre le sol de la patrie, partit pour TAsie à la suite de son roi. La terreur était si grande, et l'impression produite par la ruine de Thèbes si récente et si profonde, que personne ne remua. Quatre ans plus tard, les Spartiates voulurent essayer de la résistance : ils furent écrasés à Mégalopolis. La corruption de Démosthène par Harpalus, envoyé des Perses, ses quittances trouvées par Alexandre et envoyées aux Athéniens, la présence de trente mille Grecs mercenaires à Arbelles dans les rangs des Perses, voilà les seuls incidents remarquables d'un règne de treize ans. Il semblait que chacun se rappelât la soudaine apparition d'Alexandre au milieu des Grecs, et qu'on crût à tout moment le voir arriver.
m. SncceMenrfl d'Alexandre.
Alexandre mourut, a dit Montesquieu, et toutes les nations se trouvèrent sans maître. Malheureusement la Macédoine se trouva aussi sans habitants, et demeura exposée aux convoitises de ses voisins et aux ravages des barbares. Les Macédoniens étaient morts ou absents, suivant chacun la fortune de son chef particulier. Il n'y a pas de doute en effet que cette vie de tribu, respectée dans l'organisation de l'armée, ne se soit continuée pendant la conquête, et chaque lieutenant du roi de Macédoine trouva des partisans naturels dans ses anciens compatriotes. Ainsi Polysperchon dut être suivi par les Tymphéens, Perdiccas par les Lyncestes et les Orestes; Antipater et Gassandre avaient leurs
1 Diod. Sic. XVII. 57.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. 161
clients; Olympias, Eumène, Lysimaque eurent aussi leurs serviteurs dévoués; Ptolémée Soter, né dans TOrestide, attira aussi en Egypte beaucoup de Grecs et de Macédoniens dont il fit la fortune. Déjà se révèle la décadence de la nation, qui n'a plus de centre, et qui s'épuise en se dispersant. C'est la cause véritable des troubles qui se succèdent pendant quarante ans, jusqu'à Tavénementdes Antigonides. Antipater a bien administré la Macédoine : le silence des historiens grecs, en général mal disposés à son égard, prouve son habileté et sa prudence. Il retint dans sa dépendance les Lacédémoniens et les Thraces, et à la mort d'Alexandre il conserva le gouvernement de la Macédoine. Les Grecs confédérés, d'abord victorieux à Lamia, furent battus ensuite sur terre et sur mer; Clitus, amiral de la flotte macédonienne, contribua à leur défaite *, et Antipater, reconnu régent après la mort de Perdiccas, put en partant pour l'Asie transmettre à son fils Cassandre un pouvoir respecté. Cassandre l'affermit encore par la prise d'Athènes : la mort de Démosthène et de Phocion inaugura chez les Athéniens la tyrannie de Démétrius de Phalère, et après une guerre de plusieurs années contre Polysperchon et son fils Alexandre, la Thessalie et le Péloponnèse subirent complètement la prépondérance des Macédoniens. En Macédoine la lutte avait été plus sérieuse : Olympias, mère du conquérant, s'était portée son héritière au nom de son petit-fils Alexandre Aigus, et avait fait périr cent nobles macédoniens qui lui étaient contraires. Elle espérait être secourue par iEacide, roi des Molosses; mais, prise dans Pydna, elle subit le jugement des Macédoniens dont elle avait égorgé les parents, et partagea le sort de ses victimes ^ Quinze ans après la mort d'Alexandre, tous les Téménides avaient disparu,
1 Diod. Sic. XVIII. 15. ^ Diod. Sic XIX, 51.
162 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE LA MACÉDOmE.
excepté Thessalonice. Gassàndre prit fcette priticfesse pout* épouse, afin de se donner des droits au trôiie, et d'attirer sur sa maison le respect des populations.
Actif et entreprenant, Cassandre avait qtielques-unes des qualités d'un fondateur de dynastie, et peut-être aurait-il réussi dans ses projets, si le premier des éléments, le peuple, ne lui avait pas fait défaut. Il étend partout sa surveillance, et subit coinme ses devailciets cette fatale nécessité de disperser sur un territoire trop vaste ses ressources et ses forces. Pour contenir du même coup les lilyrietis * (les Taulantiens sans doute), les Apolloniates et les Epit'otes, qiii lui sdnt hostiles^ à cause du meurtre d'OIympias, il bâtit sur le cours inférieur de TApsus, et au-dessous du Tomarus, la ville d'Antipatrie. Pour assurer Tobéissance des villes grecques de la Chalcidice, 11 reconstruit Potidée, et lui dotine le nom de Cassandréa ; il embellit Thessalonique, qui prend le nom de son épouse (à moins qu'on ti'attribue ce changement, comme quelques-uns le veuletit, à une victoire de Philippe surlesThessaliens); mais, pour peupler Cassandréa, il y établit violemment les habitants des villes et des bourgades voisines; ce n'est pas une fondation motivée par une prospérité croissante , c'est seulement un déplacement de la population. Au reste, le pays est aussi florissant qu'il peut l'être après un demi-siècle de guerres perpétuelles; les possessions de Cassandre en Grèce et sur la côte de Carie, ses relations constamment amicales avec les Egyptiens et les Rhodiens donnent au commerce de son royaume un grand développement.
Mais c'est à la mort de ce prince que l'anarchie commence véritablement : l'infortunée Thessalonice est tuée par son propre fils Antipater ; Alexandre, frère d'Antipater,
1 Diod. Sic. XIX. 89.
GÉOGRAt»HtÊ HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. 1Ô3
lutte contre ce parricide , qui le nienace lui-même , et, à bout de ressources, il appelle eil même temps Pyrrhus, roi des Molosses, fils d'^Eacide, et Démétrius Poliorcète. Pyrrhus, le moins éloigné des deux, arrive le premier, chasse Antipaler, et obtient poul* prix de son intervention Nymphéum, la Tymphée, la Paravée, l'Amphilochie, l'Ambracie, TAcarnanie, qui aiTondissent son royaume, réunissent sous son sceptre toute TEpire, et lui ouvrent la Macédoine \ Démétrius arrive à son tour; Alexandre est très-embarrassé : s'il livre à cet allié incommode quelques autres provinces, il s*aliène les Macédoniens ; s'il les lui refuse, Démétrius est capable de les prendre. Dans cette extrémité, il recourt aux embûches ; m.ais Démétrius le prévient et le tue, expose aux Macédoniens sa conduite, et fest reconnu roi sans opposition ^ Quand on étudie ces brusques changements, on se rappelle involontairement la curieuse harangue de Clovis aux Francs Ripuaires^
Ce spirituel et ambitieux fils du Cyclope, sans lequel le Cyclope aurait vaincu à Ipsus, qui, au milieu des horreurs d'un siège, trouvait le temps d'admirer un peintre et d'épargner ses tableaux, est le véritable représentant du monde macédonien: c'est TAlcibiade de son siècle; on le trouve partout, tantôt vainqueur, tantôt vaincu, toujours plein de ressources, séduisant par son brillant courage, sa magnificence, sa générosité, ses ennemis eux-mêmes*. Mais il use de la fortune en prodigue, et songe moins à conserver qu'à conquérir : c'est l'empire tout entier d'Alexandre qu'il lui faut, et il fait pendant six ans des efforts prodigieux dans ce but. Il fonde, sur le golfe Pélasgique, Démétriade, qui lui assure la ThessaUe^ et la peuple, comme Cassandréa,
1 Plut. Pyrrh. éd. Didot. 1. 460. » FaurieL Gaule mérid. II. 81.
2 Plut. Démétr. éd. Didot. II. * Diod. Sic. XX. 92.
aux dépens des localités voisines; il construit au Pirée, à Chalcis en Eubée, à Corinthe, à Pella une flotte de cinq cents galères S la plus nombreuse qu'on ait vue depuis Tinvasion des Perses ; il réunit jusqu'à cent dix mille hommes, et se prépare à passer en Asie. Les Macédoniens, choqués de son faste, mal défendus contre les Epirotes et contre les Thraces, ne dissimulent pas leur mécontentement. Iront-ils s'aventurer encore une fois, eux enrichis des dépouilles des nations, dans une guerre longue et d'une issue douteuse, pour obéir aux caprices de ce maître insouciant, qui est malade à Pella quand Pyrrhus est à Bérée % et qui jette leurs requêtes dans l'Axius sans les lire^? Presque toute l'armée se débande à la fois ; Démétrius s'enfuit précipitamment, coiffe de la causia, ayant sur les épaules une méchante chlamyde, s'embarque à Cassandréa, et passe en Grèce*. Il veut reprendre, avec douze mille hommes restés fidèles, la conquête de l'Asie; Séleucus, son gendre, l'en empêche, et l'emmène en Syrie, oii il meurt prisonnier.
Depuis la fuite de Démétrius jusqu'à l'invasion gauloise, la Macédoine n'a point de vie propre : c'est un pays intermédiaire, parcouru et exploité à tour de rôle par Pyrrhus, Lysimaque et Séleucus. Pyrrhus partage d'abord la Macédoine avec Lysimaque, et s'étend jusqu'à TAxius ; sept mois après, Lysimaque l'attaque près d'Edesse, lui enlève ses convois, fait rougir les Macédoniens d'obéir à un étranger, l'oblige à la retraite, et s'étend jusqu'aux Thermopyles ^. Qu'est-ce à dire? les Thraces ont-ils succédé aux Macédoniens? A nos yeux, cette royauté n'est qu'un commandement militaire, qui s'exerce momentanément depuis l'Halys jusqu'aux limites de l'Hellade. Lysimaque est surtout pré-
1 Plut. Démélr. éd. Didol. II. » piut. Démétr. éd. Didot. II. 4085. 1085.
^ Plut. Pyrrh. éd. Pidot. I. 463. '' Plut. ibid.
'> Plui. Pyrrh. éd. Didot. I. 465,
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIEISÎSE. 165
occupé de maintenir les peuples sous sa dépendance, et, sous l'empire de cette idée, il s'établit dans une position à peu près centrale, à portée des uns et des autres, entre l'Europe et l'Asie. C'est ainsi qu'il fonde Lysimachie dans la Chersonnèse deThrace (509 av. J.-C), à la sortie de l'Hellespont, ville dont la création est toute politique, et dont la prospérité disparaîtra avec les circonstances qui l'ont amenée. La bataille de Cyropédion (281) livre les pays d'Europe à Séleucus : le vainqueur des vainqueurs règne à son tour, par lui-même ou par son fils Antiochus Soter, depuis les Thermopyles jusqu'à l'Indus, et au bout de sept mois il disparaît (280), victime d'un assassinat.
Nous n'avons guère d'autres sources pour la seconde moitié de cette période, à partir de la bataille d'Ipsus, que les vies de Plutarque et Tabrégé de Justin ; aussi nous savons peu de chose sur les nations barbares du nord et du nord-ouest, et nous sommes réduits à des conjectures. Il est très-probable qu'elles profitèrent de ces agitations pour secouer le joug, et recouvrer leur autonomie. Parmi les épouses de Pyrrhus, nous trouvons une fille d'Autoléon, roi des Péoniens, une fille de Bardylîis, roi des Illyriens*. Mais cette réaction barbare n'a que des effets partiels; laThrace reste soumise, et tout est remis en question par l'arrivée des Gaulois.
n. Invasion gauloise («90 av. J.-C).
C'est en 280, après la mort de Séleucus, lorsque les Boies, et les Sénonais, leurs frères, subissaient pour la première fois le joug de Rome, que les Gaulois, partis sans doute de riUyrie et de l'Italie septentrionale, se répandirent dans les régions subdanubiennes, et préludèrent à la domination
1 Plut. Pyrrh.
d'une de leurs tribus, celle des Scordisques, par une formi-; dable invasion, lis se divisèrent en trois corps, et couvrir rent en peu de temps la Tlirace et la Macédoine : ce lut un véritable tumulte, Cérétrius ravagea la Thrace, qui, après le passage des Barbares, retomba comme auparavant sous le joug des Odryses ; Bolg pénétra en Illyrie par le nordouest, c'est-à-dire par la vallée du Drilo, et tua Plolémée Céraunus; Sosthène chassa Bolg des plaines de TAxius et de THaliacmon, mais il périt dans la défense; Méléagre et Antipater disparurent en quatre mois, et un troisième corps, le principal, commandé par Brennus et Acichorius, opéra son invasion par la Péonie, c'est-à-dire probablement par les passages du pays des Dardanes. Cent cinquante mille hommes inondèrent toute la plaine entre le Bermius et le Dysoron, ne respectant que les villes murées. L'invasion de Sitalcès était renouvelée dans des proportions plus vastes \ Philippe et Alexandre, sous lesquels le pays avait été si prospère, étaient invoqués comme des divinités secourables% et les habitants étaient plongés dans le deuil. Les Gaulois pénétrèrent aussi dans la Tbessalie, et essayèrent de piller le temple de Delphes ; un orage des plus violents, comme celui qui éclata sur les Anglais dans les environs de Chartres au milieu du quatorzième siècle, leur tua beaucoup de monde, et leur inspira une terreur panique. Ils traversèrent précipitamment dans leur fuite la ThessaUe et la Macédoine, et se fixèrent en Thrace, autour de Byzance. Tous les princes de ce temps, les rois de Bithynie, de Pergame, de Syrie, d'Epire, de Macédoine, la république de Carthage, prirent des Gaulois à leur solde, et sous cette dernière forme ces dangereux mercenaires furent encore l'effroi des populations pendant plus d'un siècle.
1 Justin. XXIV. 5, 2 m. de la Goulonche. Rev. des Soc,
sav, V. 740.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l' ÉPOQUE MACËDONIENNE. 167
Les Antigonides.
a. JLe» Gaulois mercenaires.
L'invasion, dans sa courte durée, avait eu au moins quelques bons résultats, et deux grands criminels, Ptolémée et Antipater, avaient péri, entraînant avec eux la ruine de leur maison. Mais Pyrrhus, qui^ pendant cette grande crise, avait lutté en Italie contre les Romains, reparut et reprit ses projets sur la Macédoine. Antigone de Goni, fils de Démétrius, était resté le maître de plusieurs contrées de k Grèce; Goni et Démétriade lui obéissaient; il avait une flotte, un trésor, et, d'accord avec Antiochus Soter, roi de Syrie, dont il avait épousé la fille Phila, il avait reconquis à peu près le royaume de Macédoine, que Démétrius avait perdu. Pyrrhus Fattaqua, le battit dans Tétroit défilé de FAoûs, appelé depuis défilé d'Antigone, et consacra de brillantes dépouilles dans le temple de Minerve Itonienne ^. Les Molosses, avec un grand -nombre de mercenaires gaulois, entrèrent en Macédoine, prirent iEges ou Edesse, dont les tombeaux furent fouillés par le haut, et profanés, et la popularité de Pyrrhus en souffrit. Antigone se retira à Thessalonique, ne conserva que les villes maritimes, et sans doute il l'aurait difficilement emporté, si Pyrrhus n'avait pas été tué au siège d'Argos. Il profita de cette faveur insigne de la fortune pour recouvrer en un moment tout ce que les Molosses avaient occupé, et pour faire des Gaulois, pris à Timproviste, un effroyable massacre. Dans un court intervalle il remporta sur eux quatre victoires. Quoique
1 Plut. Pyrrh. éd. Didot. I. 477.
Tinvasion gauloise cesse six ans auparavant, néanmoins, comme en réalité elle continue avec Pyrrhus et sous les ordres de ce prince, c'est à ces victoires d'Antigone qu'il faut véritablement arrêter son œuvre de destruction.
L'histoire nous dit que les barbares respectèrent les villes murées, et cela est vrai sans doute pour quelques-unes des plus considérables, que les rois avaient entourées de remparts solides ; mais combien de villes secondaires, à peu près ouvertes, déjà très-anciennes et mal entretenues, disparurent alors pour toujours! Qui pourrait dire le mal causé par tant d'ennemis, qui se sont succédé en si peu de temps ! Il fallut un demi-siècle aux Antigonides pour cicatriser ces plaies, et quoiqu'ils aient déployé une véritable habileté, qu'aucun des princes de cette dynastie n'ait été absolument incapable, on peut dire pourtant que jamais la Macédoine ne recouvra sous le joug la prospérité dont elle avait joui.
b. Antigone de Gonl, némétrius 11, Antigone Doson.
Pendant Tabsence de Pyrrhus, Antigone avait déjà opéré quelque bien : il avait fondé dans la Crosséa la ville d'Antigonée, en face de Cassandréa, oii régnait Apollodore, et était parvenu à renverser cet abominable tyran. C*est la même ville que cette Antigonée, dite Antigonée Psaphara, qui est placée par Ptolémée dans la Paraxia*. Plus tard, affermi par la mort de Pyrrhus, son rival, il fonda une seconde Antigonée dans la vallée de TAoûs, près des défilés où il avait été vaincu, et cette ville contint les Epirotes. Une troisième Antigonée, située au sud de Stobi, ferma la vallée inférieure de TAxius ; une quatrième, en Mygdonie,
* Ptol. III. 13.
ferma celle de rEchédorus, et il semble qu'on ait pris à tâche de les multiplier, comme les Alexandries. Mais Antigone de Goni ne put renoncer aux vues ambitieuses de ses devanciers sur la Grèce, et, maître de la moitié de la Hellade, il tint en bride le Péloponnèse, en mettant garnison dans TAcrocorinthe, dont il acheta la possession par un crime. L'esprit d'indépendance se réveilla chez les Grecs : deux confédérations, la ligue achéenne au midi, la ligue étolienne au nord, réunirent contre les Macédoniens tous les Etats encore autonomes. Il fallut user de politique, semer la division entre les villes, et, dans chacune d'elles, entre les citoyens, avoir partout des hommes à gages, et revenir à la tactique de Philippe. Antigone et son fils Démétrius II s'y entendaient fort bien : presque partout ils réussirent à substituer au gouvernement démocratique des tyrans qui leur étaient dévoués, et, à l'exception des Achéens et des Etoliens, la Grèce leur obéit à peu près tout entière. Les peuples du nord continuaient aussi leurs incursions, et Démétrius II soutint une guerre contre Langarus, roi des Dardaniens \
Cependant les villes les plus importantes, comme Athènes et Sparte, n'avaient pas vu sans indignation l'asservissement de leur pays: Athènes osa secouer le joug, et se joindre à la ligue achéenne. Si Sparte en avait fait autant, peut-être la Grèce aurait-elle pu résister aux Antigonides ; mais, tout en voulant rester libre, elle crut être assez forte pour s'affranchir par elle-même, sans devenir achéenne^. La réforme de Cléomène lui donna une énergie passagère qui effraya ses voisins, et, par une faute grave, dont l'expiation fut cruelle, Aratus appela les Macédoniens^. Antigone II Doson administrait la Macédoine pendant la minorité
1 Liv. XXXI. 28. » Plut. Aratus,
« Plut. Clëom.
de Philippe, son neveu ; il répondit à cet appel, battit Cléomèneà Sellasie, s'empara de Sparte, dont il modifia la constitution, et rétablit sa prépondérance dans le Péloponnèse. Cette puissance était factice, précisément parce qu'elle se faisait trop sentir a« loin, et trop peu dans ses propres États. Les Épirotes et les lUyriens faisaient des ravages continuels, et les mercenaires gaulois, dont on ne pouvait plus se passer, se signalaient par de fréquentes révoltes, symptôme non équivoque de despotisme militaire. Antigone Doson déploya une certaine fermeté, et ramena les Macédoniens à l'obéissance en leur rappelant les services rendus par sa famille \ Mais la tâche était supérieure à ses forces, et la décadence de Pella date de son règne.
* c. Philippe^ flU fie Dépiétrius.
a Outre la Macédoine, Philippe avait encore la Thessalie et TEubée, Opunte en Locride, Élatée, et la plus grande partie de la Phocide, l'Acrocorinlhe, et Orchpmène d'Arcadie. Il tenait garnison dans trois des Cyclades, Andros, Paros et Cythnos, et dans Thasos, dans quelques villes de Thrace et d'Asie; une partie considérable de la Carie lui appartenait; en Éolide Myrinç; en Carie Eurome, Pedase, Bargylie, Jassos, Stratonicée ; sur l'Hellespont Abydos ; en Thrace Périnthe, Hespétie, Sestos; dans le Péloponnèse Hérée, Aliphère, et la Triphylie ^ «Jamais prince ne commença son règne sous des auspices plus brillants : Sparte, écrasée àSellasie, était en son pouvoir; il battit lesÉtoliens a l'invitation des Achéens, et parut le libérateur de la Grèce en ravageant ses provinces et en prenant ses villes. Les Carthaginois, victorieux en Italie, lui tendaient la main, pt
1 M. de la Coulonche. R^v, des Soc. ^ M. V. Duruy . ^ist.flfs Romains, sav. V. 742. I. 488 et note.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. 171
il pouvait avec leur secours accabler les Romains, Il com^ promit tout par sa mauvaise conduite : des fautes, (les crimes même lui aliénèrent Tesprit des Grecs ; il ne donna aux Cq,rthaginois que des secours tardifs et inefficaces, suffisants pour le compromettre seulement ; les Romains brûlèrent ses flottes jusque sqr ses côtes; toqs ses yoisins, qu'il n'avait pas ménagés, se tournèrent contre lui ; la quantité de ses possessions, dispersées sur tant de points, devint un embarras, et il .ne sentit le péril que lorsqu'il n'était plus en sop pouvoir de s'y soustraire. Déjà les Ro? m^ins avaient un pied partout.
Cependant il faut convenir que, s'il fut téméraire et inconsidéré dans l'attaque, il montra beaucoup d'habileté dans la défense, et, comme le dit Polybe, qui ne }e flatte point, le plus perfide des tyrans, aussi longtenips qu'il fut heureux, devint ensuite le'plus modéré des princes*. C'est surtout ce spectacle intéressant qui va opus arrête^ un n^oment.
On retrouve souvent dans Philippe un reflet de cette race brillante des Antigonides : comme son bisaïeul, \l a déjà majesté, l'instinct du pouvoir suprême \ il est roi. Quan4 il traite avec Annibal, il a un peu plus de vingt ans, et déjà il révèle ses projets nettement. Son alliance avec Carthage n'est pas inspirée par la crainte: qui redouterait les Romains après Cannes ! C'est l'ambition qui l'anime, et pour prix des secours intéressés qu'il donne, il se réseryp toutes les conquêtes à l'est de la mer Adriatique. Que deyieut )a Grèce dans ce partage? Évidemment dans sa pensée la Grèce est complètement asservie, et le royaume de Macédoine la comprend tout entière. Dan^ le malbpur, cptte dignité toute royale ne l'abandonne p^s; il u'accepte pas la suprématie
1 Polyb. XXVI. 5.
affectée par Antiochus; quand les députés des Perrhèbes se plaignent devant Cécilius à Tempe, il prétend qu'ils n'usent de leur liberté que pour insulter leur maître; quand il meurt au seuil de la vieillesse, sa véritable maladie est dans la blessure faite à son orgueil, et, comme Darius, à qui on rappelait chaque jour Tincendie de Sardes^ chaque jour il se faisait lire deux fois son traité avec les Romains.
C'est avec vérité qu'on a représenté Philippe « faisant la guerre moins en roi qu'en chef de bande, courant dans une même campagne sur tous les points à la fois, n'abattant aucun ennemi, et laissant toute entreprise inachevée. » On en donne les raisons, qui sont excellentes; « Les forces du roi ne dépassaient pas quelques milliers d'hommes; il levait difficilement des soldats. Il ne pouvait non plus dégarnir la Macédoine, car les Thraces, les Dardaniens, et les peuples d'Illyrie se jetaient alors sur son royaume. » Comment le même auteur, qui a si bien vu, ajoute-t-il immédiatement après : « Les yeux les moins clairvoyants voyaient s'approcher la tempête: seul Philippe ne voyait ni ne comprenait? ^ » Cela est contradictoire, et on peut dire, en supposant cette appréciation exacte, qu'il ne lui eût pas servi à grand'chose de comprendre. En effet, omettons ces possessions extérieures, qui sont moins une ressource qu'une dépense, et qui ont les apparences de la grandeur sans en avoir la réalité, et voyons ce qui existe dans la région macédonienne proprement dite. L'IUyrie grecque est mal soumise ; c'est par les armes seulement que les villes grecques prêtent une obéissance nominale et temporaire, toujours prêtes à accueillir en ami quiconque est ennemi des Macédoniens. Les tribus barbares ne sont pas plus dociles, et, à part quelques émigrations volontaires ou forcées
1 M. V. Duruy. Hist. des Homains. I. 489.
géographie: historiqle a l'époque macédonienne. 173
de Tliraces et dlllyriens à Tintérieur du pays, pour en combler les vides, Philippe ne trouve en eux presque aucun secours \ C'est une entreprise glorieuse pour lui que la conquête de deux villes des Labéates, Lissus et Acrolissus, et il ne les garde pas longtemps, car peu d'années après, Pleurale et Gentius en sont les maîtres. La réduction de la tribu obscure desPénestes occupe sérieusement Persée, qui se transporte dans leur misérable pays aiitour de leur forteresse et de leurs deux villes avec tout l'attirail de la guerre\ Au nord-ouest ce sont de vastes solitudes, pratiquées en avant de la Macédoine pour arrêter les Dardanes. Les Péoniens obéissent; Philippe et Persée campent souvent chez eux ; mais les Pélagoniens, les Lyncestes, les Orestes, les ÉUmiotes ne se prêtent au joug que faiblement, et leur défection leur vaudra après la victoire un certain degré de liberté. Ainsi à louest et au nord le royaume de Macédoine est très-limité, et ses possessions restreintes lui procurent moins de ressources qu'il n'a d'ennemis.
A Test, on peut dire que les conditions sont les mêmes. Quand Philippe fait son excursion au mont Scomius, il traverse entre le pays des Mœdes et l'Hémus de vastes solitudes ^ Ces solitudes sont les territoires des Agrianes et des Lééens, que les Triballes, et après eux les Gaulois, ont dépeuplés. Il faut en parcourir d'autres pour arriver au pays des Denthelètes ; c'est par là qu'il rentre sur le territoire des Msedes pour former le siège de Pétra. Les Odryses sont maîtres de Philippopolis : il les en chasse, mais c'est pour peu de temps, et ils reviennent presque aussitôt *. Sous le règne de Persée, Abrupolis, peut-être roi des Sapéens,
1 Plut. jEmil, éd. Didot. I. 309. et la commodité du chemin deCanda-
'^ Apres la bataille des Cynoscépha- vie^ qui ouvrait la Macédoine.
les, Lychnidus est donnée, avec le pays ^ lîy, xL. 22.
des Parthins, à Pleurate, roi des U- '* Liv. XXXIX. 53.
ly riens Labéates. C'était pour la sûreté
m GÉOGRAPHIE ANCIENNE DE LA MACEDOINE.
étend seâ ravages jusqu'à AmphipolisS et dans leë possessions situées sur les côtes de la Thrace, possessions qui ne sont qu'une suite de postes fortifiés ; il faut que Philippe recoure aux moyetis les plus violents pour se maintenir. Noue voyons bien dans ces possessions un empire étendu; nous n'y voyons pas une domination solide ; nous y cherchons surtout inutilement cette population guerrière, qui fit la fortune de Philippe et d'Alexandre. Chacun fournit son contingent, et certaines villes, comme Héraclée Sintique, donnent jusqu'à trois mille hommes. Mais ces corps isolés, loin de permettre à Philippe de conquérir, ne lui suffisent pas pour conserver; il faut doflc qu'il fonde sa puissance sur d'autres appuis, c'est-à-dire sur un trésor abondamment pourvu, et sur des mercenaires barbares. Arriver à reconnaître cette nécessité, c'est révéler pourquoi il succomba, et en même tettips pourquoi les Grecs faisaient entendre ces plaintes, dont Polybe, et après lui Tite-Live, sont le fidèle écho.
A propos du règne de Philippe, les auteurs anciens nous ont transmis sur la région macédonienne une grande quantité de renseignements précieux ; malheureusement ces renseignements ne sont guère circonstanciés en général, et laissent à la sagacité de leurs successeurs un champ beaucoup plus vaste qu'ils ne Fambitionnent. Outre les colonies grecques, déjà bien connues par les témoignages antérieurs, deux ou trois endroits importants, comme les défilés d'Antigonée et ceux d'Antipatrie, sont décrits avec une fidélité que les Voyageurs modernes ont admirée ; beaucoup de places fortes sont énumérées, mais sans ordre, et sans détails positifs qui en déterminent la situation. On peut reconnaître encore, par des textes certains, la position
1 Liv. xui. 42.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A L'ePOQUE MACEDONIENNE. 175
véritable de la Dëuriope entre le Lyncestide et la Pélagonie, celle d'Acrolissus, celle du mont Scomiias. On suit aisément Philippe dans ses conquêtes en Dolopie, en Athaftianie, jusqu'au golfe d'Ambracie; on comprend très-bien quelle dut être sa colère de se voir enlever, après le départ d'Antiochus, et le danger passé, les contrées qui avaient été le prix de sa neutralité ou de ses bons offices à Theure du danger lui-même; et quand on tient compte de l'inévitable étendue de ses Etats, des ennemis qu'il avait sur toutes ses frontières, du peu de ressources qu'il possédait pour y suffire, on n'est plus surpris qu'il ait fait la guerre le plus souvent en chef de bande, sur tous les points à la fois, sans rien achever. C'est ainsi que dans une même année on le voit devant Oricum et ApoUonie, en Pélagônie, chez les Dardaniens, à Tempe pour arrêter les Etoliens, sur le Strymon aux prises avec les Mœdes, et marchant une seconde fois jusqu'à Dium pour combattre les Etohens, qui ont envahi l'Acarnanie, son alliée \ Que n'eût pas fait le prince capable de cette activité, s'il avait eu les trente-cinq mille Macédoniens d'Alexandre^ et des lieutenants comme Anti^ pater et Parménion 1
Dans les dernières années Phihppe n'a qu'un but, recommencer la guerre contre les Romains. L'expérience d'un long règne, et la juste haine qui l'anime, lui révèlent mieux que jamais les moyens dont il dispose, ce qui lui manque, et ce qu'il a. Rien ne fait mieux ressortir que sa conduite l'état où. se trouvait alors la région macédonienne. Il n'a pas assez de soldats, pas assez de sujets; les bras font défaut à la culture des terres, et dans l'Emathie même , cette plaine fertile, qui fut le berceau de ses ancêtres, il faut que le sol soit livré aux lUyriens et aux Gaulois ; il faut y
1 Liv. XXVI. 25.
rappeler les Boltiéens. De là le nom de Gallico, donné depuis à TEchédorus, à cause des Gaulgis qui furent distribués sur ses bords. Sans doute les autres contrées sont plus" désolées encore, et si Thistorien ne parle que de TEmathie et de la Bottiée, c'est que Philippe, ne pouvant trouver assez de colons, établit ceux dont il dispose dans la partie dont le sol est le plus riche. Il ne peut lever des taxes bien lourdes sur de pareils sujets; il ne peut même se récompenser sur les profits du commerce : Rome, qui a tout prévu, ne lui perriiet pas d'avoir une flotte. A quof servent dès lors ces villes maritimes, soumises si péniblement, et si mal disposées? Si la guerre éclatait, ce serait peut-être une proie pour l'ennemi : il vaut mieux que leurs habitants deviennent des colons, et repeuplent la Macédoine ; leurs richesses, placées sous bonne garde dans les forteresses de Tintérieur, payeront les mercenaires dont on a besoin. La Grèce, dit Polybe, quand elle apprit ces violences, poussa un cri de douleur. Nous n'acceptons pas sans contrôle ces doléances hypocrites d'un peuple dégénéré, qui sort des mains des Gaulois pour tomber dans celles des Romains, et qui donne son suffrage à Gallicrate. Le procédé de Philippe n'est pas nouveau, mais conforme au génie des peuples de l'antiquité ; c'est ainsi que Darius a transporté en Asie les Sirropéoniens et les Péoples ; que Gassandre, Démétrius, Antigone ont peuplé Gassandrie, Démétriade et Antigonée ; Athènes ne fut pas plus clémente à Potidée, à Mitylène, à Mélos. Il y a de l'exagération évidemment dans la douleur dont parle Polybe ^ ; cela prouve seulement que la Grèce était déjà disposée à accepter le joug de Rome, et qu'elle était surtout hostile aux Macédoniens.
Mais, tout en admettant l'habileté des mesures de Phi-
« Polyl). XXIV. VI.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. 177
lippe, leur opportunité, leur nécessité même, comment ne pas y reconnaître un pouvoir factice et d'avance condamné? Qu'y a-t-il de solide dans cette désaffection et cette dépopulation universelles? Le règne de Persée, mieux que tout ce que nous aurions à dire, nous l'apprendra.
Ce prince fratricide, monté par un crime sur un trône que lui refusait sa naissance, expia justement des vices odieux par des malheurs inouïs, et sa chute fut surtout misérable en ce point, qu'elle ne laissa point de place à la pitié. Il donne d'abord les plus hautes espérances, parce qu'il dissimule assez bien le rôle qu^il veut jouer. Il appelle, comme son père, les barbares à son secours, Bastarnes, Thraces et Gaulois * ; il essaye de se réconcilier avec les Grecs , envoie partout des députés demander Toubli du passé ; il a des ambassadeurs à Carthage, à Samothrace, où ils ont des conférences avec tous les peuples de l'Asie. Cotys , roi des Thraces Odryses , lui est favorable ; une grande partie de l'Epire lui est dévouée^; Gentius, roi des Labéates^ pour agir, ne demande qu'un subside ; presque toute la Grèce attend pour se déclarer qu'il prenne l'offensive, et qu'il engage le combat. Mais, hélas ! il semble que la fortune n'ait mis entre ses mains tant de moyens d'action que pour mieux faire ressortir son infériorité, ou bien encore par respect pour la monarchie d'Alexandre, qui ne devait tomber qu'avec honneur. Les délais possibles sont épuisés, c'est-à-dire que Rome, délivrée de crainte en Espagne, peut agir en Grèce. La guerre est déclarée, et déjà Persée est brouillé avec la moitié de ses alliés. Eumène l'avait dénoncé à Rome : il s'en fait un ennemi irréconci-
» Polyb. XXVI. 6. ^ Liv. XLIII. J8.
liable en essayant de l'assassiner; il refuse à Gentius et aux barbares Ter qu'ils demandent, sans doute, dit énergiquementPlutarque, pour être meilleur économe des richesses des Romains * ((So-uep oIxovojjlwv, où tîoIsjjiwv Pcofjtaloiç). Il protège en Grèce le pauvre contre le riche, le débiteur contre le créancier ^, et mêle et confond toutes choses, comme le lui reprochent avec justice les députés thessaliens ^ ; il se souille aussi de cruautés. Enfin, au lieu de prendre l'offensive pendant que les Romains ne sont pas prêts, il attend pour engager la lutte à être attaqué lui-même, et quand il est vainqueur de Crassus à Sycurium, au lieu de profiter de ce premier succès, d'une si grande importance à la guerre, pour fondre sur un ennemi découragé, et enlever son camp, il demande la confirmation pure et simple du traité des Cynoscéphales. A partir de ce moment il n'a plus d'alliés au midi, et il est perdu dansTesprit des Grecs.
C'est après cette campagne que Persée remporte deux vict.oires sur les Dardaniens et sur les Pénestes, victoires glorieuses sans doute, mais stériles, qui ne diminuent pas le danger du côté des Romains. On pourrait croii'e tout d'abord que les Pénestes sont des Dardaniens, ou du moins habitent dans leur direction, et on arriverait ainsi à les confondre avec les Pirustes, en réservant le nom de Pénestes pour ces esclaves mentionnés par Eustathe. Mais le nom, répété plusieurs fois dans le texte, ne permet pas cette interprétation ; d'ailleurs, on serait forcé de placer les Pénestes dans les solitudes créées à dessein par les Macédoniens. Ce sont donc des peuples différents, et il faut les placer au delà du Drilo, dans les montagnes du Mathis, c'est-à-dire probablement dans le bassin de TOracha, où nous les avons établis déjà. Persée revenait de leur pays par la vallée du
1 Plut. jEmU, éd. Didot. I. 341. s U\. XLII. 43.
2 Diod. Sic. Exe. Vatic, 74.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A l'ÉPOQUE MACÉDONIENNE. 179
DrilQ jusqu'à Stuberra surl'Erigon, où il vendait tranquillement son butin.
Il semble que Persée se soit réduit volontairement à la défensive, et se soit attaché surtout à rendre son royaume inaccessible aux Romains. Mais, comme on Fa fort bien dit, les défilés de la Macédoine, pour être difficiles, n'étaient pas impénétrables \ et, à défaut des Romains, les Dardaniens et Pyrrhus l'avaient prouvé. Hortensius échoua en EUmiotide; Q. Marcius, plus hardi, s'engagea dans le bas Olympe, descendit en Piériepar des chemins affreux ^, qui, avec un adversaire plus habile, auraient entraîné sa destruction, et pénétra jusqu'à l'Haliacmon. Paul-Emile, arrêté par le camp de Persée à Dium, tourna Tennemi par le col de Pétra, l'obligea à se replier sur le Leucus^ et la bataille de Pydna, vivement disputée par la phalange, qui y soutint son antique réputation, fut le dernier effort des Macédoniens. Persée fut abandonné de ses sujets, comme le méritaient sa cruauté et son avarice *, et, dans sa fuite précipitée, tous pouvaient lui dire, comme ceux d'Âmphipolis : Allez, partez d'ici ! ne compromettez pas ceux qui survivent. (Abite hincy ne qui pauci supersumus propter vos pereamus^,) Les Dieux, irrités du meurtre impie de son frère, demeurèrent sourds à ses prières ^ A Rome, il demanda qu'on lui épargnât Tignominie du triomphe : c'est toujours en son pouvoir, répondit Paul-Emile \ Les Bisaltes, qui l'avaient vu fuir des premiers à travers la forêt Piérienne, ne voulurent plus combattre pour lui, et se retirèrent dans leurs foyers ^ Gentius, à qui il avait imposé son alliance sans vouloir la payer, fut enveloppé dans sa ruine.
1 M. Poirson. Hist. anc. p. 442. ^ Liv. XLIV. 45.
2 Diod. Exe. de vit. et virt. 578. ^ Diod, ^^c^ ^g ^i^t. et vit. 577.
3 Plut. J£mil. éd. Didot. I. 312. ? M. V. Duruy. Hist, des Rom, 1. 514. 545.
* Diod. Exe. Vatic. 77. s Liv. XLIV, 44.