II. 50. 31). Or, nous savons que des Polyb. V
colonies d'Eléens sont venus dans ni- * Hecat. 69.
lyrie grecque* 11 se pourrait que les ^ Thucyd. I. 24.
partis); et après eux par les Taulan tiens, peuplade iilyrienne; ensuite les Liburnes, illyriens également, Thabitèrent, et partirent de là pour désoler de leurs incursions là mer ionienne. Mais les Dyrrachins appelèrent à leur seeours les Corcyréens, alors prépondérants sur mer, chassèrent les Liburnes \ et c'est à cette époque que les Corcyréens fondèrent une colonie sous les ordres de Phallus, ûls d'Eratochde, et descendant d'Hercule, qu'ils firent venir de Corinthe, leur métropole, selon Tusage ancien \ Ils abandonnèrent le nom de Dyrrachium, qui leur semblait de mauvais augure (oùx aïo-iov) , et reprirent celui d'Epidamne, donné à un premier établissement. Ils avaient avec eux quelques Corinthiens, et d'autres colons d'origine ionienne, tels que les Dyspontiens, venus d'Elide. Avec le temps Epidamne devint grande et populeuse, mais les séditions intestines et les guerres avec les barbares limitrophes lui firent perdre sa splendeur. Les plus riches, chassés de leur ville, s'unirent aux barbares (Taulantiens) pour en former le siège, et la guerre du Péloponnèse en sortit ^
Epidamne, fondée primitivement par Epidamnus, roi de la peuplade barbare qui en était voisine ( peut-être cet Epidamnus est-il un roi des Bryges), était située près de la mer. Ce fut son petit-fils, Dyrrachus, que l'on dit fils de Neptune, qui ajouta à la ville un port ( èmvaov), et lui donna le nom de Dyrrachium. Ainsi, Epidamne était la ville ; elle précédait Dyrrachium dans l'ordre de la fondation, et Dyrrachium était le port, ce que nous remarquons dans beaucoup de villes anciennes, et les deux noms ont d'abord existé concurremment. Les Corcyréens, après l'expulsion des Liburnes, firent prévaloir le premier, parce que le second leur semblait de mauvais présage \ Ils conservèrent leur
^ Appien. Illyr. 7. G. civ. II. 39. » Thucyd. I. 39. 40.
2 Raoul-Rochette. Hist, des Col, gr. * Appien. G. civ, II. 39. m. 544.
auto^omie au milieu de nombreuses agitations politiques jusqu'à répoque de la seconde guerre punique : 4eux factions s'y disputaient le pouvoir avec un tel acharnement, qu'une fois ils jetèrent dans la mer un fer rougi au feu, et jurèrent de ne se réconcilier avec ceux qui avaient alors le dessous que lorsqu'ils Ten retireraient brûlant. Quelque temps avant la lutte de Rome contre Annibal, Agron, roi de^ Illyriens, reprit sur cette côte les projets des Liburnes, s'empara de Pharos, d'Issa, d'Epidamne et de Çorcyre, et y mit garnison ( sjjicppoupa el^^v). Sous le règne de Tenta, sa veuve, Rome, insultée dans la personne de Coruncanius, son ambassadeur, intervint *, délivra Epidamne et Corcyre, dont elle se fit protectrice, et Epidamne demeura depuis fidèle à son alliance ^ Ce ne fut pas sans exciter la jalousie des rois de Macédoine; et, dans le traité conclu par Philippe avec Annibal (215) % l'occupation d'Epidamne était interdite aux Romains. Quand les Romains, en guerre avec Philippe, y abordèrent de nouveau, il se trouva, par une bizarre coïncidence, que le nom d'Epidamne, mal compris et transporté dans leur langue {velut in damnum ituris omen id visum)^ était d'un augure sinistre *, comme celui de Dyrrachium avait semblé Têtre pour les Gorcyréens, et ils reprirent le nom de Dyrrachium, qui, en latin, n'avait plus le même caractère. La péninsule sur laquelle la ville était bâtie s'appelait aussi Dyrrachium, et depuis le nom de Dyrrachium a prévalu définitivement. Epidamne était séparée de Ruthoë par un jour et une nuit de navigation, d'ApoUonie par deux jours de route, et le Palamnus coulait au delà de ses remparts ; d'Epidanane à Buthoë, la route de terre était de trois jours ^ Nous ne croyons pas qu'aucun autre auteur que Scylax ait nommé
1 Polyb. II. 9. 11. '^ Pomp. Mela. II. 3.-piifi. HI, 26.
2 Appien. !Uyr. 7. b Scyl. Cary. 26.
3 Polyb. VII. 2.
le Palamnus ; nous voyons dans ce petit fleuve un des cours d'eau qui se trouvaient entre les camps de César et* de Pompée, et que César avait endigués pour augmenter Is, détresse dans le camp des Pompéiens. La colline sur laquelle Pompée s'était établi en face de César ^ portait le nom de Pétra^. La ville, sans doute en récompense de son atte-chement à la cause des triumvirs, fut élevée au rang de colonie par Auguste; elle était encore illustre au temps de Ptolémée \
Selon Pausanias, qui confirme en ce point le récit d'Appien, les Epidamniens occupaient depuis longtemps le sol de leur presqu'île \ mais leur ville était plus réoQute (sans doute la ville grecque), et n'était pas tout à fait sur remplacement de l'ancienne. Cela s'accorde avec le témoignage de Pouqueville, qui a constaté dans ses décombres la trace de deux enceintes distinctes, Tune répondant à l 'acropole, l'autre à la ville de commerce^. La voie Egnatia on partait, et conduisait de là à Thessalonique ^ Le territoire de Dyrrachium, limité au nord par l'isanus, et au midi par l'Apsus, s'étendait à l'est jusqu'aux pays des Parthins , et leur fermait le littoral de bout en bout.
L'état actuel des ruines de Dyrrachium est constaté dans le dernier rapport deM. Heuzey, et nous ne pouvons mieux faire que de le reproduire ici ^ : « A Dyrrachium^ dit le savant voyageur, on retrouve partout, comme à Philippes, le souvenir de Rome ; l'établissement de la race conquérante a presque entièrement effacé les traces plus anciennes. Une stèle funéraire, un fragment de bas-relief et le surnom d'Epidamnus, qu'une inscription latine d'une a.ssez basse époque donne à un chevalier romain, préfet perpétuel du
* Cœsar. Bell. civ. 111. 49. ^ PouquevUle, Vom»^ W GréM. I. ^ Dion Cass. XI. c xxiv. p. 325.
8 Ptol. 111. 13 et VllI. 6 Liv. SuyyL CXI. 15 . - Cœs. Bell,
* Pausan. VllI. civ. 111. 13.
"7 Moniteur du 15 avril 1863.
collège des ouvriers charpentiers, sont les seuls vestiges de la ville grecque qui fut autrefois l'occasion de la guerre du Péloponnèse. Les débris de la colonie romaine forment, au contraire, toute une muraille de la forteresse moderne de Durazzo, et viennent s'y mêler aux écussons napolitains et normands. Quelques morceaux de sculpture et d'architecture semblent même appartenir à une époque voisine de la république. Il faut citer particulièrement deux guerriers, dont la belle tournure se fait admirer, malgré les défauts d'une exécution rude et incorrecte. De nombreux fragments, qui entraient dans la composition de divers édifices, donnent une idée de la multiplicité et de la magnificence des constructions élevées par les Romains à Dyrrachium. La muraille turque contient encore les pièces principales d'un arc de triomphe. Les inscriptions mentionnent aussi un aqueduc construit par l'empereur Adrien, et une bibliothèque élevée vers le temps de Trajan. Aucune partie de ces édifices n'est restée debout : on ne retrouve même pas de traces de l'enceinte antique. » On voit clairement, par ces curieux détails, que l'on peut encore aujourd'hui distinguer Epidamne de Dyrrachium, et que la ville grecque et la ville romaine étaient juxtaposées.
Au sud-est de Dyrrachium, entre cette ville et le Genusus, se trouvait Asparagium. Pompée et César s'y observèrent réciproquement à deux reprises différentes *, campés l'un en deçà, l'autre au delà de la ville. Nous retrouvons presque le nom d'Asparagium dans la Spirnatza, appelée aussi Dartch, petite rivière que nous croyons être le Panyasus, et nous pensons qu' Asparagium devait être située aux environs de Kawaja \ Ainsi, le camp de Pompée aurait été situé entre Kawaja et la Spirnatza, et celui de César au midi,
1 Caes. BelL civ. III, 76. 2 Kiepert. Karte von der Eur. Turk.
peut-être sur le mamelon occupé par la bourgade de Kutschari. Appien appelle le fleuve Aloras \
€* Apollonle^ Mymptaieaiii.
Apollonie^ (Polliiia ou PoUona), fondée par iesCorcyréens sous un chef corinthien ^ du nom de Gylax \ était remarquable par la sagesse de ses lois, qui ressemblaient à celles de Sparte, et excluaient Tes étrangers ^ Elle était située à 10 stades de TAoûs (l^''-,830 mètres), et à 60 stades de la mer (11'^" ,100 ) \ Scylax de Garyanda, qui, comme Hécatée de Milet, appelle TAoûSiEas, n*en compte que 50'' (Q'^'SaSO), et 520 stades d'Apollonie àAmantia (59»^»-,200). Pline compte 4 milles seulement (environ 6 kilomètres) d'Apollonie à la mer. Fondée vers le commencement du sixième siècle avant #ésus-Christ^ elle reçut, comme Epidamne, des Dyspontiens d'Elide. Souvent en lutte contre les Taulan tiens et les Macédoniens, les ApoUoniates résistèrent à Philippe, entrèrent avec empressement dans l'alliance de Rome, espérant sans doute que, plus éloignée, elle les incommoderait moins, et aidèrent les Romains à brûler dans TAoûs la flotte macédonienne®; ils secoururent encore les Romains contre Gentius. Philippe les avait compris, comme ceux d'Epidamne, dans son traité avec Annibal*^ Ils accueillirent César en sa qualité de consul, ne croyant pas devoir résister à celui qui était alors le premier magistrat de la république, mais ils penchèrent du côté de Rrutus dans la seconde guerre civile. Grande et magnifique à cette époque^S ApoUonie ne paraît pas avoir joui depuis d'une égale pros-
1 Appien. G. ctv. 11. 56. "^ Scyl. Car. 26.
2 Leake. » Raoul-Rochette. III. 347.
3 Thucyd. I. 26. » Liv. XXXVI. 25. XLIV. 30»
* Steph. 215. 10 polyb. VIL 8.
» Elien. XIII. 16. ** Cic. Phil. XI.
« Strab. VIII. c. v. § 8. p. 262.
périté ; Oricum et Aulon au midi, au nord Dyrrachium lui eolevèrent peu à peu toute son importance. Mais de nos jours encore son emplacement est des mieux constatés. Citons une seconde fois le rapport de M. Heuzey :
« Les ruines d'Apollonie présentent l'image d'une ville quia gardé pendant toute l'antiquité, et même sous la domination romaine, les traditions de la vie hellénique. Quand on examine les nombreux fragments qui sont rassemblés sur l'emplacement de Tancienne acropole, et qui forment du monastère de Poïanni un véritable musée, on se retrouve avec une joie infinie au milieu de la Grèce. Cependant ces débris, arrachés à plus de vingt édifices différents, portent presque tous la trace d'un style moins sévère que les monuments du siècle de Périclès : c'est la même délicatesse de goût, avec plus de variété et de fantaisie dans l'invention des détails. Un petit antéfîxe en marbre, représentant deux danseuses enlacées dans les enroulements d'une palmette, est peut-être le plus merveilleux exemple de ce grec orné qu'on ne s'étonnera pas de rencontrer dans une colonie de Corinthe. Sur plusieurs fragments doriques, et notamment autour d'une tête de lion tombée de la corniche d'un temple, on voit les feuillages et les ornements corinthiens se mêler à l'ornementation ordinairement toute géométrique de cet ordre. L'ionique s'écarte également des formes anciennes pour se rapprocher de celles que nous avons retrouvées à Palatitza, et attribuées à l'époque d'Alexandre. Un Atlante en pierre, malheureusement très-mutilé, qui supportait les architraves de quelque portique, est un autre témoignage de toute la richesse qu'une population opulente avait déployée dans la décoration de ses édifices publics. La statuaire proprement dite n'est représentée, parmi les antiquités rassemblées par nous à- Apollonie, que par une tête de femme voilée ; mais la beauté de ce seul débris suffît
pour montrer qu'aucun des arts de la Grèce n'avait dégénéré entre les mains des colons de Corinthe sur ces côtes lointaines de l'Illyrie*. »
Leake nous dit que les ruines s'appellent Pollina ou Pollona, et qu'au pied de la colline, vers le nord, est un petit village nommé Poïani % dont l'église est bâtie de blocs empruntés aux ruines elles-mêmes. Pouquevilie, qui les a visitées également, signale une colonne d'ordre dorique de douze pieds de circonférence , des médailles nombreuses, représentant une tête d'Apollon laurée avec la légende AnOAAQNIATAN. En 1813, dit^il, une statue de Diane fut trouvée parmi les décombres; enfin, sur un tumulus voisin (Pûïanni?) s'élevait le temple d'Apollon ^ L'édifice avait cent vingt pieds de long sur quarante- huit de large. Serait-ce cette Travayta xou ÀiioXXcjvo;, dont le titre ridicule a amusé le voyageur anglais?
Près d'Apollonie est un lieu sacré appelé Nymphaeum : on y voit un feu perpétuel sortir des prés et de l'herbe verdoyante. Du temps de Sylla, dit Plutarque, on y prit un satyre ; il ne répondit aux questions qui lui furent adressées que par des cris de bouquin, et Sylla, effrayé, le fit lâcher incontinent \ Strabon connaît aussi cet endroit merveilleux : un rocher y vomit la flamme; au pied coule une source d'eau tiède et bitumineuse. On y voit une mine de bitume, employé comme remède contre les insectes de la vigne, quil détruit avant que du pied du cep ils aient atteint les bourgeons ^ L'odeur qu'il exhale en brûlant est celle du soufre et de l'alun ; la végétation est très-active aux environs, et le feu ne gâte ni le tronc ni les feuilles. Il brûlait jour et nuit, si Ton en croit les ApoUoniates, avant
* M. L. lîeuzey. Rapporta rEmpe- ^ Pouqueville. Voy.enGr. I. c. xxii. reur. Moniteur du 13 avril 1862. p. 290.
» Leake. North, Gr. i, 569. * Plut. Sylla, éd. Didot. I. 559.
s Strab. VII. c. v. § 8. p. 262.
les guerres soutenues contre les lUyriens ^ Le même phénomène, observé par Aristole et Dion Cassius, a été aussi reconnu par Pouqueville, qui le place au sud-est d'ApoUonie, dans Tangle que forme rAoils avec le Polyanthus (Soulchitza). La richesse des mines, qu'on n'a pas cessé d'exploiter depuis un grand nombre de siècles, est telle, que l'Europe entière pourrait y puiser pour ses besoins sans crainte de l'appauvrir , et il s'en échappe des flammes bleuâtres que Ton aperçoit la nuit ^,
f' lies deux Byllls; le» deux Aniantia.
Les auteurs anciens mentionnent deux Byllis, l'une intérieure et barbare , l'autre maritime et colonie grecque. Byllis intérieure touchait aux Atintanes et était libre aux temps historiques, car on ne voit pas qu'elle appartînt aux Macédoniens, ni aux Epirotes, ni aux ApoUoniates^ et on sait que les Atintanes, situés d'ailleurs un peu plus à l'est, n'avaient pas de \illes^ Mais il est permis de supposer qu'elle fut d'abord chaonienne. C'est le seul moyen d'expliquer l'épithète de barbares que Pline donne auxBulliones, ses habitants*. Elle fut assujettie au régime des colonies sous les Romains ^ et Holstein cite une médaille avec la légende BTAAIONQN ^ On voit ses ruines sur la rive septentrionale de TAous, un peu au-dessus de son confluent avec le Polyanthus (Soutchitza), près- du bourg de Gradista"^ . La description donnée par Pouqueville ne laisse aucun doute à cet égard, et l'identité est certaine ^ Mais il la confond avec Byllis maritinie et s'épuise en commen-
1 ^rien. Hist.Var. XIII. 16. » Strab. VII. c. vu. § 8. p. 271.
* Pouqueville. Voy, en Gr, X. c. xxi. ^ Holst. in Steph. v^ PouXivoi.
p. 272-274. 7 Von liahn. Karte von Albanien.
3 Steph. vo 2uXÎGve;. s Pouqueville. Voy. en Gr. I. c. xxi.
♦ Plin. III. 26. p. 276.
taires pour prouver qu'autrefois', aux époques de grandes eaux, les bâtiments ont pu arriver jusque-là. 11 est plus naturel de reporter ces détails à Byllis maritime, qui pouvait avoir son port à Aulon, avant que ce lieu devînt lui-même une ville florissante.
Byllis maritime (7rapa9a>.a(T(rta), fondée par les My.rmidons, compagnons de Néoptolème, fils d'Achille\ était située près du rivage, au sud-ouest de la précédente, sur la route d'Oricum à Apollonie. Ses habitants sont appelés Byllins par Tite-Live ^ Bulliens par Cicéron% etBullidiens par César* et par Pline ^. Ils sont libres; ils doivent ce privilège aux secours donnés aux Romains dans la guerre contre Persée ^ à César contre Pompée \ et à Antoine contre Brutus \ Son emplacement, selon Von Hahn, répond au poste fortifié de Kanina ^ et Leake y a reconnu quelques débris de murs pélasgiques ^\ Le nom de Bylliacé, donné par Strabon à Byllis maritime, paraît être une corruption dans le texte, et le dernier éditeur de Strabon, C. MuUer, Ta corrigée judicieusement ^^
C'est sur la rive droite du Polyanthus, au sud-est de Byllis maritime, et près de Nivitza, qu'il faut chercher les ruines d'Amantia. On y remarque une acropole, aviec des murs pélasgiques surmontés de constructions plus récentes, des colonnes et des inscriptions ^\ Cette ville fut fondée au retour de la guerre de Troie par les Abantes, partis d'Erétrie en Eubée ; on l'appelait aussi Abantia et Amantina. Elle était libre ^^; son territoire s'étendait à l'origine jusqu'aux monts Acrocérauniens, et le long de la mer à 60 stades,
1 Steph. 188. 8 Liv. Suppl CXVIIL 33.
2 Liv. XXXVI. 7. XLIV. 30. ^ Von Hahn. Kartevon Alb.
3 Cic. In Pis. 10 Leake. North. Gr. I. 2.
* Caes. Civ. IIL ^^ Strab. VIL c. v, § 8. p. 263.
^ Plin. IV. 17. 12 Pouqueville. Voy. en Gr, I. c. xxi.
« Liv. XLIV. 30. p. 274. — Steph. 71.
^ C»8. Civ. III. 13 Plin, IV. 10.
au nord-est de celui d'Oriciim *. S'il avait les mêmes dimensions à l'est, cela justifierait le texte de Ptolémée% qui met à la suite d'Amantia les bouches du Célydnus (Dryno). La seconde Amantia, appelée aussi Bantias, se trouvait dans le pays des Calicéniens. Les Amantes, ses habitants, étaient barbares, c'est-à-dire Illyriens, et il ne faut pas les confondre avec les Amantins, citoyens de la villegrec(jue3. Cependant, si les Calicéniens eux-mêmes sont Grecs, comme nous le pensons, cette barbarie doit s'entendre seulement d'un degré moindre de civilisation.
g- Orestias) AuIod, Orlcam, Panormus, Paleste, Pharsalia.
Les Orestes et les Amantins, autonomes sous Philippe, flls de Démétrius, furent déclarés libres par Flamininus pour avoir trahi Pliilippe, et s'être alliés aux Romains* ; ils conservèrent leur autonomie par le traité qui suivit la bataille des Cynoscéphales, et ils étaient encore libres du temps de Gicéron. Un siècle plus tard, ils étaient placés au rang de colonie ^ Etienne de Byzanceveut, d'après Théagène dans ses Macédoniques, qu'Oreste, guéri de sa folie, se soit réfugié dans cette partie de l'Epire avec son épouse Hermione, et y ait bâti Orestias^ on comprend difficilement qu après avoir fondé cette ville il soit allé mourir en Arcadie. Strabon suit la même tradition et l'applique à Argos Oresticum ; il ne paraît pas connaître les Orestes de l'intérieur, et place Argos Oresticum en Epire \ Le territoire d'Orestias était situé immédiatement au sud de TAoûs, entre le Nymphœum, qui appartenait aux Apolloniates, et la mer, c'est-à-dire le littoral du golfe d'Aulon ; limité
1 Scyl. Car. 26. s pijn. iv. 10.
2 Ptol. III. 13. p. 91. 6 steph. 519.
8 Polyb. V. 108. 7 sirab. VII. c. tîi. §8. p. 271.
* Liv. XXXIII. 34.
au sud par l'Oricie et l'Aman tie, il devait être fort borné. On n'en trouve présentement aucune trace , et sa position s'accommoderait assez du bourg actuel de Goritza \ qui est situé à mi-route d'Aulon et d'ApoUonie , et dont le nom n'est pas sans analogie avec le sien.
Aulon (ÀuTvwvaç), aujourd'hui Avlona, et pour les Italiens Valona, est située à 2^"-, 400 de la mer, elle doit son nom au vaste étang qui Tavoisine, et qui communique avec la mer par un goulet assez étroit (auXov) . Elle avait sous les Romains une certaine importance; elle possède un chantier de construction (eiiiveiov), et elle adonné son nom au golfe d'Aulon (golfe de Linguetta), compris entre TAoûs et les monts Acrocérauniens. Elle était libre du temps de Ptolémée \ et il ne semble pas qu'elle ait existé avant l'époque impériale \ En effet César, qui dut passer dans son voisinage, et qui cite les Byllins et les Amantins, ne dit pas un mot d'Aulon, et Appien n'en parle pas plus que lui. Elle hérita sans doute de la prospérité de Byllis maritime, dont probablement elle était le port. Quelques murs ruinés attestent seuls aujourd'hui l'antiquité de sa fondation *.
Selon Scymnus de Chio, à cent soixante stades d'Amantia {29'^»*-,600), et à un tiersde jour de navigation de l'île de Sason, les Eubéens revenant de Troie (Abantes) fondèrent la ville d'Oricum^ (petite Orée?)* Pline fait au contraire d'Oricum une colonie de Colchiens% et compte de cette ville au promontoire de Salente (cap Leuca) quatre-vingt-cinq milles (126 kilomètres). Située en plaine, sans murailles, presque sans défenseurs, elle fut menacée par Philippe, roi de Macédoine, et protégée contre ses attaques par les Romains', dont
^ Kiepert. Kartevon Eur. Turk. » Scymii.Ch.V.442. — Scyl.Car.26.
2 Ptol. III. 13. 6 piin. III. 26.
3 Pouqueville. I. c. xxi. p. 270. ' Liv. XXIV. 40. XXVI. 25. '* Leaké. Nore/i. Gr. V. 1.
elle fut le premier point de débarquement sur les côtes de la Grèce. Valérius Lœvinus, vainqueur aux bouches de TAous, parut sous les murs d'Oriciim le lendemain de sa victoire, chassa la faible garnison macédonienne qui l'occupait, et s'y installa. Paul-Emile, revenant d'Amphipolis en quinze étapes, s'y embarqua pour retourner en Italie *. Le préteur L. Manlius y commandait, quand César, parti de Palesle, y arriva soudain, ayant effectué le trajet par détachements au prix de grandes fatigues, et dans des chemins détestables. Les Oricins, comme à quelque temps de là ceux d'Apollonie, refusèrent de se. battre, et Manlius dut céder à la fortune de César ^. Selon Appien, Oricum fut repris plus tard par les Pompéiens ^ ; César n'en dit rien, et cela'ne paraît pas vraisemblable, surtout quand on se représente que César, en abandonnant son camp d'Asparagium, suivit encore cette route pour porter la guerre en Thessalie. Il aurait vraisemblablement changé d'itinéraire, si dans l'intervalle Oricum avait succombé.
Oricum était située au fond du golfe d'Aulon avec son port, Panormus, et étendait son territoire le long du rivage pendant environ quatre-vingts stades*. C'étaient les limites de rOricie; ensuite, et en remontant vers le nord, se succédaient TAmantie (60 stades), l'Orestiade et le territoire des Apolloniates. Il faut, pour retrouver ces dimensions» donner à TOricie la presqu'île Acrocéraunienne, depuis le cap Acrocéraunien (Linguetta) jusqu'au petit fleuve actuel d'Hissari, établir l'Amantie depuis l'embouchure de THissari jusqu'à dix stades (l'',800) de Byliis maritime (Kanina) », réserver pour Byliis, dont les auteurs ne parlent pas, la côte répondant à cette ville et à son port, Aulon, et ne faire
1 Plut. jErnU, Liv. XLV. 34. s App. Civ. II. 56.
« Liv. Suppl, CXI. 10. - Gaes. Bell. * Scyl. Car. 26 . civ. III. II. ^ Kiepert. Karte von Eur, Turk,
commencer le territoire d'Orestias qu'au-dessus d'Âulon, par exemple à la hauteur de la bourgade actuelle de Narta. On retrouve Oricum dans le bourg d'Erikho ou Jéricho*, près de THissari, et à quelque distance, sur la côte est du golfe, abritée par les monts Cérauniens, Panormus, le port d'Oricum, qui s'appelle aujourd'hui Porto -Raguseo, et qui est le seul mouillage de la côte accessible aux vaisseaux de guerre actuels à partir du golfe Rhizonique ^. Panormus est le port d'Oricum, comme Âulon.est le port de Byllis, et il est digne de remarque que ce sont deux noms génériques, se rapportant parfaitement à leur situation, sans que les auteurs anciefts, qui ont mentionné avec tant de soin les colonies grecques, nous aient laissé rien de précis sur leur fondation. Ce silence s'explique naturellement, si on les voit, dès le principe, rattachés à d'autres villes dont ils suivent les destinées, et dont ils ne sont que les dépendances el les annexes.
Cependant il se présente une difficulté. Strabon dit : Après Apollonie Byllis, Oricum, Panormus son port, les monts Cérauniens^ et la lifiiite commune de la mer Ionienne et de la mer Adriatique. Dans un autre passage, plus détaillé, il place un grand port du nom de Panormus au milieu des monts Cérauniens, et le fait suivre du port d'Onchesme, dont à Touest les deux extrémités regardent Corcyre ^. Selon nous, la contradiction n'est qu'apparente; il est évident que le port d'Oricum (xal ^pwov, xal to eTtlvewv auTou ) ne peut être le Panormus appelé aujourd'hui Port Palerme, qui est au moins à 50 kilomètres de cette ville % et séparé d'elle par une chaîne de montagne ; il faut donc qu'il y ait eu deux Panormus, dont l'un, Port Palerme, est
* Leake. North. Gr, l. 1. — Von 3 Strab. VII. c. v. § 8. p. 263.
Hahn. Karte von Alh. * Strab. VII. c. vu. § 5. p. 269
^ Pouqueville. I. 21. p. 267. » Pouqueville. I. c. vu. p. 53.
Epirote, et l'autre, Porto Raguseo est le port d'Oricum. Beaucoup d'autres villes étaient bâties dans les mêmes conditions, et le nom dePanormus est très-fréquent sur les côtes colonisées par les Grecs.
Oricum sert de limite entre FEpire et Tlllyrie, et la Grèce y prend naissance*. Comme toutes les villes qui précèdent, sauf Apollonie, elle répond à laChaonie maritime ^Virgile parle du buis qui croît sur son territoire ^ et Pouqueville l'y a retrouvé* ; Properce vante ses eaux paisibles. Nous ignorons quel fut son sort sous les empereurs, et si elle fut libre ou colonie; nous savons seulement qu'Hérode Atticus, célèbre rhéteur, renommé pour ses richesses, *et consul sous Antonin, la fit reconstruire à ses frais, comme beaucoup d'autres villes d'Epire '.Elle disparaît ensuite complètement.
Nous devrions omettre Paleste, située sur la côte occidentale, de l'autre côté des monts Gérauniens. Cependant il n'est pas inutile de faire remarquer que César y aborda, et qu'il en partit à travers les montagnes pour surprendre Oricum. On a beaucoup discuté sur le texte de César, dont tous les manuscrits, sauf un seuirportent Pharsalia, et, sur Tautoriié d'un vers de Lucain % on a proclamé le texte altéré. Nous osons exprimer une autre opinion, et on serait, selon nous, arrivé à une conjecture plus plausible, si on avait examiné de plus près les expressions dont le grand historien s'est servi. Le lendemain, dit-il. César prit terre aux monts Gérauniens; redoutant tous les ports, qu'il croyait occupés par ses adversaires, et rencontrant un abri sûr au milieu de rochers et d'écueils, il réunit tous ses vaisseaux dans un lieu appelé Pharsale, sans qu'aucun manquât à l'appel, et il y fit débarquer ses soldats"^. Ainsi Lucain a
' Plin. III. 23. b Philostr. Hér. Ait
2 Ptol. m. 11. 6 Luc. Phars. V. 460.
3 Yirg. ^n. X. 136. i Cœs. Bell, ctv. III. 26. * Pouquev. 1. c. xxi. p. 266.
eu raison en parlant des grèves de Paleste ; c'était en effet sur cette côte la ville la plus voisine, et un poète n est pas tenu à plus d'exactitude (à 6 kilomètres de Palseassa). Mais César, qui parle en historien et en acteur principal^ désigne l'endroit précis, et Pouqueville le place avec beaucoup de vraisemblance au port Condami \ Or, rien h'empêche que ce port, situé à 12 kilomètres d'Oricum, sur le versant ionien, ait eu dans l'antiquité le nom de Pharsalia; nous sommes en Grèce, et les Thessaliens de Pharsalesont partis de cette portion de l'Epire. Observons encore que César, eia partant de Pharsalia, n'essaye pas de surprendre Panormus (Porto-Raguseo), mais Oricum, située en plaine (iiapa^la), aune lieue plus loin.
Nous ne comprenons pas que Pouqueville appelle le golfe d'Aulon Œneus Sinus, et qu'il place Œneum, ville desPénestes, à Kanina'. Il a vu qu'Etienne de Byzance faisait les Pénestres Thessaliens, mais il a oublié qu Œneum était placée par Tite-Live sur la route qui conduit dans le pays des Labéates\ Si par Pénestes il voulait seulement entendre des misérables, et non la tribu de ce nom, il pouvait sans péril en faire des Thessaliens ; en Grèce, du temps de Persée, il y avait des Pénestes partout^.
A. Ctaaones, Atintane», Paroréens.
L'illustre tribu des Chaones, qui a dominé la première enEpire% et envoyé des colonies jusque dans la Grande- Grèce, devint bien faible aux derniers temps ; refoulée dans l'intérieur par lesThesprotes au midi, par les colonies grecques à l'ouest^, elle n'occupait qu'un petit espace "^^ et n'ha-
^ Pouqueville. L c. xxi. p. 260. ^ Préret. Acad, inscr. XLVII. 12.
2 Sleph, 541, 6 Sainle-Croix. Acad. intcr. XLII.
3 Liv. XLIll. 19. 350.
* Voir, à ce propos, la lettre de ^ Scyl. 28. Flamininus aux habitants de Cyréties.
bitait que des bourgades \ Outre les villes grecques déjà décrites le long du littoral, on trouvait chez eux Antigonée, d'origine macédonienne, située au sud du défilé de Clisoura (Antigoneae fauces) ', de l'autre côlé de TAoûs, que Ton traversait sur un vaste pont. Elle répond à peu près à TébéIen^ et on y remarque quelques ruines. Cette ville était-elle d'une importance réelle? Il est permis d'en douter. En effet, Philippe n'eût pas manqué de s'appuyer sur elle dans sa lutte contre Flamininus, et lors de cette campagne d'observation, d'une issue longtemps incertaine, qui, sans la trahison de Charops, aurait embarrassé les Romains, Tite-Live en aurait parlé. Il la nomme à peine, et n'y revient même pas, de sorte qu'on pourrait croire qu'après le départ des Macédoniens elle ne soutint pas même un siège. Les Dexares, tribu chaonienne, voisins des Enchéléens (sans doute aux temps héroïques), habitaient audessous du mont Amer * (sans doute au-dessous du mont Tomor), vers le confluent de la Desnitza et de TAoûs. Ptolémée donne encore aux Chaoniens Port Panorme (Port Palerme), Onchesme et Casope ^, et cette partie de leur littoral, toute en dehors de la région macédonienne, avait une demi-journée de navigation ^
Les Atintanes, placés dans Flllyrie grecque par Tite-Live et par Etienne de Byzance"^, étaient anciennement plutôt attirés vers TEpire que vers la Macédoine. On les voit, dans la guerre du Péloponnèse, combattre contre les Acarnanes, alliés d'Athènes % et c'est seulement sous les Antigonides qu'ils se rattachent réellement aux Macédoniens. Ils occupaient le cours supérieur de TAoûs, depuis son confluent
Scymn. Ch. 445. e Scyl. 28.
« Liv.,XXXII. 5. 7 Liv.XXIX.12.XXXV. 40.-Steph.
3 Pouquev. I. c. xxv. p. 339. 155.
* Sleph. 230. 8 Thucyd. II. 80.
» Ptol. III. 13. p. 95.
avec la Desnitza, et cette longue et étroite vallée connue sous le nom de défilés de Pyrrhus, dont le mont Lingos (Paléovouni) au sud-est, et le mont iËropus au nord-ouest étaient les points extrêmes. Leur pays , situé au delà de rOricie (territoire d'Oricum) et de la Chaonie, jusqu'à VJE" monie (Thessalie) et le pays des Hestiéens, ne contenait que des bourgades \ C'est sur leur frontière sud-ouest, ou peutêtre même chez les Ghaoniens, aux sources du Polyanthus, qu'il faut placer la plaine Erythie, où Géryon faisait paître ses bœufs \ Pouqueviile a parcouru toute la contrée, et n'y a point vu de ruines \
Les Paroréens ou Paravéens habitaient, sur la rive gauche de TAous, le mont Lingus (Paléovouni). Strabon ne leur donne pas de villes \ Etienne de Byzance indique seul une ville de Parorée ^ qu'il place en Macédoine ; il est permis de conjecturer, sur des indices aussi vagues, que les Paroréens étaient comme les Atintanes, et qu'ils n'avaient également que des bourgades.
Thessalie Epictète.
Lorsque la Thrace cessa de s'étendre jusqu'aux Thermopyles, la Thessalie reprit ses frontières naturelles entre le reste de la Grèce et la Macédoine encore barbare ; chaque ville y jouit paisiblement de son autonomie. Quelques-unes obtinrent de bonne heure un ascendant marqué : chez elles il y eut des familles dominantes, comme à Lurisse les Aleuades, à Phères les tyrans de la race de Jason ; mais ce furent toujours des Thessaliens, et jamais les autres Grecs,
^ Scyl. 26. 4 Strab.VII. c.m§7.8.p.270. 271.
^ Scyl. 26. » Steph. 533. "
3 Pouquev. I. c. xiv. p. 179.
les Macédoniens ou les Epiroles, ne songèrent à envahir le pays. Brasidas et Agésilas ne demandent aux Thessaliens qu'un libre passage; Pélopidas vient à leur secours contre les tyrans de Phères, les affranchit, et s'en retourne; Philippe, roi do Macédoine, est le premier de leurs voisins qui les soumette à son empire. C'est la partie la plus septentrionale de laThessalie, entre les monts Cambuniens et le Pénée, que nous appelons Thessalie épictète; depuis Philippe, les Macédoniens la possédèrent à peu près constamment. Démétrius Poliorcèle, Antigone de Goni, Philippe, fils de Démétrius II, et Persée, s'y arrêtèrent souvent, et y firent camper leurs armées; après la réduction de leur royaume en province; les Romains fixèrent au Pénée la limite commune de la Macédoine et de rAchaïe. C'est donc avec raison que nous comprenons la partie située au nord du Pénée dans la région macédonienne comme une annexe politique, qui ne peut.en être séparée historiquement.
a. Tymptaéens, yEthices, Talares, Hcstlceus.
Les Tymphéens, qui se présentent à nous les premiers au sortir de l'Illyrie grecque, n'appartiennent pas exclusivement à la Thessalie: répandus sur les deux versants du Pinde, dont ils occupent la crête, ils sont communs à l'Illyrie grecque, à la Thessalie et à la Macédoine ; les sources de TAoûs, celles du Vénétiko, affluent de THaliacmon, et celles du Pénée sont sur leur territoire. La position de la Tymphée était très-importante, principalement pour les Molosses et pour les Athamanes, qui la traversaient nécessairement pour envahir la Thessalie ou la Macédoine. Cela explique pourquoi Pyrrhus se la fit donner avec la Parorée par le fils de Cassandre, Alexandre IV ^ Les expéditions
» Plut. Pyrrh. éd, Didot. I 460.
crAIexandre contre Thèbes, des Enchéléens et des Gaulois contre Delphes, de César et de Démétrius contre Pompée, suivirent le même chemin. Nous savons que la Tymphée avait de bons pâturages , et que le montTymphé, qui se prolongeait au nord-ouest entre le mont Lacmus et le mont Bercétésius, répondait à la partie actuelle du Mezzovo comprise entre le mont Zygos et le mont Smolika. Le mont Lingus (Paléovouni)^ se détachait du Pinde au sud-ouest; l'Arachthus (Arta) y prenait une de ses sources; l'autre venait de la Parorée (mont Lazare). Rien de plus clair que le texte de Strabon appliqué aux cartes modernes, à celle de Kiepert par exemple : il fixe nettement les limites communes de la Parorée et de la Tymphée, et montre combien était importante la possession de ces deux cantons pour un roi des Molosses (bassin de Janina). Le camp de Pyrrhus y était situé, sur la frontière de la Thessalie et de la Macédoine, dans la Triphyliede la terre Mélotide^, qui s'accède en effet par trois défilés, et qui correspond aux sources de TArachthus. Philippe, délogé par les Romains de son camp retranché sur TAous (198), effectua sa retraite dans cette direction, parvint en deux jours de marche au naont Lingus (environ 110 kilomètres), laborieuse étape imposée par la crainte ^ s'y reposa quelque temps, incertain s'il devait rentrer dans son royaume ou pénétrer en ThessaUe, et se décida pour ce dernier parti. Peu de temps après, il était à Tricca \
Il n'est pas aussi facile de retrouver la position des villes des Tymphéens. Gyrtona ' est peut-être la même que Gertus ou Gertunte, déjà indiquée chez les Eordètes; peut-être
1 Strab. VII. c. vu. § 6. p. 270. de celle des soldats de Brutus depuis
2 La terre Mélotide dont la Triphy- les sources de IHarpessus jusqu'à Philie est le point extrême au nord-est lippes^ qu'elle égale en rapidité.
se retrouve en Epire, et répond aux * Liv. XXXII. 14. sources du Thyamis. ^ Ptol. III. 13. p. 94.
^ On peut rapprocher cette marche
aussi faut-il la chercher au nord de l'Hahacmon, par exemple au Paléocastro' du mont Bermius, à l'entrée du pays des Eordéens, mais alors elle appartiendrait aux Elimiotes. Dans tous les cas, il ne faut pas la confondre avec Gyrton, ville de la Pélasgiotide , située sur le Pénée\ Tymphée est aussi appelée Trampya^ Hercule, fils naturel d'Alexandre, y fut empoisonné par Polysperchon \ Leake y voit avec vraisemblance la capitale des Tymphéens, et la place à l'ouest de Mezzovo, à Impératoria, dans la plaine de Politzia, dont le nom rappelle un poste romain. Oxynéia est située, d'après Strabon ^, sur l'Ion, affluent du Pénée, à 120 stades (22^"',200) d'Azorus, ville de la Tripolide; il faut presque tripler la distance pour que ce soit possible, et lire 320 stades (59 à 60 kilomètres). L'Ion est très-probablement le Gachias ^ ou Gomerki, qui passe au pied des rochers de Météora. Nous ne voyons pas pourquoi Leake place Oxynéia à Miritza, ni pourquoi G. Muller la place à Mocossi^ Le faible torrent qui arrose ces deux villages ne mérite guère de porter un nom ; on s'étonnerait, au contraire, que le Gomerki, le plus important des affluents du Pénée à droite après le Titarésius, n'eût pas le'sien. Enfin on trouve aux Météora quelques débris de murs helléniques ®, qui font supposer à Leake que ce point était fortifié pour la défense des habitants d'iEginium. Ge n'était en effet probablement qu'un poste militaire ((j)po6pi.ov), mais rien n'oblige à croire qu'Oxynéia fût autre chose; son nom s'accommode trèsbien à la nature de cet emplacement, et nous plaçons volontiers Oxynéia à Kastraki, sur le plateau des Météora.
Leake attribue Oxynéia aux Talares : l'ien ne justifie celte attribution, qui a le grave inconvénient de rétrécir le
1 Kiep. Karte von der Eur. Turk. ^ Strab. VIL c. vu. § 9. p. 272.
2 Diod. XX. 28. 6 D'Anv. Geogr. antiq, Tab.
3 Steph. 671. 7 strab. Index, v».
* Lycophr. v. 800. 8 Leake. IV. 356. 537.
territoire des Tymphéens, et de placer une autre tribu sur la route d'iEginium, qui leur appartenait certainement. Dans le même passage, Strabon place auprès d'^Eginium Europus et Alalcomène; rien de plus corrompu, selon nous, que cet endroit \ L'auteur y mêle la Pélagonie Tripolitide, la Deuriope, l'Erigon avec le Pénée, et l'Ion , son affluent, qui en sont éloignés de plus de 160 kilomètres; il place en même temps Alalcomène près d'^Eginium, et dans la Deuriope. Il faut, ou que le texte soit très-altéré, ou que Strabon ait ignoré complètement l'intérieur du pays, et dans tous les cas on ne peut s'attacher aux renseignements qu'il fournit, C'est pourquoi nous ne croyons pas qu'il y ait eu dans FHestiéotide deux villes du nom d'Europus etd'Alalcomène, et, tout en conservant Oxynéia, nous n'hésitons pas à l'attribuer aux Tymphéens.
Les Tymphéens disputaient aux Thessaliens du Pindeles sources du Pénée ; ^Eginium, située dans leurs possessions, était voisine d'^Ethicia et de Tricca ^ Sa position était trèsforte, inexpugnable, même avec une médiocre garnison. Elle répond évidemment à la ville actuelle de Stagus, appelée aussi Kalabaka ; des inscriptions des règnes de Sévère et de Caracalla, encastrées dans une fontaine de l'église du Prodromos à Stagus, et reconnues par Leake ^ le prouvent clairement. Dans la guerre contre Antiochus, roi de Syrie, Amynander, roi des Athamanes, alhé d'Antiochus et des Etoliens, occupa^Eginium, etPhilippe la reprit *. Domitius, après une marche très-rapide depuis le lac Lychnitis jusqu'au Pinde, y opéra sa jonction avec César ^ Située au débouché des défilés du nord et du nord-ouest, en face de la Thessalie , ^ginium commandait la vallée supérieure du
1 Strab. VII. c. vu. § 9. p. 272. * Liv. XXVI. 13.
2 Strab. ibid, » C»s. B, civ. III. 79.
3 Leake. 1.421.
Pénée, et avait une grande importance pour la conquête du pays tout entier.
Au temps de Strabon, les iElhices ne sont plus ces Thes- ^ saliens du Pinde qui disputent aux Tymphéens les sources du Pénée : ils n'existent plus comme peuple (r| twv AlOlxwv iroTà ÀeyojjLivY^ y^ ) ^ Mais on les trouve encore au temps d'Alexandre, et le Tymphéen Polysperchon se disait roi des iElhices. Leur ville principale, ^thicia, était située prèsd'iEginium: Leake veut qu'elle corresponde àNiklitzi\ où Ton trouve encore de nos jours des tumulus, et des restes de très-anciennes murailles II place de même Phaloria à Ardham, qui donne son nom moderne à la partie méridionale du Cercétius. Cette ville fut emportée la première après une vive résistance par Flamininus, venant d'Epire à la suite de Philippe (197)^ et les Athamanes combattaient avec lui. Etienne de Byzance place au-dessous du Cercétius une ville de Pialia \ et la position de Sklatina, donnée par Leake^ lui convient bien mieux que le pied du Pinde à la droite du Pénée, où la relègue Kiepert ^ Mélibée correspond à Voivoda, située comme Sklatina "^ sur le Cachia ou Comerki. Il ne faut pas confondre cette ville avec la patrie de Philoctète, située sur la côte égéenne dans le pays des Magnètes, et aujourd'hui Skiti \ ni avec Mélitta, située à une journée de Larisse, en Pélasgiotide, et enlevée par Philippe d*un coup de main ^ Aucun de ces emplacements ne repose sur des données certaines, mais aucun n'est absolument sans ruines, ni sans indices d'une très-ancienne occupation.
Les Talares, tribu des Molosses, dont une partie était
1 Strab. IX. c. v. § 1. p. 369. ^ Kiep. Thess, Epeiros.
2 Leake. IV. 276. 277. 529. ^ Leake. IV. 536.
3 Liv. XXXU. 15. 8 M. Mézières. Àrch, des Miss. * Steph. 549. scient. III. 225.
» Leake. IV. 502. » Polyb. V. 97.
restée en Epire autour du Tomarus ( Mitschkéli ) \ devaient occuper en Thessalie Je pied des montagnes, entre lePinde et le Pénée, et nous ne leur connaissons pas de villes. Nous les plaçons volontiers aux sources mômes du Pénée, au nord des iEthices, entre le Pénée et le mont Poion, réservant aux iEthices la vallée immédiatement inférieure, qui va s'élargissant jusqu'au mont Kotziaka. Au sud-est de ces peuples, longtemps connus par d'obscurs brigandages, et disparus, comme les iEthices, du temps de Strabon, était située Megara, oii Pyrrhus, dérobé par des amis fidèles aux recherches de Néoptolème, fut élevé en secret. Plutarque dit formellement que Mégara était sur le sol macédonien (Msyàpwv i^i7(icf.i yjx)ploi> MaxsSovixou) ^ Mégarki, placée sur le Pénée par Kiepert et par Leake, macédonienne à cette époque et voisine de laMolosside, s'y rapporte parfaitement. Plus bas, la position de Glykochori, également sur le Pénée, convient à Œchalie, la ville d'Eurytus, voisine de Tricca et d'Ithomé, pouvant, comme elle, envoyer des vaisseaux à la guerre de Troie ^ Aux temps héroïques ces trois villes se partageaient probablement THestléotide.
Au-dessous des Talares et des /Ethices, et à l'ouest de Mégara, sur une route tracée par Kiepert de Gardiki^àTrikala, nous trouvons deux bourgades, Pira et Pbanari, qui nous paraissent convenir à deux villes hestiéennes. Nous plaçons à Pira Piéria, dont le nom s'y rapporte assez bien, et à Phanari Pheca, dans une gorge du mont Kotziaka, contre-fort du Pinde. C'est, selon nous, la véritable position de cette petite forteresse, entre Gomphi et les gorges étroites qui séparent la Thessalie du pays des Athamanes^ ; les gorges étroites dont il s'agit sont le col de Miliaes. Ce ne peut être le
1 Strab. IX. c. v. § 12. p. 273. * Kiep. Karte von der Eur. Turk,
2 Plut. Pyrrh. s lïy. XXXII. 14.
3 lliad. IL 729,
défilé de Mezzovo, séparé de l'Athamanie et des sources de TAchéloûs par le massif du Tzikuréli ^ ; celui de Gardiki est défendu parla ville de Pieria (Pira), que les Athamanes n*ont pas prise ; enfin, celui de Portaes, situé à 8 kilomètres seulement de Gomphi, en était beaucoup trop rapproché pour qu'une place forte existât dans un aussi petit intervalle. Klinowo, situé au débouché du col de Miliaes, sur la gauche, est sans doute Ericinium, occupée comme Eginium par les Athamanes, et reprise par Philippe et par Bébius avec Eginium et Gomphi ^ Nous attribuerions volontiers Ericinium aux iEthices.
Pline veut ^ que le Pénée prenne sa source non loin de Gomphi ; il faut interpréter son langage d'une façon assez large, car il s'en faut de 35 à 40 kilomètres. Gomphi était située sur la rive droite du Pamisus (Bliuri), Fun des affluents de TEnipée, à 3 ou 4 kilomètres en plaine. Son emplacement, appelé' aujourd'hui Episcopi, consiste en une hauteur non cultivée, mais assez spacieuse pour suffire à une ville grecque de quelque importance. Vers le sixième siècle de Jésus-Christ, elle possédait un évêque, dit alors évêque de Gomphi, et c'est l'origine de son nom actuel *. On y voit quelques traces d'une petite citadelle, et, aux environs, d'autres débris, disséminés dans les villages et les maisons turques, oii ils sont employés dans des constructions particulières. Gomphi, située à 53 stades (Q'^'^sSOS) du col de Portaes et de TAthamanie, et à 106 stades des défilés du mont Othrys (Kariva) et de laDolopie (19'''''-,610), était très-utile aux Macédoniens pour pénétrer à volonté en Etolie ou en Epire ; une route très-courte, mais assez pénible, conduisait de là jusqu'à Ambracie et jusqu'à la mer Ionienne. La hauteur de ses murailles n'arrêta ni Amynan-
1 Kiep. Karte von der Eur. Turk. 3 piin. iv. 15.
9 Liv. XXXVI. 13. * Leake. IV. 519. 520.
der ni César * ; mais il est probable que, lorsqu'elle soutint ce dernier siège, elle avait déjà, perdu une partie de ses fortifications 2.
Il y avait autour de Gomphi beaucoup de petites places fortifiées, destinées sans doute à contenir les Athamanes. On connaît Argenta, Pherinus, Thimarus, Lisines, Stimon et Lampsus, prises par les Athamanes dans leur première expédition 3 ( 198 ) à la suite de Flamininus. Lisines pourrait être Lisani*, située sur le Pamisus à Touest de Gomphi. Silana, reprise sur les Athamanes par Philippe et Bébius (191 ) avec Ericinium et Gomphi % pourrait être Poliana, située au nord-est de Gomphi, entre le Pamisus et le Pénée. Tricca ( Trikala) ^ sur la rive gauche du Pénée, était arrosée par le Lethseus (Trikalino), un de ses affluents; elle prit part à la guerre de Troie ''; elle fut célèbre dans toute la Grèce pour son temple d'Esculape, toujours rempli de malades et de tablettes votives % et cette renommée se continua fort longtemps sous la domination romaine. On trouve dans une partie des murs de sa citadelle quelques faibles indices de construction hellénique ^ C'est du sixième au onzième siècle de notre ère que le nom de Tricca, modifié, a revêtu sa forme actuelle.
A Test de Tricca, entre le Lethœus et le mont Gercétius (Cachia ou Ardham), les ruines de Gardiki, appelées aussi Paléo-Gardiki, sont sans aucun doute celles de Pélinna ou Pellène, mentionnée dans Arrien. Alexandre, parti de Pélion (Pliassa) en Dassarétide sur les confins de TEordée, après une marche très-pénible, arriva à Pellène le septième jour, et il se rendit en six jours de Pellène à Thèbes*^ quoi-
1 Liv. XXXII. 14 CXI. 55. ? Iliad. II. 729.
2 Caes. Bell, civ. IIL 80. s strab. IX. c. v. § 17. p. 576.
'^ Liv. XXXII. 14. 9 Leake. IV. 285. Epitaphe du mé-
* Lapie. Carte de Turquie. decin Cimber. I. 429.
s Liv. XXXVI. 13. 10 Arrien. 1. 19. 20. « Leake. IV» 529.
que la distance fût supérieure de plus d*un quart. De toutes les villes de Thessalie, Pellène resta seule fidèle à Antipater ^ pendant la guerre Lamiaque ; elle existait encore au temps de Pline ^ Etienne de Byzance, qui la place à tort dans la Phocide, lui donne pour fondateur Pélinnus, fîlsd'Œchaléus ^; c'est un argument de plus pour la placer dans le voisinage d'Œchalie. On y constate les ruines d'une grande cité hellénique, quelques traces de faubourgs, principalement à l'ouest, et on distingue très-bien, vers le sud, un large espace quadrangulaire et des murs de près d'un mille (O*'-,500). La ville byzantine de Gardiki n'occupait que la colline, et ne s'étendait pas en plaine. Les murs de Tancienne Acropole sont détruits , mais on en reconnaît le tracé tout entier, et leur genre de construction se rapporte au siècle d'Alexandre. C'est conforme au récit d'Appien, qui parle de Pélinna comme d'une ville importante. Leake a vu dans une église au pied de la colline, sur un fragment de colonne cannelée d'ordre dorique, le nom dePétréonice, fille de Derdas*, et il croit que ce Derdas est le prince des Eliméens, cité par Xénophon dans ses Helléniques au quatrième siècle avant Jésus -Christ ^ Ce Derdas était i4n Téménide, et TElimiolide était son gouvernement.
A six ou sept kilomètres au sud-est de Pélinna, un peu au-dessus du confluent du Lethœus avec le Pénée, se trouve le tchiflik ou domaine de Kolokoto. Sur une remarquable colline, qui s'élève au-dessus du village, on voit des ruines helléniques, et Leake veut que ce soit celles d'une forteresse sur la frontière de Pélinnœum et de Pharcadon. Nous y voyons Pélinnseum elle-même, que nous distinguons de Pélinna. Pour nous, Kolokoto est ce temple d'Apollon
1 Diod. XIII. 10. * Leake. IV. 288. 289.
2 Plin. IV. 15. s Xenoph. Hell.y, c. ii. § 38.
3 Steph. 539.
(ApoUineum?) existant sur le territoire de Pélinna, et admirablement placé à l'extrémité sud du Cercétius pour être aperçu de toute THesticotide. Tite-Live ne nomme que Pélinnœum, parce que cette \ille se trouvait presque à la bifurcation des routes de Tricca et de Métropolis à Oloosson, et qu'elle commandait la vallée supérieure du Pénée. Strabon oublie aussi Pélinna, etparledePélinn8eum,quandildit qu'Ithome était située au centre d'un carré dont Gomphi, Tricca, Pélinngeum et Métropolis faisaient les quatre angles. Le carré, déjà très-irrégulier, serait impossible, si Pélinnœum était placé à Gardiki. Pline, de son côté, ne cite que Pélinna, et de même Arrien, qui n'a besoin que d'elle ; la position de Gardiki convient alors de tout point, car, en faisant suivre à Alexandre le cours du Comerki par les rochers dits Météora, c'est la première ville qu'il rencontre en plaine \ et le véritable terme de ses fatigues. Ainsi, il faut admettre la coexistence de ces deux localités, et placer la ville, Pélinna, à Gardiki, le temple, Pélinnseum, sur le territoire de la ville, à Kolokoto. Phécadus ou Pharycadon , ou encore Pharcadon, située à Test de Pélinnseum, répond à Gritziano ^ On y voit des murs ruinés de 3 kilomètres de circonférence, qui sont probablement helléniques^ et qui marquent clairement sa position, comme le dit Strabon, entre* Atrax et Pélinneeum, sur la rive gauche du Pénée \
Toutes les villes qui précèdent appartiennent à FHestiéotide, qui s'étendait aussi au sud du Pénée jusqu'au mont Othrys. Mais nous ne voulons pas oublier que nous avons adopté pour limite le cours du Pamisus, et nous nous contenterons d'indiquer, sans les discuter, quelques positions importantes contiguës à la région macédonienne. Ithomé
1 Leake. IV. 537. ^ Leake. IV. 316. 318.
« Liv. XXXI. 41. ~ Sleph. 690. 4 * Strab. IX. c. v. § 18. p. 576.
était située au sud-est de Gomphi, sur une colline au-dessus du village de Phanari. On y distingue encore des murs pélasgiques de Tépoque la plus ancienne *, et la nature de son emplacement justifie Tépithète qu'Homère lui a donnée (î9a)[jL7)v xXtojjiaxoeo-a-av). Metropolis, occupée par Antiochus '^ et par César % était située au sud-est de Phanari, à Paléocastro *. Limnsea, assiégée parBébius quand Philippe assiégeait Pélinnœum ^ répond à Kortikhi^, située à l'est de Gomphi, entre le Pamisus et le Pénée, et Pirésies, appelée aussi Astérion, répond à Vlokho \
b. l*élasg;io(lde, l'errhébie, Trfpollde perrhébienne.
Quelques villes de la Pélasgiptide proprement dite sont comprises dans la région macédonienne, ou se trouvent sur ses frontières. Phacium était située sur la rive droite du Pénée, à moitié chemin de Pirésies et d'Atrax, et Brasidas a dû y passer le Pénée quand il fit sa glorieuse expédition dans la Ghalcidice ''. Son emplacement et presque son nom se retrouvent à Alifaka ^. Atrax était située sur le Pénée à 10 milles de Larisse ' ( 14^îS800), et à 40 stades (7ki'.,300) d'Argissa'^ C'était un port intérieur au temps des Argonautes, si on s'en rapporte aux Argonautiques d'Orphée ^\ Elle résista aux Bomains et à Antiochus ^\ et fut renommée dans l'antiquité, principalement sous la domination romaine, pour la science des poisons et pour l'étude de la magie, que Ton appelait l'art d'Atrax^\ Elle devait se trouver, comme Argissa, sur la rive gauche du Pénée, sur la route
J Leake. IV. 509. 510. » Leake. IV. 293. 493.
2 Liv. XXXVL 10. » Liv. XXXII. 15.
8 Caes. Bell. civ. III. 81. lo Strab.IX. c. v. § 19. p. 378.
* Leake. IV. 506. 511. " Orph. Argon, v. 158.
8 Liv. XXXVI. 13. 12 Liv. XXXII. 18. XXXVI. 10.
6 Leake. IV. 493. i3 Stat. Theb. I. — Val Flacc.
7 Thucyd. IV. 78.
de Tricca à Larisse, et on reconnaît son emplacement à Sidéro-Péliko, en face de Gunitza. Le site est si abrupte, que, du côté du Pénée, il n'a besoin d'aucune défense ; on y voit dans la plaine beaucoup de pierres et de débris de poteries ; au pied de la colline et sur le plateau, des fondations de murs helléniques, et des restes considérables d'un mur d'enceinte ^ Cependant la distance de Sidéro-Péliko à Larisse ne se rapporte pas exactement au témoignage de Tite-Live, et il faudrait compter 13 milles au moins ( 19^^'-, 253).
Argissa, appelée plus tard Argyra, était située sur. la rive gauche du Pénée, entre Atrax et Larisse; elle faisait partie, au temps de la guerre de Troie, du domaine dePolypœtès^. Leake en fait deux villes, et il attribue à Argissa, la ville homérique, détruite aux derniers temps, six tumulus qui sont autant de monuments d'une haute antiquité; à Argyra, la ville de Strabon ^, les champs couverts de pierres et de poteries, qui se trouvent au sud des tumulus sur la route d'Atrax à Larisse. II. n'y attache aucun nom moderne. Ainsi, selon lui, la ville serait descendue en plaine*. Les Perrhèbes s'étendaient de ce côté jusqu'au Pénée, et possédaient probablement le territoire et la ville d'Argissa^ A peu de distance, en suivant le cours du Pénée, mais sur la rive méridionale \ Larisse ( Jenischar) est encore florissante. Lors de l'invasion des Thessaliens, Larisse, la ville opulente, la ville privilégiée, substitua dans tout ce can- • ton sa prépondérance à celle des Perrhèbes. Son sol abondait en fruits de toutes sortes, et pourvoyait à toutes les commodités de la vie^ Elle possédait la partie de la plaine la plus riche et la plus belle, à l'exception de quelques terres mouillantes autour du lac Nésonis, dont les inonda-
1 Leake. IV. 368. 5 strab. IX. c. v. § 19. p. 578.
2 Iliad. II. 739. 6 D'Anville. Géogr. anc.l. 247.
3 Strab. IX. c. V. § 19. p^378. ? Scymn. Ch. V. 607-610. * Leake. HI. 367. IV. 5?4.
lions du Pénée empêchaient la culture. Plus tard, les Larisséens y remédièrent par des digues, et ils prélevèrent des tributs jusqu'au temps où Philippe devint maître du pays. Larisse était la capitale, ou plutôt la ville principale de la Thessalie'; les Aleuades, ses citoyens les plus puissants, furent favorables aux. Perses dans les guerres médiques % et aux Athéniens dans la guerre du Péloponnèse \ Elle protégeait au midi l'entrée du délilé de Tempe, et servit d'avant-garde à Philippe et à Persée contre les Romains \ Pompée etMétellus Scipion y séjournèrent avant la bataille de Pharsale, et après eux César, qui s'en assura, comme de la clef de toute la province ^ Elle n'a retrouvé sa prospérité antérieure sous aucun des régimes qui se sont succédé en Thessalie. C'est dans les cimetières turcs situés aux alentours qu'il faut rechercher aujourd'hui les ruines de la ville grecque : elles consistent principalement en colonnes brisées et en inscriptions funèbres \ Tripolis, appelée aussi Scœa, village à trois milles (4'''!'-,40Û) au sud-ouest de Larisse, oii campa le consul romain Licinius Crassus, répond à deux ou trois tchifliks traversés par Leake en sortant de Thumai, au-dessous d'une petite hauteur '^ d'où Larisse s'aperçoit tout entière. Persée, déjà maître de la Perrhébie, avait passé le Pénée entre Elatia et Connus, et se tenait avec son armée dans la plaine de Sycurium. Mais après sa victoire à Sycurium (171), au lieu de continuer l'offensive, il rentra dans son royaume ; Crassus le suivit , et entre autres conquêtes il prit Larisse ^ dont les habitants, abandonnés par la garnison macédonienne, furent reçus à composition.
1 Strab. IX. c. v. § 19. p. 378. -> •? Gaes. Bell, civ. III. 98. Liv. XLII. 47. — Plin. IV. 15. 6 Leake. I. 439.
2 Hérod. VII. 6. 172. ^ Leake. I. 435.
3 Thucyd. II. 22. s Leake. UI. 383.— Liv. XLII. 67. * Liv. XXVIII. 5. - Polyb. IV. 66. ^